EUPHROSYNE DANS SA FAMILLE
une joie infinie le moment qui doit me réunir à toute ma chère famille. J'ai fait bien des projets pour ma sœur filleule. Il faudra, ma chère maman, que vous me permettiez de l’élever, d’en avoir soin pour tout, de l'avoir toujours avec moi, enfin d’être sa seconde mère. Cela vous soulagera, et, en second lieu, m'obligera à être raisonnable, » — « Toute mon ambition sera de chercher à vous plaire ; et, si je puis vous donner quelque consolation pr mon amour et ma bonne conduite, je serai au comble de mes vœux‘! »
Euphrosyne tint parole. Rentrée à Lyon, elle y offrit le type le plus distingué de ces jeunes filles diligentes, aimables, laborieuses, destinées, semble-t-il, à apporter bientôt le plus pur bonheur au foyer domestique qui les possèdera, et dont elles savent déjà par cœur tous les devoirs. C'est ainsi que devenue, comme elle le désirait, la seconde mère de ses sœurs, nous la voyons rendre compte, par lettre, à sa mère, de son petit gou- | vernement, avec un enjouement qui fera trouver grâce | pour la simplicité des détails suivants : « La nuit qui a suivi votre départ, dit-elle, je ne pus parvenir à consoler les petits qu’en les mettant dans mon lit. Je comptais que Joséphine me ferait grâce cette fois de : « Lit, lit, marraine! » Mais il fallut y passer encore comme de coutume. Nous voilà donc quatre têtes dons un bonnet, toutes bien éveillées. Je crus un moment qu'il faudrait prendre le parti de nous lever. Eugène avait lié conversation avec sa sœur, il la battait, il la caressait, enfin il se donna tant de mouvement que la fatigue fit venir le sommeil. Il s’'endormit tenant encore dans sa main le nez
La
1 Grane, 14 novembre et décembre 1812,
de la pauvre Joséphine. Les autres s'endormirent de même.» Tous ces fails domestiques et d’autres semblables s'encadrent gravement dans des nouvelles de guerre, avec de sages réflexions sur la campagne de France et le mouvement de l'ennemi dans la vallée du Rhône. Ainsi que sa tante l'avait déclaré, on sent là qu'Euphrosyne est propre aux grandes chuté: comme elle se prête aux petites.
Euphrosyne s'était fait apôtre autour d’elle. Dirigée par un grand zélateur des missions, M. l’abbé Fauvet, elle s'était affiliée à une humble association de jeunes ouvrières, que ce digne prêtre catéchisait chaque dimanche dans l'église des Chartreux , et auxquelles elle servait de lumière et d'exemple. Elle se plaisait en outre à rassembler chez elle un certain nombre de pauvresses afin de les instruire. « Je ne sais ce qu'elle deviendra, disait M. Fauvet, mais, si je ne me trompe, Dieu a de grands desseins sur elle. » Le monde l’admirait et lui faisait les plus séduisantes avances; mais elle était armée contre lui secrètement par le vœu de virginité qu’elle avait prononcé dès 1810, en la fète de la Présentation de Marie au Temple. « J'éprouve, disait-elle, une grande confusion, en songeant que Marie, ma mère, a fait cette offrande à l’âge de quatre ans, ct Eu moi je ne l’ai faite que quatorze ans el denit..
Sa courageuse pénitence était une autre de ses armes contre elle-même et le monde. Coucher sur des épines, & macérer, se meurtrir, ce n’était, comme elle s’exprimait, que « cueillir des fleurs » sur l'arbre de la croix. « Quand je lis, disait-elle, la vie de mon bon saint Louis de Gonzague, il me prend de si belles envies de souffrir, que,