‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 63 sur 270 · FORMATION A LA VIE DE LA CROIX · texte numérisé non relu

FORMATION A LA VIE DE LA CROIX

Cette page semble éclairée d’une lueur prophétique. Plus tard, un an après, la même nuit du jeudi au vendredi saint projettera sur la carrière future de M"° Duchesne une lumière encore plus vive. La semaine sainte, la Passion, la Cène, le Calvaire, quels souvenirs et quels présages le Ciel faisait apparaître aux premiers horizons de cette destinée!

Ainsi, en résumé, s'oublier et s’immoler, mourir, s'unir, souffrir, telles sont les dispositions qui seules” pouvaient faire d'elle une véritable et complète religieuse du Sacré-Cœur.

M"° Barat rentra à Sainte-Marie-d’en-Haut le lendemain du dimanche de Quasimodo, amenant avec elle une nouvelle postulante, M'° Henriette Girard, de laquelle elle écrivait : « J'espère que vous serez contente de votre nouvelle compagne; elle est un peu âgée, mais vous n'en serez pas fâchée : il en faut au moins quelques-unes de poids !. » Cette nouvelle venue était la douzième religieuse de la communauté.

Des hommes de Dieu vinrent bientôt continuer aux novices les solides instructions de leur supérieure. À celte époque, le jubilé était prêché à Grenoble avec les plus grands fruits par le Père Lambert et le Père Gloriot, de la congrégation des Pères de la Foi. « Ce sont des prédicateurs, écrit M"° Duchesne, dignes d’être remarqués dans toute l'Europe. Ils ont changé la face d’une ville criminelle, faisant goûter la sainte parole à ceux qui y fermaient leurs cœurs depuis des trente et des cinquante années. Tels sont les hommes qui daignèrent faire descendre sur notre petite colline

1 Lyon, 19 avril 4805.

de Sainte-Marie quelques ruisseaux de leur solide et touchante éloquence. »

Leurs instructions tendaient au même but que celles de M" Barat; l'esprit du Sacré-Cœur en faisait l’objet et le fond. « Dans l'après-midi de la fête du Sacré-Cœur, rapporte M" Duchesne, le Père Gloriot nous montra la dévotion du sacré Cœur de Jésus-Christ dans toute son excellence et son étendue. »

L'allégresse, l’ardeur et la force dans le combat étaient un autre sujet de leurs exhortations. « Le jour de saint Ignace, raconte le Journal, le Père Lambert nous ayant réunies après la messe, nous parla familièrement du plaisir qu’il avait de nous trouver un contentement si pur et si visible, qu'il éclatait au premier aperçu. Il nous exhorta à nous mettre audessus des jugements du monde, nous montra les avantages de la vie commune que nous avions embrassée, et nous félicita d'être des folles devant le monde, développant le sens de celte divine folie, la folie de la croix, qui nous rend autant agréables à Jésus-Christ que méprisables aux hommes. »

Le Père Barat, frère de la mère fondatrice du Sacré- Cœur, entra plus profondément encore dans l'essence même de l’Institut, qui est la conformité avec Notre- Seigneur. « Il montra, est-il rapporté au Journal, l'amante de Jésus si avide de se conformer à son modèle, qu'elle ne veut plus vivre sans le glaive perçant qui transperce l’âme chrétienne, et sans celle sainte mélancolie, fille de l'amour ardent, qui ne goûte rien sur la terre parce qu’elle ne trouve dans les créa-

1 Journal de Sainte-Marie, p. 12,

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