SES ÉLANS VERS LES MISSIONS
Grenoble, M. l'abbé Iscard; des récits sur les progrès de la religion en Chine, par le directeur du séminaire de Lyon, M. l'abbé Royer, l'avaient transportée. Elle note sur son journal: « Ne pourrai-je pas, moi aussi, faire quelque bien en Chine! Oh! quel bonheur de tout quitter, pour aller travailler, sans intérêt humain, à la gloire de Dieu'! »
En même temps, ses désirs cherchaient autour d'elle des encouragements. On lit, dans son journal, à la suite d’une visite du Père Enfantin : « Il nous laissa espérer que nous pourrions un jour exercer le ministère dans | les pays étrangers. Il a réchauffé l’ardeur de plusieurs à
s’y transporter quand l’obéissance le leur marquera *. » Six jours après ayant reçu la visite du Père Varin: « Ce Père, écrit-elle, mit le comble à notre joie, en nous promettant d’un ton inspiré que nos soins pour les jeunes âmes ne se borneraient pas à ces pays-ci, mais que peut-être bientôt nous nous établirions dans les colonies ?. » C’est en celte occasion, sans doute, qu'elle | [ui demanda, comme elle le raconte en un autre endroit, de lui promettre qu’elle serait la première qui partirait pour les contrées idolâtres. « Il me dit : Je vous le promels ; » à quoi je lui répondis : « Ehbien, mon Père, bénissez-moi pour cette œuvre! » Ce qu'il fit en étendant son bras plus que de coutume , »
L'ambition de M"° Duchesne débordait de tout ce qu'elle faisait et de tout ce qu'elle disait. Mettant au service de celte sainte passion ses connaissances en
L'Journal, p.34 et 35.
2 Journal, 2 août 1807, p. 49.
3 Journal, 8 août, p. 40.
4 Mémoire à Mme Barat, 1818, fr ?,
peinture, elle avait couvert les cloîtres de son monastère de scènes représentant les travaux et la mort de saint François Xavier. On y voyait aussi des religieuses s'embarquant sur un navire où le Père Varin leur donnait, de la proue, sa bénédiction. Elle aimait à rassembler les élèves autour d'elle en récréation, pour les entretenir du bonheur de porter l'Évangile aux infidèles, et de donner sa vie pour Jésus-Christ : « Qui veut partir avec moi? » demandait-elle aux enfants. Elle les enflammait : « Je crois, dit une pensionnaire, que si le navire eût été là, nous fussions parties immédiatement !. »
Mais c’est surtout dans ses lettres et ses entretiens avec M"° Barat, que nous voyons éclater en prières et en plaintes cette impatience sacrée. « Je suis prête, lui écrivait-elle dès 1807, à partir sans délai, dusséje aller à pied jusqu’au bout du monde. » Celle-ci lui répondait parfois par un sourire : « Je n'oublie pas, ma chère, que vous avez de bonnes jambes; mais avezvous un bon cœur pour supporter le passage de la mer? » Parfois elle lui faisait une réponse évasive : « Ayez donc de la patience, et souvenez - vous que les œuvres de Dieu se font lentement?. »
Mais ce n'étaient plus ses désirs , c'étaient les ré du Ciel, exprès et directs, queM"* Duchesne opposail à cette sage temporisation. Voici comment elle en parle dans un de ses écrits : « Le désir d’expier mes fautes par une vie de souffrances, s’unissant à celui de sauver des âmes, me faisait prier avec beaucoup d’ardeur.
! Notes de Mme Louise de Vidaud. L 2 Poitiers, 31 mai 1807,
LES ASSURANCES CÉLESTES 119 Durant les deux nuits du jeudi saint 1806 et 1808, j'ai cru être exaucée en entendant comme une personne qui parlait bas en moi ou à côté de moi, et qui disait: « Pourquoi doutes-tu? » Et un jour de l’Assomption : « Cela sera! » J'étais presque assurée, aux grandes fètes et fètes d'Apôtres, de sentir ce désir s'enflammer avantage après la communion, où je me trouvais tout n larmes. Je me disais : « Mais d’où cela vient-il? » Je ‘ai rien lu, rien dit, rien entendu qui ait pu me rapeler à ces idées! » Et je voyais aussilôt que c'était la ète d’un Apôtre 1,3 Ces avertissements n'étaient pas sans ébranler l’humle M° Barat, si défiante d'elle-même. Après une de es lettres, elle se donne vingt-quatre heures de réexion silencieuse, pour mürir, méditer sa réponse evant Dieu ; puis elle la commence ainsi : « Je peux, it-elle, je peux maintenant vous répondre avec l’espéance que l'Esprit-Saint présidera à ce que je vous écris, t qu’il parlera en même temps à votre cœur. » Là-dessus, Ile discute son projet de départ, avec une autorité irréistible de bon sens et de persuasion : « Il me paraît bien tonnant, conclut la grave supérieure, qu'avec un sens roit et un jugement sain comme le vôtre, vous ayez pu nfanter une pareille idée, vous y attacher et croire nsuite que c'était la volonté de Dieu. Il ne s’agit rien 1oins, ma chère Philippine, que d’empècher, par votre épart, un bien solide et durable, pour en aller cherher un quiest incertain, et même presque impossible, cause des circonstances que peut-être vous ignorez. e ne vous parle pas de la confiance que j'avais en
! Mémoire à Me Barat, feuille 2, p. &,
vous, du soutien que j'en espérais, dans l’affaiblissement de ma santé; car pour moi, personnellement, je né mérite que l’abandonnement de toutes les créa. tures ; et, malgré que votre lettre m'ait été sensible, je n’hésiterais pas à vous accorder ce que vous me demandez, si je croyais que Dieu le voulût. Mais tout est contre vous, comme je vous l’expliquerai. »
D'admirables conseils suivaient ces ouvertures $i cordiales , si religieuses : « En attendant prenez, pour pratique particulière, l'abandon entre les mains de Dieu et la conformité entière à ses volontés. Acquérez le bon esprit, l'esprit de tous les saints, qui consiste à com: prendre qu'on ne peut se sanctifier qu’en suivant h volonté de ses supérieurs ; qu’une plus grande perfection qu'on verrait ailleurs, n’est qu’une illusion d malin esprit, pour nous empêcher de profiter du présent. Corhbien vous avez besoin de vous laisser con duire, ma chère Philippine ! À quels écarts votre ima gination peut-elle vous livrer! Mais je crains de m'abandonner à l'impulsion de mon cœur. J'irai me consoler auprès de Notre-Seigneur, et lui demander pour une âme qui m'est si chère les grâces dont elle besoin ‘. »
Quelles étaient les circonstances encore ignorées dk Mr° Duchesne qui militaient contre elle, et dont l’explr cation lui était promise par la mère Barat? Nous le savon: par l’histoire de la fondatrice. La crise intérieure que la dissidence de la maison d'Amiens faisait alors subir à la Société ; le mauvais vouloir du gouvernement inr périal, qui ‘de supprimer et de disperser lé
! Poitiei ua TSOR,