‹ Histoire de mon temps: 1re série, règne de Louis Philippe, Seconde ..., Volume 2</h1> <span class="addmd">By Edouard-Ferdinand de Beaumont-VassyChapitre 3 sur 13 · Cette lettre est datée de La Grange, 13 juin · texte numérisé non relu

Cette lettre est datée de La Grange, 13 juin

90 HISTOIRE DE MON TËMPSi [4832

s'élança, suivi de son fils, dans une voiture de place que, malgré ses supplications, la foule se mit aussitôt à traîner comme elle avait traîné le char funèbre de Lamarque. Lé peuple voulait conduire M. de Lafayette à l'Hôtel de Ville , et la scène prenait un caractère étrange, lorsque des cris de diverse nature annoncèrent l'approche rapide d'un détachement de dragons. Rompue par le passage des chevaux, la colonne révolutionnaire se dispersa en désordre : mais aussitôt des coups de fusil retentirent; la bataille s'engageait; les insurgés, qui tous avaient des armes sur eux , étaient parfaitement en situation de repousser une agression partielle des troupes. Aussi le colonel des dragons, voyant son détachement mal engagé et entouré , accourut-il à la tête de ses autres escadrons, sabrant tout sur son passage. Une affreuse mêlée s'ensuivit, et le feu des républicains ayant redoublé d'énergie, la cavalerie décimée dut se replier en toute hâte pour rallier des corps plus nombreux. M. de Lafayette assisté de son fils Georges avait disparu au milieu de ce terrible désordre.

Pendant ce temps, des jeunes gens appartenant aux écoles, et qui avaient replacé sur le corbillard le cercueil du général Lamarque, se dirigeaient vers le Panthéon, où ils voulaient, disaient-ils, conduire ces patriotiques dépouilles , assaillant avec vigueur la garde municipale à cheval qui gardait les abords

du Jardin des Plantes. Mais, soutenue par un fort détachement de carabiniers, cette troupe d'élite les dispersa, s' emparant ainsi du char funèbre, qui fut aussitôt dirigé vers le point où des chevaux de poste attendaient pour enlever le corps et l'entraîner hors de Paris.

En ce moment, les insurgés, qui avaient parcouru les rues du quartier Saint -Antoine, en faisant, comme toujours, entendre le cri : « Aux armes ! on nous assassine! f> étaient maîtres de presque tout ce faubourg. Le quartier Saint -Marceau, les rues étroites de la Cité furent protnptement envahies par l'émeute, et bientôt elle s'étendit jusqu'à la rue Montmartre , élevant des barricades , entassant ses moyens de défense , tandis que les petits postes de l'armée se repliaient successivement vers le centre, les troupes attendant , massées sur la place de la Concorde , les boulevards et les quais , que l'ordre d'agir leur fût envoyé. Heures solennelles d'immobilité et de silence qui précédaient le combat, et n'étaient troublées que par le bruit du rappel de la garde nationale dont les légions se réunissaient à la hâte.

Louis -Philippe, qui avec sa sagacité habituelle avait pressenti tout ce que ce convoi du général Lamarque , rendez-vous et prétexte des partis hostiles, pouvait entraîner après lui de conséquences révolutionnaires, Louis -Philippe était arrivé de

Saint- Cloud à midi. Les rapports de- police reçus de moment en moment ne pouvaient déjà plus laisser aucun doute s\ir le caractère et la gravité de la démonstration qui se préparait. Le conseil des mi- „ nistres s'assembla et se déclara bientôt en permanence. Il était urgent, en effet, de pouvoir aviser sans retard , avec ensemble , aux mesures répressives qu'une telle attaque devait provoquer. La nouvelle des progrès rapides de l'insurrection parvint vers quatre heures aux Tuileries. Le maréchal Soult expédia aussitôt un ordre télégraphique pour que toutes les troupes disponibles dans un rayon de vingt lieues autour de Paris se portassent aussitôt sur ce point menacé, tandis que le roi, connaissant parfaitement l'esprit qui animait les légions de la garde nationale de la banlieue, les faisait appeler au secours de son trône si sérieusement attaqué, si dangereusement ébranlé.

