CHAPITRE III
M'° DUCHESNE RAPPELLE LA VISITATION ET RESTAURE LE CULTE PUBLIC A SAINTE-MARIE ELLE EST ABANDONNÉE ET ELLE APPELLE LE SACRÉ -CŒUR
On a peine aujourd'hui à se représenter l'élan de joie et d'espérance qui, au commencement de ce siècle, accueillit l'annonce de la signature du Concordat. Une ère nouvelle allait donc s'ouvrir pour l'Église! Affranchie des entraves de l'esprit et du régime du xvmf siècle, rajeunie dans les prisons et sur les échafauds, ayant, comme dit l'Écriture, « lavé sa robe dans le sang de l'Agneau, » elle allait donc recommencer sa course glorieuse ! Ses prêtres allaient reparaître, ses temples se rouvrir, sa hiérarchie se reconstituer ; ses sacrements divins allaient se répandre sur les âmes en flots de grâces purifiantes, et le sang des martyrs faire germer, comme toujours, une semence de chrétiens!
Au sein de cet enthousiasme, il en était cependant qui songeaient à l’ancien temple en voyant le nouveau; et, comparant l’un à l’autre, ils constataient des lacunes, se posaient des questions et exprimaient des désirs. La restauration du règne de Jésus-Christ pour-
ü6 HISTOIRE DE MADAME DUCHESNE
rait-elle être solide tant que l'éducation de la jeunesse catholique ne lui assurerait pas des recrues régulières? Le plus riche joyau ne manquerait-il point à la couronne de l'Église tant que la vie monastique ne refleurirait pas en France? L'éducation d'un côté, l'état monastique de l’autre, n'étaient-ils pas précisément la base et le sommet de l'édifice qu'on entreprenait de relever? Mie Duchesne , comme tant d’autres, se le disait depuis longtemps; et c’est à procurer cette force et cet honneur à l'Église de Jésus-Christ qu'allait travailler le zèle de celte grande ouvrière de la première heure.
En rentrant à Sainte-Marie elle n’y avait amené qu'une seule compagne, M"° Faucherand, ancienne Visitandine, avec une jeune fille pauvre d’une douzaine d'années, qu’elle catéchisait et qu'elle avait attirée pour être, par sa pauvreté, la bénédiction de l’établissement. Triomphante de se voir enfin dans ce lieu de ses désirs, M'° Duchesne brûlait d’en offrir à Jésus - Christ un remerciment intime, cœur à cœur avec lui, « Mon ambition, écrit-elle, en arrivant, le soir du 14 décembre, eût été de passer la nuit dans l'auguste sanctuaire où depuis longtemps on n’entendait plus bénir le nom du Seigneur, de l'employer tout entière à savourer ses bienfaits et à lui rendre d’humbles actions de grâces. Aussi, malgré ma joie d’avoir une compagne, je fus un peu contrariée d’être obligée de coucher près d'elle pour la garantir de la peur. » La charité l’emporta ; mais par combien d’autres veilles nous verrons se dédommager l'amour de M"° Duchesne pour l’Eucharistie!
Les mêmes ardeurs de foi et d'amour de Dieu présidèrent aux travaux d’appropriation. Jamais palais