LA PIEUSE COMMUNAUTÉ DE GRENOBLE A
Une maitresse du pensionnat était grandement aimée et fut amèrement pleurée par M"° Duchesne. C’élait Me du Terrail; issue de la famille du chevalier Bayard, et qui fut, elle aussi, sans peur et sans reproche au service du divin Roi. « Elle mourut, dit le Journal , d'une maladie d’épuisement causée par l'extrême fatigue qu’elle se donnait depuis longtemps pour l'instruction des élèves, des pauvres et des personnes du dehors qui en avaient besoin. Sa vertu distinctive était le zèle ardent pour le salut des âmes !. » M"° Barat nous apprend, dans une de ses lettres, quel dévouement de sœur cette malade avait trouvé dans Me Duchesne : « Notre malade est donc au ciel, ma chère Philippine. Combien vous y gagnerez! Elle n’oubliera pas les soins que vous lui avez prodigués; et si un verre d’eau donné au nom de Dieu ne demeure pas sans récompense, combien plus favorablement des actes de charité autrement élevés seront accueillis par le grand Rémunérateur ?! »
L’attachement de M" Duchesne pour ses sœurs en religion n'avait d'égal que celui qui l’enchaînait aux élèves. Elle s'employait auprès d'elles, comme si elle avait dû ne les quitter jamais. La mère Barat lui disait : « Oh! combien votre zèle doit s’accroître à la pensée que vous pouvez prouver votre amour au divin Maître, en prenant soin de ces petites pour lesquels il a répandu tout son sang *! » Dans celte pureté de vue, le travail le plus obscur et le plus ingrat-était l'emploi préféré de M°"° Duchesne : « Nos mères ayant résolu, rapporte
1 Journal, 30 novembre 1813, p. 86, 2 Paris, 6, 10, 29 décembre 1813, 3 Poitiers, Q février 1807,
une pensionnaire, de séparer les plus jeunes et les plus étourdies , la mère Duchesne se chargea de ces dix eu douze indisciplinées qu’elle suivait partout. Une de nous était-elle malade, M"° Duchesne se faisait sa première infirmière, veillant à son chevet une partie des nuils. Mais c'était surtou dans les maladies dégoûtantes, que cette courageuse mère ne cédait à personne ce qu’elle appelait ses droits. Nous l'avons vue consacrer les soins de la plus délicate tendresse à deux de nos compagnes atteintes de maux contagieux, et qui toutes deux étaient à la charge de la maison. D'ailleurs, elle-même animait nos récréations, se prètant à nos jeux, et y prenant part avec une gaieté charmante !, »
La religion recueillait les fruits de ce dévouement, el Sainte-Marie était devenue une grande école de vertu et d'amour de Dieu. Plusieurs des jeunes pensionnaires appartenaient à des familles d’une foi héréditaire, et dont le christianisme était sorti, encore plus fortement trempé, de la fournaise de la révolution. Quelquefois, par exemple, on voyait au parloir un homme de haut rang, que sa sainteté faisait vénérer et bénir dans toute la contrée. C'était le marquis de Vidaud, qui, après la mort d’une épouse digne de lui, Gabrielle de Lavalette, avait mis au Sacré-Cœur Zoé et Louise ses filles, enfants toutes petites encore. Chaque fois qu'il venait les voir, profitant des moments d'attente qui précédaient leur venue, le marquis commençait par lire quelques versets de l'Imitation, ou une page d’un livre pieux qu'il avait apporté. Dès que ses filles parais-
1 Notes de Mme Louise de Vidaud,