Car Louis-Philippe ne pouvait pas se le dissimuler, la victoire populaire remportée en juillet 1830 sur des régiments fidèles , ces glorieuses journées célébrées de tant de façons, c'était le plus actif dissolvant du moral des troupes dans des circonstances parfaitement identiques quant à la forme. Puisque la garde royale avait mal fait de tirer sur le peuple pendant ces néfastes journées, la troupe de ligne ferait- elle mieux cette fois en réprimant par les armes cette nouvelle tentative des masses

soulevées? Rien n'est inflexible comme la logique des révolutions.

Il est vrai que la bourgeoisie armée commençait à s'effrayer singulièrement des tendances républicaines, purement anarchiques, peut-être, de cette émeute nouvelle qui prétendait devenir révolution. Le pillage de la ville , l'application des doctrines babouvistes, n'était-ce pas là le dernier mot de cette insurrection formidable? L'esprit de la garde nationale se montra bientôt tout entier, et vers la fin de la journée, on apprit à l'état-major que quatre insurgés qui s'étaient postés sur la plate -forme de Ta porte Saint -Martin, ayant été saisis par des gardes nationaux, venaient d'être sans miséricorde fusillés aij milieu du boulevard. Le roi avait bien deviné ces colères probables de la bourgeoisie parisienne, et il s'était trop identifié avec elle pour ne pas savoir jusqu'à quel degré de résistance son irritation pouvait la porter. Aussi , même au plus fort de la crise , et lorsque autour de lui se produisaient les craintes les plus sérieuses, conserva- t-il une parfaite sérénité. Louis- Philippe croyait, avec raison, que la garde nationale était pour lui une garde prétorienne ; c'était sur ses sympathies qu'il avait pris son point d'appui, et plus tard nous le verrons, en 1848, perdre toute son énergie , abdiquer ce pouvoir acheté si cher, pour avoir entendu quelques cris hostiles à son système gou-

vernemental s'^eyer du sein des bataillons civiques.

Et cependant , il faut le dire , la crainte eût été permise , car cette crise devenait formidable ; tout était si bien préparé pour l'insurrection, que son développement fut d'une rapidité inouïe. A six heures du soir, vers ce même moment où la garde nationale accomplissait l'acte de justice sommaire dont nous venons de parler, terrible enseignement pour l'émeute, cette dernière s'étendait déjà jusqu'à la place des Victoires, et, d'un autre côté, menaçait la Préfecture de police , qu'elle enveloppait de barricades , établissant son quartier général au centre de ces rues étroites et inabordables qui occupaient alors tous les abords de l'Hôtel de Ville. On avait envoyé en toute hâte de la cavalerie pour dégager la place des Victoires et soutenir les bataillons de la garde nationale chargés de protéger le départ des malles-postes; mais en dehors de ce résultat, le gouvernement ne pouvait se dissimuler que tous les engagement partiels entre la force armée et les insurgés avaient été favorables à ces derniers, qui s'étaient emparés d'un grand nombre de postes très -importants précédemment occupés par la garde municipale.

Toute la nuit se passa en escarmouches plus ou moins sérieuses et dont le succès fut balancé. La classe ouvrière voyant à quel point la bourgeoisie armée mettait de courage et d'ardeur à combattre

l'insurrection si notoirement dirigée contre elle, ne se dessinait pas en faveur du mouvement. Les républicains sentirent la nécessité de placer à sa tête un nom connu, un chef qui, par soi} concours, lui donnât quelque consistance. Un'y avait rien à faire avec M. de Lafayette, poussé par ses sympathies du côté de l'émeute et retenu par l'indécision de son caractère sur cette pente dangereuse de la conspiration active. On sonda les dispositions du maréchal Clausel que l'on savait mécontent; mais le maréchal, malgré sa haine ardente contre quelques-uns des hommes qui gouvernaient, ne voulut pas davantage se lancer dans les périlleux hasards d'une entreprise douteuse. Il savait trop la guerre pour espérer pouvoir lutter, même derrière des barricades, contre les soixante mille hommes de l'armée ou de la garde nationale qui, le lendemain, se trouveraient concentrés dans Paris. Un conciliabule politique fut tenu dans les bureaux du National, et Armand Carrel, esprit viril, tête froide et sensée, y détruisit les illusions trop grandes que les débuts de l'émeute avaient fait naître au sein de son parti. Il niait que cette tentative révolutionnaire eût un caractère aussi formidable par son ensemble que la révolution de juillet ; il ne croyait pas au succès en présence de forces militaires trois fois plus nombreuses que celles chargées de défendre le trône du roi Charles X.

