SON NOVICIAT DE MISSIONNAIRE
et ne pouvons-nous pas espérer d’en voir quelques-unes marcher sur leurs traces? Vous l’avouerai-je, ma chère fille, quand j'ai considéré les grandes grâces que Notre- Seigneur vous a faites depuis votre enfance, j'ai espéré que, vous ayant donné un cœur sensible et reconnaissant, vous aimeriez votre Dieu comme ces grandes âmes. Vous vous trouvez dans des circonstances à peu près semblables à celles où elles furent, et qui contribuèrent à en faire des saintes. Un ordre naissant et aidé par des honimes remplis de l'esprit de Dieu, et par-dessus tout le Cœur de Jésus qui vous presse si fortement !... Allons, je ne veux pas vous faire de reproches trop forts; reprenez doucement courage ; serrez contre votre cœur votre faisceau de myrrhe; renouvelez votre vœu de consécration à Jésus, à la croix. Notre-Seigneur et sa petite servante vous pardonnent !. »
Bossuet a écrit : « Tourner l'âme incessamment et de toutes ses forces du côté de son éternité et de son souverain bien qui est Dieu, c’est à quoi doit tendre toute la direction. Il faut donc la séparer de toutes les choses sensibles pour lui faire aimer l'éternité de Dieu, l'être infini de Dieu, en sorte que cette âme ne veuille plus être, ni vivre, ni respirer que pour Dieu ?. » Voilà par quels moyens et jusqu’à quel degré M" Barat voulait la sanctification de la future missionnaire du sacré Cœur de Jésus.
Le missionnaire doit être un homme de détachement, et l'énergique maîtresse travailla premièrement
1! Poitiers, Ler août 1806.
2? À la sœur Cornuau, lettre xxve. Meaux, 5 novembre 1691.
à rompre dans sa fille des attaches trop vives. Nous verrons, au chapitre suivant, quels étaient quelquesuns de ces liens forgés au feu des plus fortes tendresses de la nature et de la grâce. Mais le plus étroit de tous élait certainement celui qui enchaînait le cœur de M"° Duchesne à la mère Barat. Celle-ci s’offrit la première pour être sacrifiée. A là suite d’un second séjour de sept semaines à Grenoble, s'étant de nouveau arrachée à l'affection croissante de cette fidèle amie, elle lui écrivit de Poitiers : « Vive Jésus, ma chère Philippine; depuis trois semaines que je suis séparée de vous, n’avez-vous pas souvent dit à Notre - Seigneur : « Oui, mon Dieu, il élait nécessaire que vous « me l'ôtassiez, cette amie, que j'aimais, à la vé- « rité, pour vous, mais qui m'était encore un soutien « sur la terre! Je ne dois plus avoir que vous! Soyez « mon seul et unique ami; je ne veux plus que vous! » En effet, ma chère fille, vous avez cru jusqu'ici que mes faibles conseils vous élaient utiles, et qu'une autre n'aurait peut-être pas la même patience pour vous corriger, pour vous supporter; mais, grâce à Dieu, vous avez expérimenté que la grâce ne coule pas par un seul canal. » Et dans une autre lettre : « Mon cœur, lui disait-elle, est plus que jamais convaincu que Dieu seul est aimable, et que nous ne serons jamais véritablement heureux qu’autant que nous sacrifierons au bon plaisir de Dieu toutes nos affections... Si j'ai un si grand désir d'apprendre de vos nouvelles, c'est par l'espérance que j'ai que votre âme s’affranchit des liens qui la tiennent captive, et qu’elle commence à prendre cet élan dont parlé le prophète : Quis mihi dabit pennas sicul colombæ, pour commencer déjà ce
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