LES PERES DE LA FOI À SAINTE-MARIE
lures que des obstacles à son union avec son Bien- Aimé. » Ses conférences sur le zèle apostolique saisirent encore plus au vif M" Duchesne. « Il nous montra, dit-elle, le démon plus acharné, plus persévérant pour la perte des âmes que nous ne le sommes pour leur salut, Enfin il nous fit voir les effets de la force chrétienne dans tant de saints qui ont élé les conquérants des âmes, et qui ont fait d'euxmêmes des viclimes toujours. prêtes pour l'immolalion, »
Me Duchesne raconte que, « plus étonnée encore de la haute vertu de ce Père que de sa science profonde , elle eut au commencement un peu de peine à l’aborder. Mais, dit-elle, la charilé sait se plier, et bientôt on ne fut plus pénétré que du désir de profiter des cinq journées qu'il resta parmi nous. » L'âme de M" Duchesne fut conquise à ce prêtre d'une vertu austère et d’un zèle ardent, qui, comme elle, rêvait d'aller évangéliser les contrées lointaines, et qui devint plus tard, dans ceite entreprise, son plus chaleureux patron et son plus ferme appui, avec le regret de ne pouvoir y être son émule.
Cependant, sous la conduite de M"° Duchesne et sous l'inspiration de la mère Barat, le pensionnat, lui aussi, prenait la forme, l'esprit, la vie du Sacré-Cœur. Dans ces commencements, il y avait beaucoup à faire avec ces enfants de toute société, nées et élevées au sein de la Révolution. La famille avait été profondément troublée; l'ignorance et le mal avaient poussé dans les âmes, en même temps que les broussailles couvraient les temples en ruine. C'était un cœur nouveau qu'il fallait mettre au sein de cette génération; et quel
autre cœur était plus digne de l’animer que celui de Jésus? M"° Duchesne en fit le foyer de son œuvre de l'éducation. Elle-même était une grande et puissante maîtresse. Elle aimait les enfants par ce qu’il y a en elles d’immortel et de divin; elle les intéressait par son enseignement ; elle les servait surtout avec un dévouement qui attirait celles-là mêmes qu’eût effrayées la grande rigidité de sa foi. Ainsi, dans le cadre du devoir et sous le rayonnement de l’amour de Dieu, la vie était heureuse et bonne au Sacré-Cœur. « La paix et la joie régnaient parmi nous, rapporte une élève de ce temps-là; j'ai partagé ce bonheur, et je puis dire que Sainte-Marie était devenu une sorte de paradis terrestre. »
Cette forte éducation avait ses jours de gloire. Un des plus beaux triomphes de M" Duchesne fut d’amener dans sa maison le vénérable curé de la cathédrale, M. l'abbé Lagrée, et de lui faire présider une distribution de prix dans le même couvent qui lui avait servi de prison sous la Terreur. Ce jour-là, 23 septembre, on distribua aux enfants leurs couronnes au pied de l'autel, afin de leur faire comprendre qu’elles les tenaient de Dieu; et un prêtre vénérable, M. Royer, directeur du grand séminaire de Saint-Irénée, à Lyon, les encouragea à s’efforcer d'atteindre des récompenses plus hautes, leur apprenant à n'estimer que la gloire du ciel et la couronne de l’immortalité.
C'était, non-seulement de Grenoble et du Dauphiné, mais des provinces voisines, et en particulier de la Savoie et de l'Italie, que les pensionnaires étaient envoyées à Sainte-Marie-d’en-Haut, car les centres d’éducation étaient rares alors. Parmi ces jeunes étrangères,