SES ALARMES ET SES VŒUX POUR ALOYSIA
« Elle sera plus fervente encore après la maladie; et toi, Lu la devras deux fois au Distributeur de tous les dons. Il te fait sentir en ce moment qu'il n’a fait que te prêter tes enfants, et qu’ils sont à lui. Je lui demande de te fortifier dans ces moments pénibles. Je les comprends d'autant plus que je partage entièrement toutes tes douleurs ‘.
Une autre lettre de Paris autorisait celte mère à prendre sa fille chez elle, afin de consulter les meilleurs médecins de Lyon : « Nous intéressons le Ciel et surtout saint Régis par un vœu exprès pour le rétablissement d’une santé que nous jugeons devoir un jour servir à la gloire de Dieu. J'ai l'espérance d’être exaucée, et partage en bonne part toutes tes sollicitudes maternelles ?. » Cette pensée ne la quittait plus : « L'état d'Euphrosyne est terrible, écrivait-elle à M"° de Mauduit ; combien ces pauvres cœurs de mères ont à souffrir! J'en ai tous les sentiments pour vos enfants. Cherche la consolation uniquement dans le Cœur humble et doux de Jésus, et tu la trouveras *. »
Elle eût souhaité faire venir sa nièce auprès d'elle. C'était aussi le vœu de M" Barat. Il lui fut extrèmement pénible d'y renoncer : « Dieu nous envoie là une grande épreuve, disait-elle. Plus je considère notre petite maison de Paris, qui ne peut plus nous contenir, plus je vois qu’elle y serait moins bien qu’à Grenoble. Ainsi Fiat à tout !. »
Cependant tant de souffrances opéraient déjà sur-
! Le 24 (sans autre date), p. 59 et 60, 2 Paris, 2 juillet 1817.
3 Paris, 8 août 1816.
4 Paris, 9 janvier 1817,
naturellement. M"° Duchesne s’en ressentait : son entreprise des missions gagnait chaque jour du terrain, et le Ciel commençait à payer ainsi l’offrande que faisait d'elle-même, pour le succès de l’œuvre, cette jeune victime. Ainsi le P. Varin, ébranlé à la fin par la persévérance de M'"° Duchesne, n'osait plus s’opposer à son prochain départ. Celle-ci profita de ces dispositions pour lui demander de recevoir son vœu de se consacrer à l'instruction des infidèles, selon l’obéissance. « Le P. Varin dit oui, rapporte M"° Duchesne, et dès lors je me regardai comme engagée à ne rien refuser de ce que Dicu demanderait pour celte œuvre. » |
Le P. Barat se montrait le plus empressé de tous. et son imvpatiente initiative trouva bientôt l’occasion d'engager l'affaire dans une voie décisive. Ce même M5 Dubourg, évêque de la Louisiane, que nous avons vu enflammer Lyon du feu de sa parole, s'étant rendu à Bordeaux, où il avait une grande partie de sa famille, le P. Barat n'avait pas manqué de le visiter et de l’entretenir , non-seulement de ses propres désirs, mais des vœux ardents de M" Duchesne. Une lettre du 11 novembre 1818 rendit compte à celle-ci de leur entretien : « J'ai eu, la veille du départ de Monseigneur pour la Provence, racontait le Père, une longue conférence avec lui, où il a été beaucoup question de la Louisiane et de vous Comme vos supérieurs:ont reconnu votre vocation pour surnaturelle, et que Monseigneur a le désir de vous établir dans son immense diocèse, et que vous le voulez vous- même sincèrement et constamment, la chose est décidée! Il n’y a plus qu’à déterminer l’époque et les moyens du départ, »