SON ÉDUCATION A SAINTE-MARIE
fut M" Eugénie Latier de Bayanne, religieuse fort instruite, qui plus tard s’en fut porter à Milan, puis à Naples, l’aimable religion de saint François de Sales. « Ses vertus firent une telle impression sur moi, disait plus tard son élève, qu’elle m'était toujours présente en Notre-Seigneur. »
La piété que Philippine apprit à cette école s’appuyait sur la foi, principe de toute lumière, et sur la crainte de Dieu, principe de toute sagesse. « La foi avait jeté de profondes racines dans son âme, rapporte sa sœur; et la crainte de Dieu lui faisait fuir tout ce qui aurait pu offenser le regard divin. » On estimait alors que, dans toute vraie piété, l'esprit de crainte de Dieu précède l'esprit d'amour, et ne peut s’en séparer. « Le premier effet de l'amour, a écrit Pascal, est d’inspirer un grand respect. On a de la vénération pour ce que l’on aime. Il est bien juste : on ne reconnaît rien au monde de grand comme cela. »
Quant à l'amour de Notre-Seigneur, Philippine le recevait, pour ainsi dire, de tout ce qu'elle voyait, entendait ou lisait dans ce lieu. De toutes les maisons de la Visitation où florissait le culte du sacré Cœur de Jésus, aucune peut-être ne portait de plus nombreux, de plus anciens et de plus expressifs symboles de cette dévotion que le monastère de Sainte-Maried’en-Haut. Philippine allait-elle prier à la chapelle, elle y voyait placées, de chaque côté de l'autel, deux statues représentant, la première Notre-Seigneur montrant son divin Cœur, la seconde, saint François de Sales tenant dans sa main un cœur enflammé. C'était
1 Pascal, opuscules, Pensées sur l'amour; édition Hachette, p. 543,
le double symbole de l'amour de Dieu pour l'homme et de l'amour de l’homme pour Dieu. Le marbre de l'autel, l’arcade du sanctuaire, le pavé même de l'église portaient cet emblème sacré. Un long passage conduisant à la tribune, décoré de peintures et d'inscriptions anciennes, vraisemblablement contemporaines du monastère, élait une sorte de catéchisme de l'amour divin. A la voûte, sur les parois, des images symboliques et des inscriptions permettaient de lire l’histoire de la manifestation de la divine bonté dans son développement à travers les siècles, depuis la création jusqu’à l'Eucharistie; et, résumant toutes les autres, une dernière peinture, la plus proche de la chapelle, représentait un cœur, le Cœur de Jésus, avec sa blessure, ses flammes, sa croix, sa couronne d’épines et ces deux textes d’Isaïe, qui en donnent le sens : 1! a élé navré pour nos iniquilés. — Vous puiserez avec joie les eaux des fontaines du Sauveur. J'ai visité cette galerie avec vénération. C'est un poëme à la charité de Jésus-Christ, et je croyais y lire partout la traduction de ces fortes paroles de saint François de Sales : « Dans la sainte Église de Dieu, tout appartient à l'amour, tout est fondé sur l’amour, tout aboutit à l'amour, et tout est amour. Dieu, qui a créé l’homme à son image, veut qu’en l'homme comme en Dieu tout soit ordonné par l'amour et pour l'amour. »
À douze ans, Philippine eut le bonheur de faire sa première communion. Cette époque, où Jésus-Christ se donna tout à elle, fut celle où elle sentit s'éveiller le besoin de se donner toute à Lui. Nature grande et généreuse, ne concevant que l'absolu et l’embrassant sans réserve, elle ne vit à ce don de soi qu'une forme