‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 65 sur 270 · PENSIONNAT DE SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

PENSIONNAT DE SAINTE-MARIE

nous pouvons mentionner M'° Nina Costa, devenue plus tard princesse Centurioni, et M"* Lise de Voltera, descendante des Visconti, qui, dans une maladie déclarée mortelle, dut la vie au dévouement de M"° Duchesne.

Les nièces de cette digne maîtresse, M! Jouve et Lebrument, y faisaient secrètement l'espérance de leur lante. La jeune Amélie de Mauduit édifiait par sa piété ce couvent dont enfant elle avait dit qu'un jour elle y ferait sa première communion. Mais entre toutes ces élèves, la plus remarquable était une autre nièce de M'° Duchesne, nommée Euphrosyne Jouve, qu’on venait d'y recevoir à l’âge de sept ans et demi, le 3 septembre 1805, C'était une fleur de distinction, de beauté et d’intelligence que sa tante cultivait avec prédilection, sans savoir encore si elle serait cueillie pour le monde ou pour le cloître, pour les autels de la terre ou pour les autels du ciel. L'éducation du Sacré-Cœur, telle qu’elle était comprise à Sainte-Marie-d’en-Haut, a son type idéal dans cette enfant d'élite, dont la destinée devait être intimement liée à celle de M"° Duch*sne.

« Euphrosyne, nous raconte sa biographie, avait à cette époque une belle chevelure blonde, naturellement bouclée, de grands yeux bleus, une mine fraîche, un front ouvert et une physionomie animée et spirituelle qui était le miroir de son âme. Dès l’âge de six ans, elle s'était montrée si ardente à la lecture, qu'il avait fallu la régler à un volume par jour. Elle portait la même ardeur dans les jeux et les exercices du corps, qu'elle avait coutume de parlager avec ses frères, prenant ainsi l'habitude d’un mâle et robuste courage qui ne s’effrayait de rien. » Une lettre de

M"° Duchesne à M"° Jouve, sa sœur, qui habitait Lyon, témoigne des espérances qu'elle concevait dès lors de cette noble enfant :

« Ta fille fait ici une de nos jouissances, et me récrée au milieu de mes occupations les plus sérieuses. Au catéchisme , elle parle autant que moi, redresse celles qui se trompent et prévient leurs réponses. Comme une personne instruite, elle s'explique toujours avec les termes propres et avec assurance. Adieu, ma bonne sœur; dans notre éloignement, je considèrerai avec plaisir ton image dans ta fille, et la chérirai ainsi doublement !. »

Mais, elle aussi, avait le caractère de sa race, et sa tante eut à faire pour assouplir en elle une volonté impatiente de toute discipline. Tous les soirs, la petite nièce devait lui rendre compte à genoux des fautes de la journée. Craighant surtout pour elle la blessure de l’'amour-propre, elle ne la flattait point. Elle ne souffrait pas non plus que d'autres compromissent par des compliments la délicatesse de son ingénuilé : « Ma chère amie, écrivait-elle à M"° Jouve, j'ai élé surprise bien agréablement par la visite de ton mari. Tes filles ont été folles de joie. Heureusement le père s’est contenu, et n’a point trop vanté Euphrosyne, qui sent déjà son mérite ?. » ;

A un étroit amour-propre, M"° Duchesne substituait dans ce généreux cœur l’amour large et élevé de Dieu et du prochain. Elle lui faisait aimer Jésus, l'époux des vierges. La plus chère récompense qu’elle pût lui offrir était la permission d'aller réciter l'office avec les reli-

1 Grenoble, 17 novembre 1805, 2 Grenoble, 1805, Recueil des Leltres de famille, p. 10.

Page 1