En ce même moment, une scène d'un autre genre se passait à l'hôtel Laffitte, où diverses notabilités libérales avaient été convoquées avec un certain mystère. C'était également un souvenir de 1830. Vingt-sept députés se rendirent à l'appel qui leur était fait; et là, au bruit de la fusillade, au milieu des députations démocratiques qui se succédaient dans ces salons, quartier général de la révolution 'de juillet , on discuta sur la situation avec une grande liberté de langage; le mot de « déchéance du roi » y fut même étourdiment prononcé; mais après bien des déclamations, on se borna, en présence des douteuses éventualités de cette insurrection vigoureusement combattue par la garde nationale , à admettre en principe qu'une démarche serait faite auprès de Louis-Philippe par quelques-uns des signataires du compte rendu. Ce projet, vivement repoussé comme inutile et sans but, par le général Lafayette, qui s'était présenté, lui aussi , à^l'hôtel Laffitte, ne fut approuvé que par dix-sept des députés présents, et la réunion se sépara assez tard dans la nuit , renvoyant au lendemain matin le choix des commissaires chargés d'aller renouveler aux Tuileries ces remontrances qui étaient encore un souvenir des journées de juillet.

Le 6 juin, vers dix heures, le conciliabule se reformait; l'idée adoptée la veille recevait d'au-

tant plus aisément son application que l'insurrection semblait perdre beaucoup du terrain qu'elle avait déjà conquis. « Je sais, disait M. Laffitte, que nous n'avons ni mandat pour cette démarche, ni résultat à en espérer, mais nous devons la faire dans l'intérêt des doctrines que nous représentons; trois partis nous sont offerts : ou rester neutres, ou nous mettre à la tête des insurgés, ou nous rallier franchement au gouvernement. Le premier parti, je ne crains pas de le dire, serait d'un lâche ; le second est contraire à nos devoirs et, je dirai, à mes sentiments ; quant au troisième, je sais qu'on peut nous accuser de nous rattacher au gouvernement quand la victoire penche en sa faveur. Mais ne pouvons -nous donc porter secours au monarque mal conseillé ou mepacé, tout en protestant contre le fatal système qui amène ces déplorables conflits? » On le voit, c'était toujours cette même et misérable tactique des oppositions constitutionnelles qui ne manque pas d'attribuer précisément aux fautes d'un gouvernement attaqué les attaques dont il est l'objet. Les trois commissaires nommés par la réunion Laffitte furent MM. le maréchal Clausel, Laffitte et François Arago. Le maréchal n'accepta pas, et c'était tout ample, après sa douteuse attitude de la veille. M. Odilon Barrot fut désigné à sa place, et les trois personnages se préparèrent à se rendre aux Tuileries.

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Cependant le gouvernement multipliait ses efforts. M. Thiers montrait tine activité/ un fcattgfroid, tihe aptitude au commandement daUfe les moments difficiles, qui mettaient à jour tout tin Côté nouveau de son tempérament politique. Le préflët de police, M. Gisquet* le secondait ëtiergiquement et habilement. On prenait dés mesures vigoureuses $ on sortait de la légalité pour rétablir l'empire des lois* des fictions constitutionnelles pour sauvegarder la constitution; étrange iUàië perpétuelle condition d'un gouvernement de cette ttaturë. On mit Paris en état dé siège, comme on avait fait pour les départements de l'oUest. On saisit les presses de la TribUtié et de la Quotidienne, absolument connue^ dans les journées de juillet 1830; le gouvernement de Charles X en avait agi avec les journaux de l'opposition. Des mandate d'arrêt furent lancés contre certains conspirateurs républicains, tels que MM. Gàrnier -Pages, Labbissiëre , Cabét$ mesure qu'on étendit bientôt à dès légitimistes notables , MM. de Chateaubriand , de Fitejames$ Hyde dé Neuville, Berryer; Enfin -, on licencia les écoles Polytechnique et d'Àlfort, qui avaient pris part à l'insurrection. A quoi sërtent donc dans les tempêtes ces chartes, Sources de si grands embarras pendant le Calme et qu'il faut nécessairement violer pour les défendre ? Ne voiton pas que, par une dérision ahière, ce qui a ren-

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^eréë uti ^btivëïiiëhïeiit la- veille , le éauve et le consolide le lendemain? Misère suprême de ceS cbhceptibriâ politiques dont l'Homme se montre si feer !

