‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 69 sur 270 · SON DIVIN APPEL AUX MISSIONS · texte numérisé non relu

SON DIVIN APPEL AUX MISSIONS

celles qui doivent nous suivre; qu’en attendant, il yen

ait qui soient disposées à le faire, qui prient pour ces

nations, qui brûlent de zèle pour elles, et qui fassent | passer ce feu dans d’autres âmes, afin qu’on puisse saisir l’occasion favorable quand Dieu l'aura décrété | dans sa sagesse et sa miséricorde. »

Mais quand viendraient ce lemps et cette occasion ? | Et quelle part, l'heure venue, serait donnée dans : cette mission à M"° Duchesne? À ces questions pres- » santes la supérieure répondait : « Maintenant, ma chère » fille, il me semble vous voir prosternée aux pieds de | votre indigne mère, lui demander si c’est vous qu’elle destine, ou plutôt que Jésus appelle lui-même ?.. Vous

attendez le oui que vous avez déjà cherché, et qui à paraît si long à vos désirs. Oh! permettez que je ne le ‘prononce pas encore. Mais je vous dirai : Espérez, inourrissez les désirs que vous avez, et travaillez à vous rendre moins indigne de cette faveur. Priez aussi, ic le ferai particulièrement pour cela. Que je serais "heureuse, si le Seigneur, ayant tant de raisons de dédaigner mes services, voulait agréer les vôtres ! LAlors, à mon tour, prosternée à vos pieds, je vous supplierais de me recevoir pour votre petite servante...» Tout cet épanchement s’achevait par une rexcilation mutuelle à aimer Dieu et à souffrir pour lui. … Dans cette réponse M Duchesne ne comprit qu’une chose, c'est qu’elle était exaucée. Elle crut déjà toucher au terme de ses vœux. « Quoi, répondit-elle avec une vive allégresse, quoi! il m'est donc permis de me ivrer à la plus douce des espérances! Mes vœux s’accompliront un jour! Dès maintenant je puis tendre par es désirs et mes prières vers des contrées où je pourrai

enfin rendre quelque service à Notre-Seigneur, et n'être riche que de luil Quel aiguillon puissant pour m'exciter à me réformer, que la crainte de me rendre indigne de ma haute destinée! Avec quel respect mêlé d’attendrissement entendrais-je ces paroles de la bouche de ma tendre mère : Je vous envoie parmi les loups! Oh! si vous pouviez ajouter comme un agneau! Avec quel transport prendrais-je sa vénérable main et la porterais-je sur ma tête pour être bénie de cette sorte : Ab illo benedicaris in cujus honore cremaberis !! Je suis souvent en esprit au moment de la décision, et plus souvent encore dans les lieux où elle me permettrait d'aller... Qu'il me tarde de savoir ce que vous aurez à me dire! Je me précipite à genoux pour l'entendre ?. »

Brûler, se consumer pour Dieu et pour les âmes, k# pareille à l’encens qui fume devant l'autel, tel était » le sens attaché par M" Duchesne à la bénédiction Ê qu'elle demandait à sa mère. Mais pour cela il fallait » préalablement s’épurer, se jeter dans le brasier du sacrifice ; et la sage supérieure avait raison de lui rcpondre : « Vous devez d’abord, ma fille, devenir un à petit agneau. Sans cela, oseriez-vous dire : In cujus b honorem? Notre-Seigneur aurait-il pour agréable une k victime d'autre sorte? Non, ma très-chère, il Jui faut M un agneau, c’est par l'humilité et la douceur que vous le deviendrez *. »

M"° Duchesne en appela à Dieu dans la prière. C’est A pourquoi, dans sa lettre, elle avait demandé à sa su- M

1 Sois béni par Celui en l'honneur duquel tu seras consumé. | Prière 1 liturgique pour la bénédiction de l'encens.) 4

? Grenoble, 1806,

3 Amiens, 28 mars 1806.

ELLE SE VOUE AUX MISSIONS 103 périeure la permission de passer la nuit du jeudi saint à s'entretenir avec Jésus dans le saint Sacrement : « J'espère, ma mère, lui disait-elle, que vous me ferez lever cette cruelle défense de ne jamais passer la nuit entière devant Dieu. De grâce, il me faut celle-là pour parler à loisir à notre bon Maitre. »

Nous devons redire ici quelle fut la lumière de cette nuit mémorable. Le lendemain, vendredi saint, M"° Duchesne en écrivit à sa mère générale une lettre cilée ailleurs, mais qu’il faut nécessairement replacer dans ce livre, comme une des plus belles pages qui aient | jailli de ce cœur, sous l'inspiration du Dieu qui, dans | cette veille sainte, venait de lui parler et de le transporter : « O la bénite nuit! s’écriait l’adoratrice. Je l’ai passée tout entière dans le nouveau continent. Aussi bien j'ai voyagé en bonne compagnie. D'abord j'avais | précieusement recueilli au Jardin, au Prétoire, au Cal- : vaire, tout le sang de Jésus. Je m'étais emparée de lui Lau saint Sacrement, je le serrais étroitement, et je portais en tout lieu mon trésor, sans crainte de l’épuiser. Je voyais saint François Xavier se tenant devant le trône de Dieu, lui demandant de faire fructifier cette semence, et de m'ouvrir de nouvelles terres à éclairer. Saint François Régis était le pilote des voya- “geurs, cet bien d'autres saints encore, jaloux de la gloire “de Dieu. Aucune tristesse, même sainte, ne pouvait, en celte nuit de notre rédemption, s’insinuer dans mon cœur, parce qu’il me semblait qu’il allait se faire une nouvelle application dés mérites de Jésus !

« Les douze heures de la nuit, bien que passées à genoux, ont élé bien vite écoulées , et sans fatigue pour oi, qui, la veille encore, ne croyais pas pouvoir tenir

une heure. J'avais tant à faire avec tous mes sacrifices! J'avais à offrir une mère..., et quelle mère! des sœurs, des parenis, une montagne. Et puis, je me trouvais seule, avec des enfants tou' noirs, tout grossiers ; el j'étais plus contente au nn. ieu de ma petite cour que tous les potentats du monde. Bonne mère, quand vous me direz : Ecce ego milto Le, je vous répondrai vite : Je pars! Oh! si c'était seulement avant la fin de l’année ? je m'en suis presque flattée.

« Je vais tâcher de rendre triste Le reste du vendredi saint; mais j'y ai peu de dispositions: je suis montée à l'espérance !. »

Ce n'était ni cette année ni les années prochaines qui devaient réaliser cet espoir impatient; un second noviciat était indispensable à ce nouveau ministère. Ce fut en réalité un noviciat de douze ans, durant lequel nous allons voir la mère Barat former, dans M Duchesne, la missionnaire future, "comme précédemment nous l’avons vue former l'épouse du sacré Cœur.

Immédiatement cetle mère assigna à sa fille spirituelle le terme où elle voulait la voir parvenir. Dans celte femme enrichie de dons si excellents, dans cette religieuse prévenue de tant de grâces, dans cetle existence conduite par des voies si providentielles, M" Barat avait vu la prédestination à une haute sainteté. Se reportant aux merveilles de l’âge précédent, aux Thérèse, aux de Chantal, aux Marie de l'Incarnation , aux Marguerite - Marie, elle lui écrivait : « Eh quoi, sommes- nous donc si loin du siècle des saintes,

1 Vendredi saint le malin.

Page 1