‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 36 sur 270 · SON RETOUR A SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

SON RETOUR A SAINTE-MARIE

La principale confidente de M'° Duchesne était sa tante Périer, femme d'une grande foi et capable de comprendre un généreux dessein. Toutes deux s’apercurent que la famille, éclairée sur la solidité de cette vocation, commençait à y opposer moins de résistance. Philippine estima que l'heure était venue d’agir. Il y avait déjà un an qu'elle s'était prononcée, quand un jour elle pria sa tante de la conduire à Sainte-Maried’en-Haut, afin, disait-elle, de conférer de son avenir avec la supérieure. Elle s'y rendit donc en sa compagnie; mais une fois dans la maison, elle se sentit tellement saisie par la main de Dieu, qu'elle déclara à sa tante qu’elle n’en sortirait plus. M”° Périer eut beau faire, il lui fallut la laisser là, et redescendre seule avec la cruelle mission d'annoncer à la mère la détermination qui venait d’éclater. M"° Duchesne pleura beaucoup; mais comme elle était chrétienne et très-affectionnée à M"° Périer, « elle ne crut pas devoir désapprouver l’action de sa sœur chérie. »

Elle se montra moins résignée lorsque, peu de jours après, étant montée au couvent avec sa famille, elle ne put voir sa Philippine que derrière les grilles. « L’entrevue fut déchirante, raconte la même sœur. M"° Duchesne, qui avait une affection particulière pour cette fille d’un esprit si mûr et d'un si grand cœur, lui fit sentir vivement le vide que son départ laissait à son foyer, épuisant pour la convaincre ces raisons de sentiment qui sont si éloquentes sur les lèvres des mères. » Sa fille aînée, Amélie, venait de se marier à M. de Mauduit; Philippine, la plus âgée de celles qui lui restaient, lui devenait donc plus nécessaire, et la voyant si bonne, si sage et si capable, elle comptait

sur elle pour élever une nouvelle sœur nommée Mélanie, qui lui était donnée cette année-là même. « La postulante répondit avec une fermeté calme en apparence à tout ce que ses parents purent lui objecter. » Mais au fond de son cœur, le ciel et la terre se livraient le plus effroyable combat. A la fin, ayant pris congé de sa famille, elle alla, toute frémissante encore d'émotion, se jeter au pied de l'autel. Là elle fondit en larmes; mais en remerciant Notre-Seigneur de l'avoir aidée à triompher d'elle-même. Puis elle lui renouvela sa consécration par l’intercession de la bienheureuse Jeanne de Chantal, fondatrice de l’ordre où elle avait formé le dessein de vivre et de mourir.

Cela se passait en l’année 1787. Philippine fut reçue par la même supérieure qui l'avait élevée, la mère de Murinais, réélue le 3 février 1785. Cette mère lui donna le voile, et à partir de ce moment Philippine prit place au chœur selon la règle de l'institut.

Analysant plus tard les motifs de son entrée à la Visilation, Philippine y trouvait en première ligne son désir d'exercer un jour le ministère des âmes, en élevant la jeunesse dans les pensionnats. « C’est ce qui me fit, dit-elle, choisir la Visitation de préférence au Carmel, que j'aimais beaucoup. »

L’apostolat était donc au fond de toutes ses pensées. C'était en elle la source d’une vive admiration pour la Compagnie de Jésus, dont la vie de perfection et la vie d’action faisaient également l’objet de sa pieuse envie. Elle s’en explique ainsi : « La communauté de Sainte- Marie-d'en-Haut était toute remplie de l'esprit des Jésuites. On se vantait que les constitutions de l’ordre fussent tirées des leurs; la bibliothèque possédait

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