‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 31 sur 270 · SAINTE-MARIE-D'EN-HAUT · texte numérisé non relu

SAINTE-MARIE-D'EN-HAUT

Nous trouvons, en effet, dans les mémoires de la mère de Chaugy, que « sainct François de Sales étant venu au mois de février 1618 prêcher un deuxième carème à Grenoble, on le sollicita bien fort de faire venir ses filles de la Visitation-de-Sainte-Marie. Notre bienheureux Père manda donc à notre très-digne Mère (M"° de Chantal) qu’elle vint le trouver; ce qu’elle fit, accompagnée de ses religieuses, le vu° d'avril, veille des Rameaux 1618... Elle arrêta qu'on achèterait une place nommée Chalmont, lieu écarté, montueux, et qui était hors de tout commerce, quoique dans l'enceinte de la ville... Elle y reçut quelques filles, et établit supérieure notre très-honorée mère Péronne - Marie de Chatel!. »

Lorsque M'° Duchesne entra à Sainte-Marie, cette maison avait gardé l’aspect comme l'esprit de ses premières années. C'était un de ces nids d’âmes suspendus, pour ainsi dire, entre la terre et les cieux, très-cachés, très-enfouis du côté de la terre, mais très-largement ouverts du côté du ciel, tels que les aimaient et les voulaient autrefois les cœurs dédaigneux du monde et altérés de Dieu. Un couloir sombre conduisait de la porte d'entrée dans un cloître carré, donnant sur une cour gazonnée de plates-bandes, où l’on avait creusé deux citernes parallèles, et au milieu de laquelle se dressait une croix de pierre. On descendait de ce cloître au chœur des religieuses. Là on montrait, dans un angle, l’humble confessionnal de saint François de Sales, la stalle de sainte Jeanne de Chantal, ainsi que

l Mémoires de la mère de Chaugy, publiés par M. l'abbé Boulanger, p. 167 et 168,

son prie-Dieu, et la place où une voie venue du ciel lui dit : « Il n’est plus! il n’est plus! » à l’heure même de la mort du saint évèque de Genève. L'église, enrichie par la munificence du duc de Lesdiguières, possédait, comme aujourd’hui, son autel de marbre, son retable, ses slalles et sa chaire sculptées, les fresques de sa voûte représentant les principaux mystères de l'Évangile et les premières origines du monastère. On y reconnaît encore cette disposition; on y retrouve ces souvenirs. Les hauteurs du Rabot, abruptes, dénudées, dominent la maison, fermant par ce côté l’horizon qui, au contraire, s'ouvre indéfiniment de chaque côté de la ville. Là rien ne limite la vue; et de la terrasse de la cour, où les enfants prenaient leur récréation, leurs regards plongeaient dans les profondeurs infinies de la riche vallée du Grésivaudan, embrassant un paysage immense, gigantesque, que les sommets des Alpes couronnent et illuminent de leurs pointes neigeuses !.

A cette époque, Philippine trouvait à Sainte -Marie de trente à trente-cinq religieuses de chœur, une dizaine de sœurs converses, environ vingt pensionnaires ; en tout, un peu plus de soixante personnes. La supérieure était la révérende mère Marie-Anne-Félicité d'Auberjon de Murinais, femme de beaucoup de mérite, qui, entrée à dix-sept ans dans cette communauté, en était restée le modèle et la lumière. Sa sœur Marie- Delphine la secondait puissamment, Mais celle à qui Philippine se déclare avoir été spécialement redevable,

1 Notice sur Sainte-Marie-d'en-Haut, par le chevalier Radulph de Gournay, in-8. Grenoble, 1862. Jtem, M. Pilot, Église et ancien couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut, 1869.

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