‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 47 sur 270 · SAINT FRANCOIS-RÉGIS SON PATRON · texte numérisé non relu

SAINT FRANCOIS-RÉGIS SON PATRON

le ciel s'ouvrit à ses yeux : « Quel bonheur, s'écria-t-il, et que je meurs content! Je vois Jésus et Marie qui viennent au-devant de moi. » Puis, disant ln manus, il s'en élait allé au séjour des saints!.

Tel était le saint ‘protecteur que M'° Duchesne était venue invoquer, lel était le patron dont elle élait venue méditer les vertus dans ce pèlerinage. Il y eut désormais d'elle à lui une alliance que nous verrons se continuer jusqu’à la fin de la vie de M"° Duchesne, se resserrant de plus en plus à mesure que celle-ci s'éloigne davantage de la patrie de la terre et s'avance vers l’autre, Il n'y a rien de plus beau, dans l’histoire . des âmes, que ces fraternilés entre la terre et le ciel. C'est la communion des saints qui commence ici-bas ; c'est l’anticipation des unions bienheureuses de l'éternité,

« Je partis de la Louvesc, dit M"° Duchesne, bien occupée de procurer l'instruction des pauvres, à l'exemple de saint François Régis. » Tel fut le principal fruit de son pèlerinage, ainsi qu’elle l'explique : « Arrivée à Grenoble, où s'étaient conservées encore de bonnes écoles pour les petites filles, je choisis de pelits garçons tout à fait abandonnés et vivant comme des animaux. Il fallut beaucoup de peines pour en rassembler quelques-uns, ne fût-ce que trois ou quatre. Quelques repas et la promesse de quelques vêtements les déterminèrent enfin à venir régulièrement une heure tous les jours. Ceux-ci altirèrent plusieurs de leurs camarades; j'eus ainsi quinze ou vingt enfants de bonne volonté, mais d’une légèreté insoutenable,

1 Vie de saint Jean-François Régis, par le Père Daubenton, 1823.

et si bruyants, qu'ils faisaient courroucer contre moi toutes les personnes de la maison. Leur empressement à me saluer dans les rues m'était aussi un supplice : j'avais l'air de connaître tous les porteurs de fumier. Ils me montraient à leurs parents, dont plusieurs m'en voulaient, parce que je leur défendais de travailler le dimanche. Enfin, si l'amour de saint François Régis ne m'avait soutenue, j'aurais plusieurs fois quitté mon apostolat. J'y eus cependant quelques consolations : plusieurs de ces enfants, qui ignoraient le nom des trois personnes divines, apprirent tout le catéchisme, leurs prières et plusieurs cantiques, qu’ils répétaient

à leurs parents. Ils se confessèrent tous, el plusieurs :

firent leur première communion‘. » La future missionnaire des Indiens du Nouveau-Monde préludait déjà à ce lointain ministère, par ces premiers travaux.

M"° Duchesne ajoute : « Je m’arrête avec complaisance à parler de ces enfants, parce qu'ils ont été un rude exercice à ma patience, et que je crois leur devoir la maison que nous possédons. »

La maison dont elle parle était son cher monastère de Sainte-Marie-d’en-Haut. Devenu bien national, il était inhabité, excepté le dimanche, où le concierge y tenait une sorte de cabaret pour ceux qui allaient se promener sur la montagne. M'° Duchesne raconte la visite qu’elle en fit, dans un jour solennel, en la fête de la Pentecôte de 1801 : « J'étais avec d'anciennes religieuses carmélites, et je les entretins presque uniquement de mon amour pour cette solitude. Le désir d'y retourner m'animait dans le cours de la conver-

1 Hisloire autographe de Sainte-Marie, p. 4,

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