‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 34 sur 270 · SON RAPPEL DANS SA FAMILLE · texte numérisé non relu

SON RAPPEL DANS SA FAMILLE

contre les ordres monastiques. Sans songer à discuter les sentiments de l’une et les jugements de l’autre, la jeune fille se tut, se soumit, et rentra au foyer paternel : elle comptait sur le temps, sa ferme résolution et la grâce de Dieu.

Tout d'abord les parents durent se montrer satisfaits; car par toute sa conduite, extérieurement du moins, Philippine semblait entrer à pleines voiles dans le courant de leurs intentions. Elle parut dans le monde : « Elle allait comme nous aux concerts, nous apprend sa sœur; elle s’y amusait fort et prenait grand plaisir à danser. Elle m'a déclaré plus tard que, là mème, elle pensait au bonheur qu'elle aurait de se faire religieuse ; mais en attendant elle s’appliquait de bon cœur à ses leçons de danse. Elle y portait son caractère sérieux, étudiant gravement les pas les plus difficiles : on eût dit qu’elle prenait des leçons d’algèbre. »

À cette époque, la famille maternelle de Philippine était entrée dans une ère de brillante prospérité. M. Claude Périer, son oncle, venait d'acquérir le château monumental de Vizille, la merveille du Dauphiné, où il avait installé sa fabrication de toiles peintes, une des premières que nous ayons possédées en France. À cet accroissement de fortune se joignait le plus pur bonheur domestique, et un nombreux essaim d'enfants donnait une vive animation aux deux maisons unies des Duchesne et des Périer. Philippine y trou-

vait une entière et douce communication d'idées et de

pratiques avec ses deux sœurs, Amélie, l’aînée, qui devint bientôt M"° de Mauduit, et Charlotte-Euphrosyne, qui fut plus tard M"° Jouve. Elle se lia aussi d’une spéciale amitié, profonde, inaltérable, avec sa cousine,

Fr PPT 0,” LL 7 Se

M'° Périer, alors âgée de seize ans, cœur et tête dignes d'elle, qui a laissé à Grenoble, sous le nom populaire de M"° de Savoie-Rollin, le souvenir d’une charité intrépide , inépuisable, dont Philippine plus tard ne fut pas la dernière à éprouver les largesses. Toutes ces femmes furent dans la suite autant de types accomplis de la vie chrétienne dans le monde, comme leurs tantes et grand'tantes avaient été des modèles de la perfection religieuse dans le cloître.

Tandis que les mères formaient leurs filles sous leurs yeux, toute l'attention des pères, particulièrement de M. Claude Périer, se portait sur ses fils, qui furent au nombre de huit, et dont les trois aînés, Augustin, Casimir etScipion, bien qu’encore enfants, révélaient déjà les qualités d'esprit qui devaient les élever à d’éminentes positions. Économe du temps comme de tout le reste, Claude Périer n'était pas homme à laisser ses jeunes fils dilapider ce trésor, et l'on peut voir encore dans sa maison de ville la tourelle carrée où il les confinait tout le jour pour leurs études, sous la direction d’un prêtre de mérite, M. l'abbé Raillané, qui plus tard fonda une maison d'éducation transférée à la Tronche, en 1815. Grâce à l’action de ce digne ecclésiastique et surtout de leur mère, les jeunes Périer étaient soigneusement élevés dans la crainte de Dieu ; et même l'aîné des frères, Augustin, qui devint plus tard pair de France, se distinguait alors par une piété ardente qui le rendait spécialement sympathique à Philippine. Celle-ci, voulant profiter des leçons que ses cousins recevaient de leurs maîtres, demanda et obtint la permission d'en suivre régulièrement le cours et de compléter ainsi ses premières études. Tout devait

Page 1