‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 54 sur 270 · LA VISITATION QUITTE SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

LA VISITATION QUITTE SAINTE-MARIE

de la maison, si j'étais un obstacle au bien qui pourrait s'y faire; mais tout fut inutile. Le jour qui devait éclairer la sortie de ma mère et de mes sœurs était celui-là même de la dédicace de notre église, qui fut ainsi abandonnée par celles pour qui elle fut autrefois consacrée. La veille, 25, la mère de Murinais me fit appeler pour me dire qu’elle me quittait le lendemain matin. Elle était calme et me parla avec bonté. J'ai pensé depuis que Dieu lui ôtait tout regret, pour que j'agisse plus librement dans une œuvre plus grande. Je répondis à ma mère plus par mes larmes que par mes paroles. Je lui témoignai l'espoir de la revoir; mais elle ne m'en laissa aucune espérance, disant qu'elle élait trop âgée pour faire des entreprises, qu'il fallait pour cela être jeune et avoir du courage !. »

Le jour où Philippine vit ses sœurs et leur mère descendre sans retour la colline de Chalmont, elle crut que c'en était fait de son cher monastère. Tout lui semblait fini; qui ne l’eût pensé comme elle? C'était au contraire alors que tout recommençait. Est-ce que, dit Notre-Seigneur, on verse du vin nouveau dans des outres vieilles? est-ce qu'on coud un morceau neuf à une éloffe ancienne? À une œuvre nouvelle il fallait nécessairement des éléments nouveaux. Dieu les avait préparés ; et le jour même où Sainte-Marie redevenait un tombeau par l'abandon qu'en faisait la Visitation, le berceau du Sacré-Cœur apparut aux yeux de M'° Duchesne.

En effet, à l'heure même où Philippine, comme autrefois les saintes femmes de l'Évangile, pleurait auprès du sépulcre de ses espérances, elle reçut une

l Histoire autographe de Sainte-Marie, p. 29,

visite qui fut comme l'apparition de l'ange de la résurrection. M. Rivet vint la voir. Nous l'avons vu déjà se rendre auprès d'elle le soir de l'acquisition du monastère de Sainte- Marie. C’élait un de ces hommes toujours attentifs au signal d'en haut, que la Providence envoie aux heures solennelles ou décisives dé la vie, pour la manifestation de la volonté de Dieu. Entrant dans la douleur de M Duchesne, il la plaignit d’abord; puis, la réconfortant, il lui fit remarquer que naguère, à pareil jour, sainte Thérèse avait commencé sa réforme du Carmel, et que toute la ville s'était soulevée contre elle. Puis, laissant le passé, il lui parla de l'avenir. Déjà, précédemment, il lui avait fait entrevoir la possibilité d'attirer à Sainte- Marie une congrégalion récemment fondée dans la ville d'Amiens, et pour laquelle il professait une estime particulière. « J'avais eu dès ce premier moment une profonde inclinalion pour cet ordre naissant, écrit Philippine, et sans le désir que j'éprouvais, dans la défection générale, de prouver au monde que le joug de Jésus-Christ me plaisait malgré tant de traverses, j'aurais demandé de m'y joindre à l'instant. » Mais l'heure n'était pas venue, et les précédentes ouvertures M de M. Rivet n'avaient élé encore qu'une indication. À

Cette fois, il s'expliqua plus catégoriquement. La à congrégation dont il l'avait entretenue avait pour fon- #s dateur un de ces vaillants missionnaires qu’elle pouvail connaître; car alors ils parcouraient le Dauphiné et loul le Midi, sous le nom de Pères de la Foi, ressuscitan! | le ministère, les vertus ct les succès de saint François M . Régis. La petite famille d'Amiens avait pour objet le | rélablissement de la religion en France par l’éducalion

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