‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 86 sur 270 · PREMIÈRE COMMUNION D'EUPHROSYNE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE COMMUNION D'EUPHROSYNE

lait l’entraîner en récréation : « Ah ! laissez-moi pleurer mes fautes, répondit-elle, je n’ai pas besoin de récréation. » Le jour de la communion, on l’entendit répéter : « Je suis si heureuse que je doute qu’on puisse l'être davantage au ciel. Je sens que Jésus-Christ m'a accordé la grâce que je lui ai demandée. — Et quelle grâce voulez-vous dire ?— La grâce de mourir plutôt que d'offenser Dieu. »

Elle avait dès lors conçu pour saint Louis de Gonzague celte tendre dévotion qui devait peu à peu la transformer à l’image de cet aimable modèle de l’innocence religieuse. Ce fut en conformité avec ce type angélique qu’elle forma le dessein de consacrer sa vie à Dieu. Un soir la mère Thérèse, maîtresse générale, ayant dit en récréalion des choses admirables sur le bonheur des vierges, Euphrosyne confia aussitôt après à une de ses compagnes qu'elle ne voulait pas avoir d'autre époux que Jésus-Christ. Cette récréation se passait dans le jardin, sous le grand poirier de la terrasse du monastère. Bien souvent, plus tard, dans sa correspondance, Euphrosyne aimait à rappeler « celte belle soirée du grand poirier » ; et un jour qu’une amie la félicitait des couronnes nombreuses qu’elle venait d'obtenir à la distribution solennelle des prix : « Ah! lui répondit l’écolière, en lui tendant la main et en l'embrassant, combien seront plus belles celles que nous porterons à la suite de l’Agneau! »

Mais la famille d'Euphrosyne avait d’autres pensées : elle la rappela à Lyon. Sa tante la vit partir non sans regret, mais sans crainte : elle la savait armée pour le combat de la vie. « Euphrosyne, écrivit-elle,

se soutiendra dans le monde; la solidité de son fond me le fait espérer, son caractère est trop fort pour varier dans ses principes. Elle te donnera, j'espère, de la consolation ; mais n’attends pas d’elle des petits soins, des prévenances : il faudra ne pas mêler dans ton attente sur elle les douceurs de la vie aux espérances de l'éternité... Les enfants sont mis dans le monde seulement pour passer à l’autre... Quand on a l'essentiel, il faut être content : Euphrosyne est propre aux grandes choses !. »

Cette lettre, qui exalte la force d'âme d’Euphrosyne, ne fait pas assez connaître la profonde bonté de cœur de celte jeune fille. Elle-même se révèle mieux dans les lettres suivantes, où elle annonce son retour à la maison paternelle, tout en montrant son désir de l’ajourner encore : « Ma chère maman, je sens quel plaisir ce sera pour vous de vous reposer sur votre enfant, et, après avoir tant fait pour son éducation, de pouvoir enfin jouir de vos travaux... En vous demandant à rester pensionnaire ici jusqu’à la fin de l’année, mon intention était de me rendre encore plus digne de vous, afin de vous être d’un plus grand soulagement en me perfectionnant davantage.. Je vous quitte avec regret, mais mon cœur est toujours auprès de vous; je voudrais pouvoir vous embrasser, vous dire de vive voix que je vous aime plus qu’il n’est possible de l’exprimer ?. » Une lettre postérieure, écrite de Grane, contenait les mêmes aïdeurs et les mêmes promesses : « Je vois arriver avec

1 Grenoble, 10 janvier, p. 30, 2 Grenoble, 14 février 1809,

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