Loutè-Philippe avait bien compris que dàiis dë*§ circonstances de cette ilature il fallait payer de sa përsôniië. Il hésita d'autant moins â le faire que, si là prudfctice né le lui eut paë conseille , sbii courage jtersohiiël et bourbdnnieii eût certainement Jislrlé plus haut que là priiaence. Le 6 juin, a sept heures du matin, il passait en rëvûë, dans là côiit dés Tuileries, plusieurs légfôûs de la garde iiationâlë ; à irildi , il moîitait à cheval , accompagné du dtlc lîe Nemours , du maréchal Gérard , des iriiiiSires de la gùëtré, dé l'intérieur et dii commerce. IT^àît véritablement un acte de bravoilre que cette prbihëiiâdè militaire aii milieu de Paris soulevé, couvert de barricades, bu \k inbri l'attendait peut-être à chaque angle de rue, à chaque fenêtre des boulevards et des quais dont il parcourut tôiiè les postes. Nul douté que cette périlleuse Visité dû foi aux troupes qui combattaient pour sa cause n'ait eu une grande influence sur le moral éi l'étiergie de l'àrmëë.

Au indtnent bù Ldiiis-frhilijj^e rentrait aux TuileHëô, entièrement convaincu, par l'attitude des Soldats et deè gardes nationaux comBàitârit côte à côte, que soii gouvernement èdrtirâît victorieux

de cette épreuve terrible, l'insurrection, peu à peu refoulée dans les rues étroites qui s'étendaient derrière l'Hôtel de Ville, concentrait ses forces au cloître Saint-Méry, dont elle avait fait son quartier général. Lorsqu'on vint annoncer au roi que les trois commissaires de la réunion Laffitte sollicitaient une audience immédiate, H se trouvait dans les appartements de sa sœur, M me Adélaïde, confidente dévouée, conseillère virile des mauvais jours. Louis- Philippe mit un certain empressement à recevoir les trois envoyés.

La démarche de ces derniers était si fausse qu'il fallait avoir pour l'entreprendre une bien grande abnégation ou une confiance en soi non moins grande. C'est ce sentiment dç confiance imperturbable qui dominait chez eux. Au moment où le pouvoir remportait une victoire sanglante et disputée , il leur paraissait tout simple d'aller dire au pouvoir que la lutte était uniquement le produit de ses fautes et de lui prêcher la modération sur un ton presque impérieux 5 tel fut le fond de cette conversation singulière : « Nous venons , disait M. Barrot, déposer dans le cœur de Votre Majesté l'anxiété, la douleur de bons citoyens qui vous sont sincèrement dévoués. Nous désirons aussi vous supplier de ne pas prêter l'oreille aux mesures de violence qui vous seront suggérées. Quand on est entré dans cette voie, Sire, permettez-nous

de vous le dire avec franchise, il est difficile de s'arrêter. La victoire sera complète , je n'en doute pas; mais il faudra de la clémence ; il ne faut pas s'enivrer du triomphe, et il ne- manquera pas de

. gens qui pousseront Votre Majesté à des mesures de violence, ce qui conduirait à une catastrophe inévitable. » — « Il ne suffit pas de punir, ajoutait M. Laffitte, il faut aviser au moyen de calmer l'irritation générale. Ce n'est pas seulement par la force matérielle qu'un gouvernement peut marcher, c'est surtout par la force morale, par l'affection de la nation. Le pays n'est pas content de la conduite des affaires , voilà toute la cause du désordre. » Enfin, M. Arago prenant la parole à

■ son tour, dépeignait avec vivacité « le'carlisme qui levait la tête, les haines politiques portées à un haut degré de violence, la situation empirée depuis un an, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, en un mot , tout ce qui ( suivant les griefs de l'opposition) diminuait l'affection qu'on portait au roi. » Il dit que , « si on avait parlé pour l'Italie avec le même courage que pour la Belgique , jamais les Autrichiens ne seraient entrés dans les légations , triste présomption d'impuissance pour le gouvernement français, et que les faiblesses de M. de Sainte -Aulaire envers le pape étaient un fait déplorable. »

