LA VISITATION RENTRE A SAINTE-MARIE
devait de plus avoir près d'elle deux sœurs converses, dont l’une n'avait guère moins de quatre-vingts ans. Ce recrutement n'apportait pas à la communauté une séve bien généreuse; mais il était difficile de décourager l'espoir de M"° Duchesne.
Tout élant ainsi convenu, la supérieure et ses filles entrèrent à Sainte-Marie dans la semaine de la Passion de cette année 1802, « Durant la semaine sainte, écrit M Duchesne, une retraite fort suivie fut prêchée dans l'église par M. Rivet, quoique la porte extérieure fût encore fermée. Nous primes sur nous de l'ouvrir le Jeudi saint, et elle n’a plus cessé de l'être depuis lors. J'avais, durant cette retraite, un véritable plaisir à entrer dans notre chœur plein de monde, conduisant par le bras la vénérable mère que j'avais tant attendue. C'était un triomphe !. »
Ce triomphe fut de courte durée. Quelques autres religieuses avaient, il est vrai, suivi leur supérieure; mais le retour dans la maison une fois obtenu, restait à établir l’observance des règles. On le sait, une réformation est de beaucoup plus laborieuse que ne l’est une création. Il n’en a coûté à Dieu qu'une parole pour créer le monde, il lui en a coûté tout son sang : pour le refaire. C'est à cette restauration spirituelle de Sainte-Marie, que devait échouer le zèle de M" Duchesne.
Il est juste de l’observer préliminairement : on citerait cent exemples de l’empressement que les dignes filles de saint François de Sales mirent partout à rentrer dans leurs monastères, dès qu’elles eurent
1 Histoire autographe de Sainte-Marie, p. 16.
recouvré la liberté religieuse, et à reprendre leur règle, plus ferventes que jamais. Mais ici l'ouvrage de ce rétablissement ne trouvait que des éléments dont l’infirmité explique trop bien l'impuissance. La mère Anne-Félicité d'Auberjon de Murinais avait à cette époque soixante-dix-neuf ans ‘. Elle était pleine de bons désirs; mais son âge, sa santé, sa désuétude de la vie monastique la livraient à la merci de personnes moins empressées de rentrer sous le joug. « On vit, dit Philippine, une maison composée d’une supérieure qui acceptait tous les tempéraments pour attirer ses filles, et de religieuses faisant tout ce qu'elles voulaient. De la vie régulière nous ne conservâmes que l’oraison et l'office en commun. Du reste, point de silence, point de pratiques religieuses, de lecture de table, de costume uniforme. Le commandement de la bonne mère n'était pas assez ferme pour conserver dans la maison le régime même le plus doux. » Évidemment, et malgré de si longs préliminaires, on ne s’élait guère entendu sur les conditions de la vie conventuelle qu’on voulait rétablir. C'était la stricte observance pour M" Duchesne; ce n’élait guère, pour ses sœurs, qu’une facile retraite.
Ici commença pour M"° Duchesne un genre d’angoisse nouveau et plus cruel que tous les autres : celui de voir son Époux si pauvrement servi. Quoi! l'amour pour ce bon Maître se serait-il donc refroidi jusque dans son foyer? Au lendemain des oulrages de la Révolution, élaient-ce là les compensations, les consolations qu'était en droit d'attendre ce Cœur ado-
1 Elie était née le 7 septembre 1723,