SON PÉLERINAGE A LA LOUVESC
messe dans l'église; plusieurs figures d'anges soutenant le saint étaient brisées. Une poussière épaisse couvrait son autel; un autre autel était en pièces. La messe se disait dans une grange bien pauvre, et je ne pus y communier, à cause de l’affluence; j'eus cependant ce bonheur, quand la foule se fut retirée. »
Il ne faut pas chercher des consolations sensibles dans la vie de M"° Duchesne. Elle déclare que la Louvesc ne lui en donna point, « Le juste vit de la foi; » et ce que sa foi était venue chercher en ce lieu, c'était uniquement un intercesseur et un modèle, Or l'histoire de saint Régis lui présentait un type de sainteté et d'action éminemment sympathique à son genre d'attrait de nature et de grâce.
Au commencement du xvu: siècle, sous le règne de Louis XIII, de 1597 à 1640, on avait vu un religieux de la Compagnie de Jésus porter, dans les montagnes du midi de la France, le zèle et la charité des premiers apôtres de l'Évangile. Jean-François Régis, à peine sorti du noviciat, où il avait été admis par le Père Suarez, s'était mis à parcourir les bourgs et les villages, appelant autour de lui les enfants et les pauvres, visitant les chaumières, soignant les malades et les pestiférés, multipliant pour eux le blé de leurs greniers, guérissant les infirmes, convertissant les hérétiques, réconciliant les pécheurs, sauvant les pécheresses de la perdition, entraînant à sa suite des populations entières qui l’appelaient le Saint, et ne pouvaient se rassasier de sa parole. C'était pourtant une parole singulièrement simple, toute catéchistique, faisant invariablement et uniquement retentir les grands mols de salut et d'éternité. Mais celle parole élait
vivifiée par l'exemple, embrasée par l'amour, fécondée par l'union fidèle à Jésus-Christ, Il priait jour et nuit, et on l'entendait répéter durant ses longues veilles : « Mon Dieu, que veux-je, sinon Vous, au ciel et sur la terre? » — « L'amour de Dieu, disait quelqu'un, est l'âme de son âme, » Il jeûnait; sa nourriture était l’eau et le pain, avec un peu de lait et quelques fruits. Trois ais ou le plancher nü lui servaient de couchette; il prenait la discipline et portait le cilice, se faisant viclime volontaire pour ceux qu'il déclarait aimer plus que lui-même. « J'ai été envoyé, répétait-il, pour évangéliser les pauvres. » Et les appelant à lui : « Venez, mes enfants, vous êles mon trésor et les délices de mon cœur! » Les faligues, les voyages à travers les montagnes, les forêts, les précipices et les neiges, les dérisions, les coups, les persécutions, les épidémies, le contact des maux et des ulcères, la faim et la soif, rien ne lui coûtait, rien ne le rebutait pour le salut de leurs âmes. Il aspirait au martyre. Pendant dix ans de sa vie il ne cessa de demander d’être envoyé parmi les plus féroces tribus du Canada : « Quel bonheur pour moi, disait-il, si je pouvais mourir en travaillant au salut des Hurons et des Iroquois! » Son supérieur dut lui refuser cette faveur : il y avait trop de demandes pour la même mission! En revanche, toutes les Cévennes, le Vivarais, le Livonage, le Vélay et le Forez, les villes, les campagnes surtout, furent remuées, transformées par la puissance merveilleuse de son apostolat. Il n'avait que quarante-trois ans quand, .la veille de Noël, arrivant épuisé au petit bourg de la Louvesc, il sentit approcher l'heure de sa délivrance. Le 31 décembre 1640, peu avant minuit,