DOM DE LESTRANGE A SAINTE-MARIE
inculte et abandonné, par le malheur des temps. D'immenses et belles régions sans Dieu et sans Christ; des tombes saintes sans honneurs, des églises en ruines; à peine çà et là un missionnnaire perdu dans des savanes profondes ; et cependant un besoin général de rénovation ; des souvenirs de religion encore conservés jusque sous la hutle des Indiens; des appels aux ministres de la prière catholique ; des prèlres et des religieux émigrés et proscrits prèls à reprendre les vestiges des anciens missionnaires; une Église nouvelle à qui Rome donnait son institution; une nation naissante qui lui arantissait une féconde liberté ; en un mot, de grands ésastres et de grandes espérances, une nuit qui començait à devenir une aurore : voilà ce que présentait e tableau que dom de Lestrange fit à M"° Duchesne t à ses compagnes de Sainte-Marie-d’en-Haut.
La parole de tels hommes porte la grâce avec elle. elle-ci eut une portée incommensurable. Nous avons u jusqu'ici M"° Duchesne sollicitée tout ensemble ou ur à tour par la vie contemplative, le ministère eneignant et les travaux apostoliques, sans qu'il lui eût té donné de démèler lequel de ces attraits allait finaleent prévaloir dans son existence. La parole de l'abbé e Lestrange, jointe à la grâce de Dieu, entraîna déciément vers les missions étrangères le cours de ses Iées comme celui de sa vie ; et ce jour de l'Épiphanie, jour de l’éloile, fut un jour décisif pour M Duesne.
Quatre jours après cette visite, et pleine encore du u quelle avait allumé, celle-ci écrivit sa résolution à mère Barat, comme plus tard elle le lui rappelait ans les lignes suivantes : « Le 10 janvier, faisant mon
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oraison dans le dortoir des élèves, sur le détachement des mages, je conçus le désir de l’imiter. Je vis tomber mon attachement trop fort pour cette maison de Sainte- Marie, qui m'avait coûté bien des larmes; et je me déterminai à m'offrir pour instruire les idolâtres de la Chine ou autres pays lointains. Je vous écrivis, ma digne mère, le 23 du même mois, à cette intention !. »
Nous n'avons plus cette lettre; mais nous avons la réponse de M Barat. C’est une explosion de reconnaissance envers Notre - Seigneur : « Votre lettre a frappé au plus sensible de mon cœur. Je me suis sentie exaucée. Oui, ma chère fille, voilà ce que je demandais pour vous depuis que le Seigneur vous a confiée à | mes soins; et souvent je n’insistais auprès de vous avec À ardeur, que dans la persuasion où j'étais que Jésus- Christ voulait de vous ce dévouement, cet entier sacrifice. Oh! j'y étais portée par un autre intérêt que je puis vous faire connaître, ce ne sera que pour vous. C'est un de mes secrets. »
Icielle lui faisait part du désir, de l'espérance qu'’ellemême avait longtemps nourrie d'aller porter l'Évangile aux pays infidèles. Il lui avait fallu une grande résigna tion pour obéir aux ordres qui la confinaient en France; lM mais elle n'avait pas, pour cela, renoncé à procurer le lu salut de ces peuples : « Non, écrivait-elle encore, ce! désir, au contraire, augmente tous les jours. Je de mande à Dieu que du moins une de mes compagne l’accomplisse, et que l’Esprit-Saint lui-même la dispose M et la conduise. Si, présentement, aucune de nous ne peut aller si loin, qu’il s'en trouve quelqu’une parmi
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1 Mémoire aulographe de 1818, fol, 2e, p. 1 et 2.