‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 53 sur 270 · SON VAIN ZÈLE POUR L'OBSERVANCE · texte numérisé non relu

SON VAIN ZÈLE POUR L'OBSERVANCE

rable, blessé par les crimes des hommes? Qu'espérait-on expier, qu'espérait-on réparer, réédifier dans l'Église, le pays et les âmes, de cette manière-là ?

Me Duchesne raconte qu’un jour, le 2 juillet, fête patronale de son Ordre, elle alla se prosterner devant le saint Sacrement , lui disant avec une amertume profonde : « Quoi, est-ce donc, Seigneur, dans la fète même de la Visitation qu’il me faut renoncer à l'Ordre qui en porte le nom?»—4« Le sentiment de douleur dont j'étais pénétrée, ajoute Philippine, fut tellement voilent, qu'il me causa une hémorragie. Après {avoir d’abord baigné mon mouchoir de sang, ne pouvant rester à l'église, je fus forcée de laisser Notre-Seigneur tout seul, tandis que la maison était pleine de ses épouses !. » Ces larmes coulaient sans espoir; nul de ceux qui la guidaient ne voyait d’issue à cette impasse cruclle; et M"° Duchesne raconte qu'ayant dit un jour à son confesseur qu’elle avait bien pleuré, celui-ci, branlant la tête, se contenta de lui répondre : « Vous n'avez pas, ma fille, assez pleuré encore; vous ne faites que commencer; armez-vous de courage ?. »

Dieu avait ses desseins de miséricorde, en faisant passer sa fille par cette rude épreuve. Cœur embrasé d'amour, mais esprit tout d’une pièce, ne considérant que l'absolu, et âpre à sa poursuite, Philippine avait besoin d'apprendre, pour l’avenir, combien il y a loin de la conception idéale à la réalité, de quelles difficultés le bien est nécessairement hérissé en ce monde, et quelles imperfections ceux qui approchent les hommes

1 Histoire dulographe de sainle-Marie, p, 31 et 92. 2 Jbid,, p, 17.

doivent s'attendre à rencontrer, même dans ces hautes régions où coule la grâce de Dieu, mais sur un fond terrestre, qui ordinairement y mêle son limon et embarrasse son cours.

Me Duchesne, au lieu d’accuser les autres, commença par s'examiner elle-même. Était-elle complétement désintéressée ? Sa personnalité ne détournait-elle pas le courant de la grâce? Sa volonté était-elle dégagée de tout retour d’amour-propre? Elle dut rendre justice à la parfaite droiture de ses intentions : « Il me semble, dit-elle, pouvoir me rendre ce témoignage en sondant mon cœur, qu'aucune passion ni intérêt ne guidait mes demarches, et que j'étais disposée à me soumettre tout de suite à la personne même qui m'aurait fait le plus de peine, pourvu qu'elle voulût l’observance des règles. » Elle le montrait bien du reste en payant partout humblement de sa personne. Prenant pour elle la plus rude besogne du monastère, l’économat, la sacristie, la porte, le petit pensionnat, elle se multipliait pour que rien ne souffrit. Mais ses exemples n'étaient pas mieux compris que ses prières. C’est alors qu'elle résolut de tenter auprès de sa supérieure un effort suprême. Elle alla la trouver, se jeta en larmes à ses pieds, la pressant, la conjurant de prendre en main la défense de la régularité, pour l'amour de Dieu.

Cette tentative fut vaine. Le 21 août 1802, fête de sainte Chantal, M". Duchesne apprit que cinq jours après, le 26, la supérieure et les sœurs qu’elle avait amenées devaient se relirer. « Ces pensées, dit-elle, m'occupèrent ce jour-là tout le temps de la grand'messe, pendant laquelle je m'offris à Dieu pour sortir

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