SA VIE D'ORAISON ET D'ADORATION
vaient encore le lendemain matin. De pelits papiers jetés le soir furtivement sur la robe de l'adoratrice, et retrouvés le lendemain matin sans le moindre dérangement, leur fournissaient la preuve qu’elle avait passé la nuit dans la plus complète immobilité !, M" Barat, alarmée, dut retirer à Grenoble la faveur habituelle de l’adoration nocturne. « Elle le fit pour des raisons que nous ne pûmes que louer, écrit sa chère fille, malgré le sacrifice qu’elle nous imposait *, » Le bonheur d’obéir en se mortifiant pouvait seul consoler de cette privation le cœur de M'"° Duchesne.
Enfin le missionnaire est un homme de sacrifice : sa vie tout entière n'est-elle pas un martyre? Ne lui faudra-t-il pas avoir à supporter la faim, la soif, la nudité, la fatigue et tous les genres de travaux? Ici M" Duchesne prévenait encore les leçons de sa sainte maîtresse, par des austérités qui trompaient sa soif de souffrances volontaires, sans parvenir à la satisfaire. Des restes de pain dur et des débris ramassés dans les plats des élèves ou de la communauté, faisaient sa nourriture préférée et habituelle. Elle ne voulait d’autres vêtements que les rebuts des autres. Elle travaillait sans relâche. « Cette sainte mère embrassait à peu près toutes les sollicitudes de la communauté et du pensionnat, rapporte une des élèves. Économe, maîtresse de chœur, maîtresse de santé, chargée des hautes classes, du premier cours de religion, des cours de géographie, elle remplissait en outre les fonctions d’ex-
1 Notes de Mme Deshayes, p. 33, et témoignage de Mme Olympie Rombau,
? Journal, 8 août 1807.
citatrice, de visitatrice et de secrétaire !. » La mère Deshayes , qui était alors sa supérieure, raconte que le matin, avant l’oraison, on la voyait déjà dans le jardin occupée à sarcler les légumes. Parfois les sœurs chargées du soin de la maison étaient étonnées de trouver, dès le matin, les salles balayées, le pain du déjeuner taillé et distribué à la place de chaque enfant. « Ma mère, venaient-elles dire à la supérieure , donnez-nous de l'ouvrage, le nôtre a été fait cette nuit à notre insu, par notre ange gardien, » On devine quel était cet ange charitable.
Comme elle se levait la première, M"° Duchesne était la dernière couchée. Il fallait qu'auparavant elle eût mis tout en règle, la comptabilité, la correspondance ; et l’on raconte que parfois, prise de sommeil en écrivant, elle laissait sa plume errer au hasard sur son livre de comptes, où elle écrivait, sans le savoir, les pensées qui s'échappaient de son âme, telles que celle-ci par exemple: « J'aime Dieu, j’abhorre le monde, » qu’elle retrouvait le lendemain, elle ne savait comment, égarée au milieu de ses notes et de ses chiffres. D’autres fois, après avoir parcouru les dortoirs, voyant tout, pourvoyant à tout, elle allait tomber de sommeil au pied d’une croix de pierre, dressée sur la terrasse, au milieu du parterre. Lorsqu'elle était contrainte de prendre quelque repos, elle le faisait sur la dure, n'ayant jamais que la même couverture, quelle que fût la saison. « Un jour, je me souviens, raconte une pensicnnaire, que dans une partie de cache-cache, une de nous ayant pénétré jusque dans sa cellule, par sa permission, ouvrit indis-
1 Note de Mme Louise de Vidaud.