‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 85 sur 270 · LES PENSIONNAIRES DE SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

LES PENSIONNAIRES DE SAINTE-MARIE

saient, le livre était fermé ; tout entier à ses écolières, le père les exhortait, les encourageait, les intéressait pur quelque récit agréable; après quoi, il ne manquait pas de leur partager de quoi faire l’aumône aux pauvres; puis les ayant fait meltre à genoux pour ? réciter une petite prière, il les bénissait avec un reliquaire que le saint homme portait habituellement sur lui. Peu de jours après le passage de Pie VII à Grenoble , M. de Vidaud écrivait à la plus jeune de ses filles : « Ma chère Louise, j'ai grande confiance que la bénédiction de notre-saint Père le Pape, que tu as eu le bonheur de recevoir de si près, aura attiré sur toi quelque grâce particulière‘, » Cette grâce particulière fut la vocation à l’état religieux.

La même grâce allait bientôt couronner une tête chère entre loutes les autres, à M"° Duchesne. Ici nous touchons, si j'ose parler ainsi, à la prunelle de ses yeux ; et la fin de ce chapitre sera consacré à nous faire connaître le plus splendide ouvrage de cette forte maitresse, sa plus haute affection, et conséquemment le plus douloureux sacrifice qu’elle aura à offrir, quand sonnera l'heure, pourtant si désirée, de la séparation.

La jeune Euphrosyne Jouve, que nous avons laissée à Sainte-Marie-d'en-Haut au sortir de l'enfance, était bientôt devenue la gloire de son pensionnat, M" Duchesne l'avait solidement instruite. L'éducation intellectuelle et l'éducation professionnelle avaient marché de front dans l’œuvre de sa formation. Si les lettres de Philippine à M" Jouve, sa sœur, parlent « du latin, de l'italien, que l'enfant apprend avec ardeur ;

1 Vie du marquis de Vidaud, p, 102-104,

si l'on vante ses dessins, ses cartes de géographie, ses progrès dans les études », on ne fait pas moins de cas de ses travaux manuels; et les mêmes lettres mentionnent et les robes qu’elle confectionne et l’Iliade

“qu'elle résume. « Elle promet pour l'avenir. Dis-moi ce que tu en penses ‘! » écrivait M"* Duchesne, fière de sa chère élève.

Surtout elle la corrigeait. Nous apprenons par ‘sa tante que la jeune Euphrosyne payait, elle aussi, son tribut personnel au caractère Duchesne. On dénonçait en elle « certaine roideur qui lui donnait un air de dédain, peu de souplesse, peu de prévenance, de la brusquerie, de l’impatience, de l’obstination; plus de solidité que de sentimental, plus de foi que de tendresse. » Ce sont les expressions de M"° Duchesne. Toutefois elle ajoutait dans une lettre du 10 août 1808 : « En tout elle est mieux et aime à rendre service, imaginant qu'elle fera son bonheur de te soulager quand elle sera auprès de toi?. »

L'amélioration constatée dans ces lignes se produisit en vue de la première communion, qu'Euphrosyne fit le 8 septembre de cette même année. Cette solennité fut en elle le signal d’une transformation. « Pendant la retraite préparatoire , rapporte une de ses compagnes, elle ne parlait que de Dieu, voulant être toute à Lui. L'idée du péché la faisait frémir ; et se jetant à genoux à côlé d’une amie qui était en prière : « Demandons à Dieu de mourir dans cette retraite, plutôt que de pécher encore, » lui dit-elle avec larmes. Comme on vou-

1 Recueil, p. 11-16.

à Recueil, p. 11, 16, 19, 21. 22,

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