‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 55 sur 270 · SA PREMIÈRE CONNAISSANCE DU SACRÉ-CŒUR · texte numérisé non relu

SA PREMIÈRE CONNAISSANCE DU SACRÉ-CŒUR

chrétienne des jeunes filles, attrait ancien et constant

du cœur de Philippine. Son inspiration et son modèle étaient le Cœur sacré de Jésus, dévotion déjà si chère à la Visitation et à M"° Duchesne. Ses règles s’inspiraient de celles de l’ancienne Compagnie de Jésus, qui avait donné à l'Église saint François Régis et saint François Xavier, les deux saints préférés de cette âme d'apôtre. La maison-mère était actuellement aücentre même de la sainte Église, à Rome, où les religieuses portaient le nom de dilelte, en attendant que des temps plus libres leur permissent d’'arborer hautement le signe du sacré Cœur. L'humililé, la piété, la générosilé de la communauté d'Amiens faisaient lout espérer de ce germe visiblement béni par le Tout-Puissant. « Je ne puis dire combien celle conversation me consola, » écrit M"° Duchesne. Ses désirs, mieux éclairés, se renouvelèrent plus ardents. Il fut convenu, dès ce jour, que M. Rivet écrirait au Père Roger, un des Pères de la Foi, afin de l'informer que Sainte-Marie était libre, t le prier d'engager le fondateur des nouvelles reigieuses d'Amiens à envoyer. à Grenoble une petite olonie de leur Société !, Les négocialions commencèrent dès lors, mais elles archèrent lentement : « Cette réunion était une faveur u’il fallait mériter par une longue attente, » observe 1° Duchesne. L’atlente fut féconde. C'est à partir de e jour que, contre toule espérance, le monastère ommence à faire de nouvelles recrues, et qu'on voit Providence rassembler les éléments de l’œuvre nouelle, qu’elle prenait visiblement sous sa protection.

{Histoire aulographe de Sainte-Marie, p, 23,

Ces éléments sont faibles et ces recrues sont humbles ; mais sous des noms obscurs se cachent de très-saintes âmes. La sœur de M. Rivet entra à Sainte-Marie après la Toussaint, à la suite d’une retraite faite au monastère. C’élait une femme de mérite et d’une grandé bonté, une mère dévouée et capable de préparer le berceau d’une institution. À Noël une pieuse fille, M'° Balastron, se joignit au petit groupe. Une jeune pensionnaire, enfant pleine de candeur, nommée Émilie Giraud, déclara son dessein de se faire religieuse. L’attraction du Cœur de Jésus commençait à se faire sentir sur la sainte montagne; on eut un commencement d'organisation. Craignant qu’on ne pensât à elle pour être supérieure, et estimant prudent de se tenir à l'écart, M"° Duchesne fit conférer ce titre et cette aulorité à Me Rivet. La petite association prit, en attendant mieux, le nom de J'illes de la Propagation de la foi. C'était un nom prophétique pour M" Duchesne. Une règle provisoire fut donnée aux sœurs par M. Brochier. Enfin, le 3 mars 1803, ce digne prèlre reçut leurs “vœux simples de chasteté et d'obéissance. « J’eus M l'extrème consolation, dit M"° Duchesne, de voir enfin M dans cette maison une forme religieuse et les pratiques À en usage dans les communautés. En cette même année, à le pensionnat atteignit le chiffre inusilé de dix-huit | élèves. Quoique nous fussions contentes, — et il faut = convenir qu'elle se contentait de peu, — entre now cependant nous aspirions toujours à un établissement M où il y eût plus à faire pour Jésus-Christ !. »

Les négociations enlamées à Belley entre M. Rivoli

1 Histoire autographé de Sainte-Marie, p. 24,

ELLE APPELLE LE SACRÉ-CŒUR .. 69 et le Père Roger n'avaient pas encore amené de conclusion, et déjà M"° Duchesne se fatiguait de ces len-

| teurs, lorsque arriva à Grenoble l'homme qui devait | mettre fin à ses incertitudes, et faire briller sur elle la lumière de Dieu. | Le Père Joseph Varin était connu dans la province, où il n'y avait presque pas de villes et de campagnes qu'il n’eût évangélisées, portant en tous lieux l'édification d’une sainteté et d’un zèle plus éloquents encore que sa brûlante parole. Soldat devenu religieux, il avait de l’un la vaillance et la décision, il avait de l'autre l'esprit de prière et l'abandon au seul mouvement de Dieu. C'élait sur ces deux vertus de courage et de confiance qu'il avait fondé la modeste compagnie des religieuses enseignantes établie à Amiens. Le petit nombre de sœurs dont se composait alors la naissante Société l'avait fait hésiter et tarder longtemps à accepter Grenoble; il n’en fut plus de même quand il lui cut été donné de voir M®° Duchesne. Elle-même raconte ainsi cette visite du Père : « Il arriva chez nous la veille de saint Ignace, 30 juillet 180%, avec M. Roger. Le lendemain, après la messe, tous deux parcoururent la maison; et je les suivais ar derrière, sans pouvoir surprendre un seul signe qui trahît leur satisfaction ou leur éloignement. Le soir, au Salut, l’Esprit-Saint mit au cœur du Père Varin l'entière décision en notre faveur, mais il ne nous dit rien. Il devait partir le lendemain. Ce jour-là, Me Rivet et moi allâmes encore voir nos deux Pères après la messe. Le Père Varin ne parla que de la sainte ndifférence et de la lenteur avec laquelle s'opéraient es œuvres de Dicu. Je répondis que l'Écriture nous

le représentait, au contraire, courant à pas de géant; et j'ajoutai que si saint François Xavier eût agi si posément, il n'aurait pas lant fait d'œuvres et parcouru tant de pays. Le Père rit de mon émotion, et dit que c'était vrai, qu'il ne fallait plus de retard, qu’il allait conséquemment nous envoyer M"° Barat pour former une maison, et cela dans très-peu de temps. Cetle consolante promesse m'ôla une montagne de dessus le cœur. Cette journée fut une journée d'allégresse !, » Toute silencieuse qu'elle fût, l'impression du Père Varin à la vue de cette grande âme n’en avait pas moins été celle d'une profonde et sympathique admiralion. Toutes ses leltres de celte époque en portent témoignage ; et venu à Amiens pour décider le départ de la future colonie, il exprimait ainsi l'espoir qu'il fondait sur M"° Duchesne : « Vous trouverez là des compagnes qui vous seconderont; mais une surlout!.…. N'y eût-il que celle-là, il faudrait aller la chercher au bout du monde. » | Elle-même se mit dès lors à lout préparer pour la É: réunion. On la voit à cetle époque demander et ob- M tenir, par le crédit des MM. Périer et par l'inter- À médiaire de M. de Gerando, secrétaire général au ministère de l’intérieur, la reconnaissance légale de À son établissement comme maison enseignante. En même fs temps elle adressait les leltres les plus pressantes au sk Père Varin; et celui-ci lui faisait les réponses suivantes: À « Votre persévérance et celle de vos compagnes dans | le projet de réunion que nous avons arrêlé m'est un! gage que le bon Dieu en bénira l'exécution, Je ne vous Û

1 Jisloire aulographe de Sainte-Marie, p. 26 el 27,

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