‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 61 sur 270 · FORMATION A L'ESPRIT DE DOUCEUR · texte numérisé non relu

FORMATION A L'ESPRIT DE DOUCEUR

leur foi suspecte; on vit du mystère dans une conduite toute cachée en Dieu avec Jésus-Christ, D'autres critiquaient la fermeté qu'on mettait à empècher les entrées inutiles, à ne vouloir que des sujets jeunes et encore propres à se plier à la règle, à retrancher les usages des anciens monastères, qui ne pouvaient plus aller avec le temps critique où l'on est encore. Enfin on nia leurs talents, on rit de leur jeunesse et surtout de celle de notre mère, comme si les dons de Dieu ne se répandaient qu'à un âge, et que son esprit dépendit de notre humanité !. »

Lorsqu'à ces odieuses détractions et dérisions M° Duchesne voyait sa jeune supérieure n’opposer qu'un sourire charitable, tranquille, elle en faisait le sujet de son étonnement. Cette douceur la subjuguait, puis l'éntraînait elle-même, comme le témoignent ces lignes : « Lorsque je la voyais agir toujours par l'unique impression de Dieu qui la guidait, que je mettais en balance l’onction de ses paroles avec l'aigreur des discours qui l’attaquèrent, je n’avais pas de peine à démêler la passion de la vertu qui ne cherche que Dieu; et m'attachant à elle, je riais des agitations qui pouvaient arrêter un instant l’œuvre de Dieu, mais ne auraient la détruire. » C'était la grande leçon du acré Cœur de Jésus : Apprenez de moi que je suis doux t humble de cœur; et cette leçon lui venait de l’atrayant exemple de la mère Barat.

Après l'exemple, la parole. Un voyage à Lyon qui retint la supérieure éloignée de Grenoble pendant le printemps de 1805, donna naissance entre elle et

1 Journal de Sainte-Marie, p. 8.

Me Duchesne à une correspondance qui nous fait inlimement entrer dans ce travail de formation spirituelle, auquel président à la fois toutes les tendresses de la charité et de l'amitié chrétienne, et toutes les énergies de l’amour de Dieu.

Dans ces lettres, M"° Barat reprend une à une toutes ses instructions. D'abord elle encourage l'adoration fidèle de Jésus au tabernacle, mais en la subordonnant à l’obéissance religieuse, mettant ainsi l’amour sous le joug du devoir. A l'entrée du carème, M" Duchesne lui ayant fait connaître son bonheur d'avoir pu, le dimanche précédent, passer trois heures entières devant le saint Sacrement, M"*° Barat l'en félicite, mais

en ajoutant cette observation : « Je ne blâme pas, ma

chère fille , la consolation que vous avez cherchée, pourvu que vous ayez été dâns la résolution de la sacrifier de bon cœur, si votre contrariante mère vous eût envoyée vous coucher. Si je n'avais été absente, je devais aussi passer ces trois heures avec vous aux pieds de notre aimable Sauveur. J'espère avoir cette consolation le Jeudi saint, si je suis de retour, » Dans une autre lettre, elle l’entretient surtout des intérêts de son âme et de la vie intérieure, fondement même de l’Institut qu'elle veut embrasser. Peut-être l’activité de M"° Duchesne courait-elle risque de s’absorber dans les occupations extérieures de Marthe. M"° Barat la rappelle à la vie calme et tout intime de Marie : « Il me tarde, ma chère fille, d’avoir de vos nouvelles avec plus de détails. Vous savez ce qui m'intéresse par-dessus tout : les progrès de votre âme. Parlez-moi

1 Lyon, 27 mars 1805,

PER Po

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