‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 33 sur 270 · SA VOCATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

SA VOCATION RELIGIEUSE

possible : l'état religieux ; qu'un terme, l'élernité; et elle : se consacra corps et âme à son Dieu, pour ne plus se reprendre. « Dès lors, rapporte sa sœur, elle ne regarda plus le monde que comme un lieu d’exil; et la vie religieuse lui parut la seule capable de répondre au désir de son âme. »

« C'est à genoux, a écrit un auteur spirituel, le front dans la poussière, le cœur embrasé et empressé, qu'il faut recevoir la première signification de la vocation religieuse‘. » Philippine la reçut ainsi, dans l'humilité et l’action de grâces. Mais elle comprit en même temps que ce germe devait être confié à la garde du Ciel, cultivé dans la prière et fortifié par l'exercice d'une solide vertu. « Depuis l’âge de douze ans que Dieu me favorisa de la vocation, je ne crois pas avoir passé un seul jour sans prier Dieu de m'éclairer sur sa divine volonté, et de m'y rendre fidèle. Je la mis d’abord sous la protection de la sainte Vierge; et le Memorare dit avec ferveur fut la prière que je ne cessai de lui adresser ?, » |

Elle fit plus; et désormais sa vie de pensionnaire fut déjà l'apprentissage du sublime état auquel elle aspirait. « On la voyait assidue au pied des autels, rapporte une contemporaine; sa ferveur la portait aussi à se lever à la même heure que les religieuses, pour se trouver au chœur et faire avec elles la méditation. Il lui arriva même quelquefois de s’y rendre à demi habillée, au cœur de l'hiver, plutôt que d'y manquer ou d’y arriver en retard. Ses compagnes, qui igno-"

t Mer Gay, De la Vie et des vertus chrétiennes, t. 1, p. 78. 2 Mme Duchesne, Histoire autogr. dè Sainte-Marie, p. 35.

raient sa force de volonté, riaient un peu de ce beau zèle, prétendant qu'un tel élan ne se soutiendrait pas; mais rien ne fut capable de la faire renoncer à cet exercice, et elle y fut fidèle tant qu'elle demeura au pensionnat ‘. »

Cependant, en même temps que la jeune fille dirigeait ses premières démarches vers les célestes hauteurs de la vie religieuse, d'autres cimes lointaines se dressaient par delà, et de nouveaux horizons, bien qu'indistincts encore, se découvraient à ses regards. Ce premier attrait qu'elle avait senti pour la vie apostolique se fortifiait aux entretiens du même missionnaire qui l'avait éveillé dans son âme d'enfant. « Ce bon Père, écrit-elle, était confesseur extraordinaire dans la maison où j'étais pensionnaire. Je me confessai plusieurs fois à lui, et je goûtais la manière familière et simple dont il usait, et qu'il avait prise avec les sauvages. Depuis ce temps, les noms de Propagande, de missions, de prêtres qui s’y destinaient, de religieuses qui allaient s'établir au loin, me faisaient tressaillir ?,»

Tout germait et montait donc simultanément dans ce champ planté de Dieu, quand vint l'heure des frimas, l'heure rude, mais salutaire de la contradiction, qui devait sonner tant de fois dans le cours de la vie de M'° Duchesne. Ses parents, informés des tendances de leur fille vers l’état religieux, résolurent d'y couper court en la retirant de Sainte-Marie, pour la reprendre chez eux. La mère en agissait ainsi par affection; le le père y mêlait peut-être ses préventions de philosophe

1 Me de Coriolis, Histoire de la Société du Sacré-Cœur, feuille 52,

pl. 2°.

2 Mémoire à Mme Barat, 1818, pf 2,

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