‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 66 sur 270 · ENFANCE D'EUPHROSYNE JOUVE · texte numérisé non relu

ENFANCE D'EUPHROSYNE JOUVE

gieuses ou de s'habiller comme elles les jours de congé. Elle lui faisait aimer Dieu dans les malheureux, et une autre faveur qu’elle lui faisait acheter était celle d'aller porter aux prisonniers des Basses-I'osses la soupe qui leur élait envoyée du monastère.

Ainsi stimulée, l'enfant se portait au travail avec une si vive ardeur, que déjà sa tante l'avait mise au latin. M Barat, elle aussi, la tenait pour son enfant. L'emmenant souvent dans sa chambre, elle l’entourait secrètement de soins particuliers; car déjà quelque chose de M"° Duchesne se révélait dans celte petite fille, comme un rejeton qui pousse à côté d’un grand arbre ; et promet de donner un jour les mêmes fruits.

L'esprit du Sacré-Cœur est joie et dilatation. Le Père Varin, étant venu dans le courant d'août visiter la maison, se plut à y trouver dans toutes les religieuses une généreuse allégresse au service de Dieu. A ce signe, il reconnut que le règne de Jésus-Christ était consolidé dans le noviciat, et que les âmes étaient mûres pour la profession, comme on reconnaît qu'un fruit est bon à cueillir, quand le soleil l’a pénétré et doré de ses feux.

Le 11 novembre 1805, le Père Varin, accompagné du Père Roger, se rendit à Grenoble pour préparer ses filles à prononcer leurs vœux. Les exercices de la re- | traite s’ouvrirent le 13 novembre, fête de saint Stanislas Kostka, el se terminèrent le 21, fête de la Présentation de la sainte Vierge. Ce jour-là, M" Duchesne et ses sœurs firent profession entre les mains de M. Rey, vicaire général et leur supérieur ecclésiastique. Il était assisté de MM. Rivet et Rombaud, ainsi que des deux Pères de la Foi, qui venaient de donner les saints exer-

cices. Le Père Varin parla sur ce texte des saintes Écritures : Ce jour sera célèbre parmi vous ! « Chacune de nous, rapporte le journal de M° Duchesne, prononça ses vœux à genoux, devant l'autel, sur lequel le saint Sacrement était exposé, et dans les mains de notre mère, qui était debout au côté droit de l'autel. »

« Le dimanche suivant, le Père Varin parla sur la reconnaissance, en empruntant ces paroles, que le jeune Tobie disait de son ange gardien : Mon pére, que lui rendrons-nous pour lous les biens qu'il nous a faits? » Chacune les appliquait à celle qui, depuis un an, était l’ange visible de ce noviciat. — « Le soir, continue le journal de M"° Duchesne, il nous assembla pour nous recommander de faire, pendant le salut, un sacrifice qu'il ne nous spécifia pas encore. Il nous le fit connaître ensuite. C'était le départ prochain de la mère générale, rappelée à Amiens par les intérêts de la Société !. »

Elle partit, en effet, le vendredi suivant, laissant à Grenoble M"° Geneviève Deshayes, son ancienne compagne , en qualité de supérieure. La réunion était faite, la maison fondée , les volontés dirigées, les règles établies, les âmes transformées, Jésus-Christ intronisé et régnant dans les cœurs. M" Duchesne, rendue plus digne de son alliance par ces belles fiançailles, venait de le prendre pour Époux; et elle aussi, en ce jour, comme

sainte Rose, sa patronne, avait scellé avec son Cœur un 4“

pacte, que rien désormais n’était capable de rompre :

« Rosa cordis mei, tu mihi sponsa esto : Rose de mon |

cœur, sois désormais mon épouse pour l'éternité?! »

1 Journal de Sainte-Marie, p. 19. .

2 Légende du Bréviaire romain, Office de sainte Rose de Lima.

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