Le roi av«it répondu successivement à chacun

m hlSTOIIJE CjB tyON TEMPS. im%

des ^tçriocu^u^s, $\ se$ r£pop§e§ ppi^en^ §ç f ggumcjf ainsi : « Je ne vois rien $a$s çaa condiyte q^i ^t <}u flpç. fairçi ppçcire l'affectiofl $u pays. Vo^s Yençç çlQ fttrç que rçia popylarç$ ^ été $>raul£e. Il y 3 là quelque $iose de yrai ; mais ce n'est pas a\Vf ^^ de flion gouvernement qu'il faut $'en pre^çe* c'est le résultat des calomnies sa^s npnfitye c^ppt ]p sviis ço^tinupllpment l'objet ; c'e$t ]$ co^séquç^çe çles rpanop^vr^s haineuses spi^ des* républicains , sp# {les carlistes , et par lesquelles il$ ye^lent brc tyise? ; q^ançl j'ai yu que j'étais à Chaque ins^a^t s\ cr^ellei^e^t outragé , si peu pu si xual 4pfend[u, j'en ai pris mpq parti. On a beaucoup parlé çl'iui programme $e l'hôtel $e Yille : c'est un irçfôçie/^eçsoçge, j'ei\ 3ppe% syr ce point 3 A|. Lafl[ittp. (M. i^^ gjarç^ lç silence. )Laréyoiu- ^ipn de 1 830 s'est fôite, qy,x cri$ çle « yivç la charte l » cçp\ \a charte, qvie le peuple ctefliaqçU^ ; c'es$ I# cj^ç améliorée pjar l,a sflpprçssiop, de l'article 14 ^on^ il joui^. Eijl ^rp\t , je payais donc çien à prpmettje , $ çn feit je. ri'ai riçrçi pron^. Dç$ rçion arrivée ay trfyy#, j'adop^ yue ^ch,e, qui cae pa^ut boftne ? q^[ ^e paraît jbpnne e^çorç. ^ujpurd'^. Prouve^ -mo,\ que je me ^rp^pe ; , et je changerai; jy^q^e-l^ jj$ dois pers^çr. You£ pariez de ii\éxi£^epaçjpts ^yçrS; l,çs caristes?.... Çel^nç m'a, pas empêché de donner les ordres les plus pçéçi^ pour <jijie t la duches$£ £e Beri^i, ay.\ e^fc la piçeç de

\m} LIVRE HUITIÈME. 403

1$ reiu? , soit arrêtée. Jt^çlopte^ai môme à PS* égard tout ce qui paraîtra çouveuable , pourvu qu'on ne prétende p$$ arrive? à un dénouement sanglant. le iue suis toujours rappelé le mot de £e?$aint : </.. Ch^s I er eut la $te tracée çt VAuglete^re vit spn fils redouter sur le tr£ue. Jacques JI ne fut que ttëUW et sa râpe fut éteiute su? le contient. » « J'ai ta , au reste , vptre compte t rendu , et je n'y ai r&u trouvé de ueuf , de précis, de yérifàfcleiueut accu-, sateur} clément je me rappelle que yous y aves cosigné uue des opiuious de jnes ennemis les plus acharnés, que vous m'accusez aussi d'être insatiaWe de richesses... un roi constitutionnel ue peut mal- IpLeuyeusej^eut pas ^ler s'expliquer, à ty tribune , je Ue puis faire eouuaîtiie pe^soiweUeweût mç% sentiments que quand je voyage, et yous ayez rejuarqué que je ne laisse jamai^ passer ces. occasions sans eu profiter i . »

Pa#s le coursée çe tte curieuse conversation* M. 0. Barrot en était venu à dire qu'il £<#& prêt a signer 4e §cxu sang sa renonciation à* uu emploi quMoo^que, et Louj^- Philippe reprit eu souriant : <q JtycH^sieur Barrot , je ^'accepte pas I3 rençiiie^? tiou, que v ^ )us W'oJftÇ*- » îtftfin ,, M. L?dfitte se levait , <Jit avec uu ges^e un peu thé%al : « Je we

1. Tout est presque littéralement exact dans cette conversation; seulement, nous avons dû grouper les demandes et les réponses d'un <^logue teès-vtf et t$shçntreçoupé.

