LA MÈRE BARAT A SAINTE-MARIE
qui suivirent l’arrivée ct signalèrent la présence de la mère Barat à Sainte-Marie-d'en-Haut. La seule chose qui soit présentement de notre sujet est l’action spiriluelle exercée par cette mère sur M"° Duchesne. C'est sous celte main que l'édifice de son âme va s'achever, s'élevant toujours vers le Ciel, mais sur un plan nouveau : le plan de l'Institut qu'elle avait embrassé, le plan du Sacré-Cœur. Nous entrons dans l’histoire de sa formation.
C'était la première fois que M"° Barat présidait à une fondation. Nous savons déjà qu'elle n'avait que vinglcinq ans; il n’y en avait pas quatre qu'elle était supérieure. Quelle sorte de préparation apportait-elle donc à cette redoutable magistrature des âmes? Comment l’exerçait-clle? Qu'est-ce qui venait de lui gagner de prime abord la confiance et la vénération de M”° Duchesne? Rien d'humain évidemment; c'est une puissance latente et tout intéricure, que celle de M”° Barat. Humble de cœur, pelile de taille, timide de caractère, elle n’aspirait qu’à se cacher en Dieu. Or, c'est précisément celte union à Dieu qui lui donnait l’ascendant. Le divin Cœur, dont elle venait organiser le règne dans cette terre de conquête, était souverain chez elle, Elle était, selon le mot de l’Apôtre, revêtue de Jésus-Christ. Ainsi apparaissait-elle comme un être sacré, exerçant autour d'elle ce prestige de sainteté qui permellait encore à saint Paul de dire : Soyez mes imilaleurs comme je le suis de Jésus-Christ. Une telle supérieure, quelle que fût sa faiblesse, pouvait parler de Dieu et commander en son nom, car elle vivait de Lui.
On élail aux approches de la fête de Noël. Habiluée
à s'inspirer des mystères de l'Église, M" Barat commença par enflammer les cœurs pour l'Enfant-Dieu, le proposant à ses filles comme le modèle des vertus qui devaient être le fondement de leur perfection. Voulant obtenir d'elles la générosité dans l’immolation, elle leur faisait comprendre que ce qui apparaît dans ce divin modèle, c’est déjà la victime, et que la crèche est faite du même bois que la croix. À la leçon de l'amour, la sainte mère mêlait donc la leçon du sacrifice. « M"° Barat, rapporte le Journal de Sainte-Maric, nous représentait sans cesse l'enfance divine avec toutos ses amabilités. À chaque récréation elle faisait placer son image au milieu de nous, pour nous apprendre à en faire, comme elle, le sujet de notre prédilection. Nous devions offrir à ce Dieu-Enfant tantôt ce qui satisfait le plus une dévotion naturelle et trop sensible, tantôt ce qui était agréable ou commode, tantôt une attache ou une amitié trop tendre. C'était des mains de notre supérieure que Jésus recevait nos naissants sacrifices; nous les déposions devant elle, afin que cet épanchement de nos âmes dans la sienne nous valût les regards du parfait Modèle de la dépendance et du dépouillement religieux. »
Ces leçons préliminaires n'étaient cependant qu'un prélude. Elles devaient être suivies d'un noviciat destiné à initier les religieuses de Sainte-Marie aux règles de l’Institut nouveau qu’elles voulaient embrasser. Cette indispensable initiation allait durer un an, et elle était la fin principale de la venue et du séjour à Grenoble de M"° Barat.
Le noviciat s'ouvrit le 31 décembre 1804. « Ce dernier jour de l’année fut le premier de notre naissance
LE NOVICIAT DU SACRÉ-CŒUR gt
à la vie que nous embrassions, » écrit M" Duchesne. Après que le règlement eut déjà fonctionné pendant plusieurs semaines et comme creusé le lit où devait couler la grâce, une retraite fut prêchée le 11 février et les jours suivants par le Père Roger. Au-dessus du maître-autel de l'église de Sainte-Marie existait à cette époque une pelite chapelle, qu'il est encore facile de reconnaître aux peintures qui en décorent les murs. C'est là que le prédicateur réunissait les religieuses plusieurs fois le jour pour les instructions. Après le Père Varin, le Père Roger était un des premiers Pères de la Société. Compagnon de son supérieur dans l’émi- gration, il avait ensuite partagé ses travaux dans les hôpitaux de Paris, et préparé avec lui le berceau du Sacré-Cœur. Maintenant, depuis trois ans il évangélisait Lyon et les environs, s’occupant surtout à grouper autour de lui la jeunesse chrétienne. Apôtre plein de zèle, il était intarissable sur les choses de Dieu. Sa parole était austère autant que pénétrante, c'était un glaive sanglant; et chacun des exercices qu’il prêchait aux retraitantes amenait quelque FRRMACASTIRDS dans leurs habitudes premières.
En effet, s’il était bon et sage de rester fidèle à l'esprit intérieur de la Visitation, il l'était moins de garder certaines observances claustrales peu compatibles avec l’objet poursuivi par le Sacré-Cœur, On supprima les grilles; on consentit, — chose plus méritoire encore, — à n'avoir qu’un seul et même directeur pour toute la communauté. Ce ministère fut confié à M. l'abbé Rivet!, qui l'exerça pendant vingt
1 M. Rivet élait un prêtre d’une foi profonde et d’une science solidé, Il se fit souvent entendre dans les églises de Grenoble, et on l’écoutait
ans, et qui fut, à ce titre, le vrai père de cette maison de Sainte-Marie-d'en-Haut,
M"° Duchesne se plongea sans mesure dans le renoncement qui lui était demandé; et, sachant que, quoi qu’elle fit, elle resterait toujours en retard avec Dieu, elle estima n'avoir rien fait tant qu'elle ne lui eut pas fait l'abandon de lout. Aussi, à la fin de la retraite, le Père Roger lui ayant demandé de déposer aux pieds de Notre-Seigneur ce à quoi elle tenait le plus, elle lui fit cette vive réponse : « Mais, mon Père, il ne me reste plus qu’à apporter la maison; car, hormis Sainte-Marie, je ne vois pas que je tienne à quoi que ce soit en ce monde. »
Ces retranchements opérés, on allait voir Sainte- Marie prendre une forme nouvelle : la forme du Sacré- Cœur ; et cela simplement, sans secousse comme sans bruit, par la seule force attractive de l'amour de Dieu.
La maison possédait alors huit religieuses, en comprenant M" Barat et ses compagnes d'Amiens. Deux dames veuves, ainsi qu'une religieuse ursuline, suivaient le règlement, mais sans être engagées dans la Société; enfin vingt pensionnaires et cinq filles de service complétaient le personnel de l'établissement. M Tels étaient les éléments fort divers qu’il s'agissait de fondre dans l'unité, pour en former un corps et lui
donner la vie. La jeune sœur Giraud s’essayait à faire M
la classe aux plus petites pensionnaires; M"° Duchesne la faisait aux grandes; la sœur Adelaïde Second, une
volontiers, quoiqu'il fût obligé de lire ses sermons, Mais son actioi M s’exerçait surtout au confessionnal, où sa prudence et sa piélé lui amenaient en foule les âmes désireuses de la perfection. 11 mourut vers 1826, ls d'une attaque d’apoplexie, laissant la mémoire d’un saint,