LE CULTE RESTAURÉ A SAINTE-MARIÉ
C'est ainsi que le 29 janvier 1802, la fête de saint François de Sales fut célébrée dans ce sanctuaire, encore plein de son souvenir. « Je goûtai en ce jour, dit M Duchesne, les plus pures consolations. Plusieurs prêtres respectables vinrent nous donner la meëse avec cette effusion de joie que produit, dans les saintes âmes, la vue d'une œuvre qui peut tourner à la gloire de Dieu. » C'était donc le ciel tout entier, Jésus-Christ et ses saints, qui venaient reprendre possession de leur première demeure.
Mais il était plus facile de réparer et d'ouvrir l’enceinte de la maison que de la repeupler. La première sollicitude de M"° Duchesne avait été de rappeler les anciennes mères de Sainte-Marie dans leur monastère, ne cessant de les presser de venir la rejoindre; on ne la comprenait pas. Il n'y avait pas, grâce à Dieu, une seule des religieuses qui ne fût restée fidèle; mais de nouvelles habitudes étaient nées de dix ans de sécularisation; et, comme il arrive souvent dans les choses humaines, de petites considérations prévalaient sur les grandes vues de M'° Duchesne : — Pourquoi tant s'empresser de nous faire rentrer pour habiter ces ruines, avant qu'une pleine sécurité soit rendue au pays, que le Concordat soit en vigueur, les couvents reconnus, et leurs biens restitués? Puis, quelle était cette novice qui avait la prétention de régenter tout le monde? Quels étaient donc ses titres? De qui tenaitelle son mandat? Quelle était la naissance de cette petite bourgeoise? — « Je passai des moments bien amers à cette époque, » raconte M"° Duchesne.
Une lettre écrite alors à Me de Mauduit nous livre, en effet, le secret d’un cœur déchiré, mais résolu, et
duquel ne s'échappe que l’action de grâces, avec la flamme du zèle, de l'espérance et de l'amour. « La plus sensible de mes peines est l'opposition de quelques personnes, dont je n’attendais que de la reconnaissance. J'ai bien fait parler de moi de diverses manières; mais comme je n’ai point agi pour la gloire mondaine, je ne me suis pas déconcertée par le blâme, ni n'ai pas trouvé ma récompense dans les louanges. Je la reçois de Dieu seul et de l’indicible joie de me revoir dans sa maison. » Faisant ensuite mémoire de la visite de M° l'archevêque de Corinthe et de la bienveillance secourable de quelques personnes : « Ma confiance s’anime, lorsque je réfléchis sur la charité qu’on m'a montrée et qui rappelle celle des anciens temps. On a tort de dire qu’elle s’est refroidie parmi les fidèles; car j'en ai vu, les larmes aux yeux, m'offrir de l’argent avec autant d’instances que d’autres en auraient demandé, dans un pressant besoin. Dieu veuille, en leur considération, bénir notre entreprise !! »
La religieuse sur laquelle M"° Duchesne fondait son espérance principale pour entraîner les autres était la supérieure, M"° de Murinais, que son âge et ses vertus rendaient l’objet d’une vénération universelle. Ce ne fut qu'après de patientes négociations qu’elle s’assura enfin cette imporlante conquête; encore fallut-il entrer en composition. La vénérable mère devait venir à Sainte-Marie avec une jeune religieuse, qui y mit cette condition qu’elle ne s’occuperait de rien, sinon de soigner la santé de sa supérieure. M" de Murinais
1 Grenoble, 14 février 1802.