PREMIÈRES NÉGOCIATIONS POUR LA LOUISIANE
Les choses allaient vite avec le P. Barat. C'était, du reste, une nature aussi abrupte qu'ardente; et ici reparaissait celte rudesse naturelle qui d’ailleurs ne déplaisait pas à M"° Duchesne. « Maintenant, disait-il, il faudrait au moins trois sujets de bonne volonté pour vous suivre; mais il faut de grandes âmes, et, parmi les femmes, les grandes âmes sont bien rares. Cette pensée vous découragerait peut-être; mais il y a si longtemps que vous soupirez pour vos sauvages, qu’à raison de cette constance, il est probable que Dieu, faisant exception pour vous, n’exigera pas que vous soyez tout à fait une grande âme. »
Les jours qui suivirent la réception de cette lettre furent pour M"° Duchesne des jours de saints transports, de prière et d'espérance. Une issue était ouverte à ses désirs débordants! N’allait-elle pas tout de suite s’y précipiter? Le Ciel n’allait-il point enfin se prononcer par ses supérieurs? « Le 3 décembre, jour de la fête de saint François Xavier, rapporte-t-elle, j’allai à la messe à l’église des Missions. Ces paroles de l’épître : « Com- « ment connaîtront-ils la vérité, si personne ne les ins- « truit, si personne ne leur est envoyé, » me transpercèrent l'âme. Je fus inondée de pleurs malgré moi, je ne savais où me cacher. Pour éviter pareille chose, je résolus de ne pas retourner dans cette église l’aprèsdiner; mais en arrivant à notre maison de la rue des Postes, la trouvant fermée, je ne sais comment, je retournai à cette même église, et ma pente me conduisit à côté de la relique de saint François Xavier. Là étant plus près de lui et du saint Sacrement, qu'on apporta à sa chapelle, je fus vivement montée à l'espérance. Il en fut de même durant tout le temps de sa neuvaine, que
je fis exactement dans l'intention de connaître la volonté de Dieu'. »
. Elle faisait prier partout aux mêmes intentions; et sa sœur, M" Jouve, lui ayant demandé au 1°” janvier 1817 ce qu'elle désirait recevoir pour étrennes : « Si tu veux m'en faire une qui me soit agréable, lui répondit Philippine, tu feras dire pour moi une messe à Fourvières ?. » Puis laisant entrevoir son espoir secret, et cherchant déjà à consoler sa sœur en prévision d’une séparation prochaine : « Je te remercie des vœux.que tu fais pour mon bonheur ; je le trouverai toujours dans l’accomplissement de la volonté de Dieu en moi,en sorte qu’un changement de situation ne m'’affectera point. Quand je suis venue à Paris, je n’ai ni cru ni désiré y rester. Partout où je serai, j'aurai le moyen de te donner de mes nouvelles et de recevoir des tiennes. Mais comme il n’y a rien encore d’assuré, j'attends de l’annoncer plus tard ce qui me regarde. »
Enfin cette impérieuse volonté de Dieu se manifesta.
Quelques semaines après cette neuvaine de prières, le 14 janvier 1817, M# Dubourg se présenta au Sacré- Cœur de la rue des Postes. Au moment où il entra, Mr° Duchesne gardait la porte, et ce fut elle qui s'empressa d’aller annoncer à M"° Barat cette précieuse visite : « Voici, lui dit-elle, l'heure de la Providence. Je vous conjure, ma mère, de ne pas la manquer; vous n'avez qu'un mot à dire; je vous en prie, prononcez-le. — Ma fille, répondit la supérieure, il faut que l’évêque
1 Mémoire, f. 3, p. 2.
? Paris, 9 janvier 1817,