‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 74 sur 270 · SAINTE AMITIÉ DE LA MÈRE THÉRÈSE · texte numérisé non relu

SAINTE AMITIÉ DE LA MÈRE THÉRÈSE

quelques jours après : « Comprenez donc, ma chère fille, que sa bonté veut que vous deveniez une grande sainte. Il ne vous a conduite dans notre petite famille que pour vous en donner plus de moyens... Ah! vous pouvez tout maintenant, si vous êtes fidèle !, »

Tels étaient les modèles, les leçons et les secours dont M Barat ne cessait d’entourer la missionnaire future, pour ia sanctifier. Avant d’être lancée à la conquête des âmes sur les mers lointaines, il fallait que cette femme forte, à la manière d’un navire, selon image de l'Écriture ?, fût armée, fortifiée, éprouvée, n vuc des tempêtes à venir. Il fallait lui donner des oiles qui l’emportassent et des ancres qui la retinssent, vec un gouvernail qui la dirigeât, et ce feu intérieur ui brave les vents contraires et fait avancer quand ème. Maintenant que cet ouvrage est accompli, n'est-il as temps que le navire quitte enfin le chantier ? Les vents le sollicitent ; il frémit sous leur souffle : va-t-il artir enfin ? va-t-il prendre le large? Qu'est-ce donc ui le retient au port?

Il nous reste à rendre compte des sages atermoieents de la mère Barat. Après l'œuvre de la formation e la vie religieuse dans M" Duchesne, après celle de a formalion aux vertus apostoliques que nous venons ‘étudier, il restait concurremment à dompter, à assoulir, dans l'épreuve et l'attente, cette puissante mais op impétueuse nature. Certes, M" Barat se fût bien ardée d’éteindre, dans sa fille, celte flamme qu'elleème avait portée si brûlante dans son sein. Mais le

1 Amiens, 3 février et 12 mars 1809, ? Facta est (mulier fortis) quasi navis institoris, ele, (Prov., Xxx1, 14.)

temps était-il venu de la répandre au loin ? Elle ne le croyait pas.

D'abord, se demandait-elle, sa Société si jeune ne risquait-elle pas de s’affaiblir par l’éparpillement de ses forces! Née depuis dix ou douze ans, avait-elle eu : le temps d’affermir son esprit, de fixer ses traditions, | d'établir ses règles? — Puis ne fallait-il pas qu'un signe | de la Providence , écartant les obstacles et préparant | les voies, fût, dans une chose si grave, la manifestation de la volonté de Dieu ? Or ce signal d’en haut s’était-il fait entendre? — Enfin, à un autre point de vue, celle-là même qui devait conduire l'expédition, était-elle com- # plétement mûre pour une telle entreprise? Si elle commençait à savoir obéir, avait-elle la mesure, l’expérience, le calme qui permettent de commander; et M ne fallait-il pas qu'elle fit de nouvelles écoles pour se pénétrer de cet esprit nouveau dont elle devait être el M demeurer au loin la maîtresse, la gardienne, la forme, ! le modèle, et, au besoin, la vengeresse? « Pour que le zèle soit plus ferme et plus circonspect, écrit saint ls Bernard, il faut que la prudence réprime ses écarts, domine l'esprit propre et règne sur l'amour même‘. » Cette œuvre de prudence fut celle de M"° Barat.

Mais patienter, attendre, ce n'’élait pas l'affaire de! Me Duchesne, qui, de plus en plus, faisait de ces l régions lointaines la patrie de son cœur. De quelque : côlé que lui en vinssent des nouvelles, c'étaient autant de souffles qui ravivaicnt sa flamme. Des lettres sur kk Tonquin écrites par un missionnaire du diocèse de

l Qu zelus sit firmior et vigilantior, est opus scientiâ quæ impeluii supprimat, spirilum superet, ordinet charilatem, (S, Bernard.)

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