FORMATION A L'ESPRIT INTÉRIEUR
davantage de cet objet que des affaires de la maison, auxquelles cependant je ne suis pas indifférente. » Et plus haut, lui donnant le sens de ce qu'elle entend par ce progrès de son âme : « Continuez, ma bonne fille, à veiller sur vous-même, et croissez à tout instant dans l'amour de Jésus-Christ; que cet amour consume tout ce qui n’est pas pour Lui. Votre Époux demande votre cœur sans partage et sans réserve. Il vous adresse continuellement ces paroles du Cantique : Surge, amica mea, et veni. » Suivent de longues citations latines du livre sacré, sur la nécessité de « faire la taille de la vigne, de chercher l'Époux dans le désert, dans le irou de la pierre, de chasser de la vigne les petits renards, » c’est-à-dire les défauts subtils et pernicieux. « Vous comprenez, ma fille, que ce que je
vous demande, c’est le renoncement à vous-même | absolu, continuel. L'esprit d’humilité, de douceur, d'oraison, voilà pour vous « le trou de la pierre ». Mais commencez d’abord par « chasser les renards », et faites cet ouvrage avec confiance et paix. » Elle-même s’'engageait à lui continuer son secours dans ce travail
. de son âme : « Le Seigneur, qui nous a données l’une
à l’autre, disait-elle, ne nous a fixé ni temps ni limites
autres que celles de l'éternité!, »
Ces deux âmes étaient donc et voulaient être unies
indissolublement, mais unies dans les deux bras de
Jésus crucifié : le sacrifice était le terme de cette direction. Aux premiers jours de la semaine sainte, M°°, Barat envoya à sa grande novice la permission de passer la nuit entière du Jeudi saint devant le saint
! Lyon, 29 mars 1805,
Sacrement. Or de quelles fortes leçons elle accompagne le don de cette précieuse faveur! Écrivant en cette semaine éloquente du mystère de la crucifixion, elle en prend sujet de prédire à sa fille que Dieu lui garde de grandes croix, et que c’est uniquement par la croix acceptée, embrassée et aimée, qu’elle sera comme Xavier une conquérante d’âmes. « Si j'avais pu faire avec vous cette visite à l’autel de notre Maître, je ne l’eusse pas achevée sans vous faire renouveler à ses pieds vos promesses, mais surtout celle d’embrasser la croix. Je vous aurais fait accepter, ma chère fille, celles qui vous attendent, et que Notre-Seigneur vous enverra aussitôt que vous aurez fait cet acte de générosité; car vous savez que le plus grand des trésors c’est la croix. Une grande portion vous en est réservée. Mais soyez courageuse ; et, sans les demander, soyez prête à les accepter de bon cœur. Vous en aurez qui vous viendront de vous-même; mais vous en aurez parfois d’autres non moins pénibles. Ce sont, me direzvous, de tristes prédictions; oui, tristes pour la nature, mais précieuses dans l’ordre de la grâce. Pendant cette heureuse nuit, pénétrez-vous surtout de l’amour de Jésus. Ah! si vous pouviez seulement en mériter une étincelle, la croix ne serait plus pesante! comme François Xavier, vous vous écrieriez : « Encore plus, Seigneur, encore plus! » Mais je vous demande seulement de vous abandonner et de dire : Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. Priez pour moi cette nuit; mon cœur sera près de vous, et mon esprit y volera plus d’une fois !. »
1 Lyon, 9 avril 1805.