ELLE SE DÉPOUILLE DE SES BIENS
de l'Amérique !. » Elle entrait sur ce sujet dans quelques explications qui faisaient assez voir que celte annonce avait éveillé son espoir et que son cœur était là.
Cependant elle disposait déjà tout pour un départ dont elle ne savait encore ni le but précis ni l'heure, mais qu’un pressentiment secret lui présentait comme très-imminent. Elle commença par mettre ordre à ses affaires de famille, préludant à la séparation par le dépouillement. « Je soupire, écrivait-elle à M"° de Mauduit, je soupire après le moment où je serai dégagée des soins temporels. L'âme perd bien là dedans ; et Clément XIV a eu raison de dire que; parmi les soins terrestres, on prend un cœur terrestre. »—« Je désire, écrivait-elle de même à M'"° Jouve, dès 1814, régler mon temporel de manière à n'avoir aucune inquiétude de conscience. Il m'eût été doux, en renonçant tout à fait au monde, d’y laisser mes chères sœurs dans une position plus riche; mais la divine Providence, qui fait bien toute chose, voulant les détacher d'avance des biens qui ne sont que vanité, les a écartés de vous. » —« Ma bonne amie, écrivait-elle à M° de Mauduit en 1816, notre Société n’est pas dans l'usage d’aller à la rigueur avec les parents ; or il est dans mon cœur de préférer les intérêts des miens à ceux qui me sont personnels, et il m'a toujours été doux de pouvoir abandonner ?, »
En conséquence, M"° Duchesne fit cession à ses frères et sœurs de sa propre fortune, présente et à venir, moyennant une somme fixe, dont elle se proposait de
1 A Me Jouve, er juin 1816, 2 & août 4816,
disposer en faveur de sa chère entreprise. Encore reversa-t-elle une partie de cette somme sur la tête d'Euphrosyne pour lui servir de dot, après ses vœux solennels : « Je suis persuadée que je ne manquerai jamais de rien, écrivait ce grand cœur ; et si je dois éprouver quelques privations, je serai bien aise de pratiquer ainsi mon vœu de pauvreté !. »
Libre de ces soins terrestres, M"° Duchesne se tourna tout entière du côté de ces missions lointaines, desquelles lui arrivaient je ne sais quels souffles précurseurs qui la faisaient tressaillir.
Le 4 août 1816, elle fit savoir à sa nièce Euphrosyne que la bénédiction du Saint-Sacrement avait été donnée à la maison de Paris par le supérieur des Missions étrangères, lequel lui avait fait part de lettres venues de la Chine, et racontant le martyre d'un évêque au Sutchen. On demandait aussi des missionnaires jésuites pour Pondichéry. Le ministre, M. Lainé, sollicitait des prêtres pour la colonie française du Sénégal. Ces dévouements, ces appels enflammaient M"° Duchesne : « Dites à toutes les enfants qu’elles prient pour les missions; » tel était son dernier mot à Euphrosyne Jouve.
En prenant Euphrosyne pour confidente de ses vœux, M"° Duchesne savait que celle-ci les partageait, et elle ne doutait pas que cette nièce « faite pour les grandes choses » ne l’accompagnât bientôt ou ne la suivit un jour aux missions étrangères. C'était dans cet espoir qu'elle l'avait formée, préparée, protégée dans sa vocation. Mais le Seigneur a deux manières d’employer ses serviteurs à ses œuvres divines : il les voue
1 Juillet 1817,