SON AMOUR POUR SA FAMILLE
Sa famille d'abord. Elle se groupait autour d’un à vieillard à cette époque presque septuagénaire, et qui, désabusé de ses espérances politiques, fidèle encore à l'esprit plutôt qu'aux croyances du xvm siècle, n'avait plus que ses enfants qui le rattachassent à ce monde, et le fissent vivre par le cœur. On sait quel redoublement de tendresse sacrée ces hommes bons, mais abusés, inspirent aux âmes chrétiennes qui leur touchent de près. M. Duchesne avait un fils et cinq filles. Le fils marchait alors dans les voies de son père. Les filles, M'"° Amélie de Mauduit, qui demeurait à Grane, M"° Charlotte Jouve, qui habitait Lyon, M"° Adélaïde Le Brument, fixée à Bourg en Bresse, et M"° Mélanie Duchesne, qui restait à Grenoble, étaient, comme Phi- Mlippine, de solides chrétiennes. Toute cette famille était étroilement unie; et ces cœurs fraternels ne semblaient faire qu'un cœur, dont la vie supérieure s’inspirait de la foi et de la piété de M° Duchesne.
Est-il besoin de le répéter? avant d'être à sa famille, ce grand cœur était à Dieu, premièrement, émiemment, irrévocablement. « Je puis te dire, écrivaitelle à M" Jouve, que je suis toujours plus contente de a part qui m'est échue, et que mes compagnes le sont aussi '.» Mais elle n’en sentait pas moins le prix inestimable du foyer domestique, dont la privation faisait précisément son mérite devant Dieu, comme elle-même l'explique dans les lignes suivantes : « Il n’est pas nécessaire de Le dire, ma bonne sœur, combien j'eusse été heureuse de te voir au sein de ta chère famille. Mais tu sais, ma bonne amie, que ma vocation est un cngage-
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ment aux sacrifices et aux privations de la nature; et À j'échange, en ce moment, le doux plaisir de t’embras- ! ser, contre celui de remplir mes engagements reli- | gieux, et de prouver à Dieu que son joug est toujours aimable, puisqu'il y a plaisir à sacrifier à ce que l'on À aime !, » C'était dire, en d’autres termes, qu’elle aimait sa famille plus que tout au monde, mais qu'elle aimait $ Dieu par-dessus tout le reste. |
Des visites, des leltres reformaient, de temps cn temps, ces liens dont rien n'avait pu affaiblir la trempe. Les visites élaient rares, car on demeurait loin; mais quelle joie pour Philippine, quandun jour, par exemple, elle reçoit à Sainte-Marie sa sœur Adélaïde, M"° Le | Brument, la plus éloignée de toutes : « Tu juges, ma ! chère Charlotte, écrit-elle à M"° Jouve, de mon plaisir À de revoir une sœur chérie, après deux ans d'absence! M J'ai bien joui du bonheur qu'elle a eu d’embrasser tes “ enfants si chères ! Elle a couché ici avec ses deux petites | filles. Elle a été le mardi et le mercredi à Vizilles; el M elle est repartie le jeudi, après dîner ?. » Mélanie, hh plus jeune sœur, qui habitait Grenoble, était plus assidue auprès de Philippine, qui l'avait élevée; mais un jour elle lui manqua. Flle partit, elle aussi; elle entra at couvent de la Visitation de Romans, laissant sa sœur Phi! lippine courageuse , mais désolée de celte séparation: « On ade la peine à se faire aux privations de la vie. Cell de l'éloignement de Mélanie est bien grande pour moi | Mais elle a tant de joie d'être à Romans, que les siennes à
sont bien adoucies. Je reçus hier une de ses lettres, 0ù
1 Grenoble, 10 mars! ARcéueil, p. 85, 2 Grenoble, 45 août 1807; id., 3 avril 4807,