retire pénétré de la plus profonde douleur, parce que je crois à la sincérité des convictions qui rendent les plus grands malheurs inévitables. Je les redoute pour la France et plus encore pour le roi. Le mal vient de la manière différente de juger la révolution de Juillet; les uns n'y ont vu que la charte de 1 81 4 un peu améliorée et un simple changement de personnes ; le plus grand nombre , tout ce qu'il y a du moins d'hommes énergiques, le triomphe du système populaire et l'anéantissement complet de la Restauration. De là les protestations contre le système du 13 mars. » Et pendant que les députés parlaient, le bruit du canon faisait vibrer les vitres des Tuileries : ce canon , c'était celui que le maréchal Spult avait fait amener devant le cloître Saint- Méry, afin de perdre moins de monde et pour triompher plus promptement de la résistance terrible que les insurgés lui opposaient sur ce point; dernier et frappant épisode de ces déplorables journées.

Dans ce coin obscur du vieux Paris, la petite armée républicaine avait enfin concentré toutes ses forces. Enveloppée de tous côtés par ses adversaires nombreux, abandonnée par ces phalanges douteuses qui grossissent un parti vainqueur, mais, lorsque la fortune tourne , passent avec elle à l'ennemi, elle avait cherché un refuge dans l'enceinte du cloître et s'y était fortifiée. Ce qu'il allait se

dépenser là de véritable héroïsme , de cette bravoure française digne d'un autre champ de bataille, ne saurait se calculer et se dire. L'étude hautement impartiale d'une période historique rapprochée sans doute , et qui cependant, grâce au nombre et à l'importance des événements ultérieurs , semble déjà séparée de nous de toute la distance d'un siècle, impose l'impérieux devoir d'attribuer à chacun ce qui lui est dû. Ce devoir nous n'y manquerons jamais. Eh bien , répétons- le, la défense du cloître Saint -Méry fut héroïque; en France ce n'est jamais le courage qui fait défaut , mais bien le bon sens qui le dirige et le rend sérieusement utile. Cène doit pas être chose de luxe que cette furie française qui fait le fond du caractère guerrier de la nation , et bien coupables étaient ceux qui pour le triomphe d'une formule gouvernementale inapplicable à notre pays, faisaient ainsi couler à flots un sang jeune et généreux ; mais toujours est-il que les morts de Saint -Méry furent de glorieux morts.

Écoutons le récit officiel des faits. Il est, dans sa simplicité, d'une éloquence qui ne saurait être surpassée. « A deux heures et demie , une batterie d'artillerie a été amenée et a pris position : la canonnade a commencé. Les canons étaient pointés sur la principale porte de l'église Saint -Méry, sur les retranchements du cloître et sur deux maisons

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de la Y]f$ Saint -Martin, desquelles partait un feu meurtrier. La canonnade sur ^s retranchements çlu cloître a été exécute ayec yigueur. Le maréchal ministre de la guerre x venu sur les Ueu$, 3 pr donné lui-même tes principales dispositions de cç^te attaque. Après une vive Résistance, les républicains ont demandé à capituler. Il leur a £té Répondu qu'il fallait qu'ils se rendissent à discrétion, et dix minutes leur ont été accordées po,ur se résoudre à ce parti. Les dix minutes s' étant écou^ lées sans réponse, la canonnade a été reprise. Bientôt de larges brèches ont été faites au* retranchements, et la porte de l'église a éclaté sous les cpups redoublés de l'artillerie. Les Républicains se défendaient en^cpRe; des pelotons d'infanterie de ligne , de gardes nationales de Paris et de 1# banlieue ont été conduits à l'attaque par des ofliçiers supérieurs. A cinq heures, la position, qu'yjtie valeur extraordinaire avait rendue formidable, ^ £t$ emportée... » Tel fut le dernier épisode de çed^ame sanglant, de cette insurrection puissante.

La compression 4n mouvement an^rchique des 5 et 6 juin forme, pour ainsi $ire, une des étapes du gouvernement d,e Loui^- Philippe. Sorti victorieux d# cette épreuve t il reprit $a marche avec plus d'assurance , et entra d^ns une voie nouvelle, où la réaction contre les idées, révolutionnaires de Juillet devint chaque jour plus manifeste. Çt main-

«mi UYR? HUjTlÈMrç. \m

tenant si, eu présence $e cç$ faits çjqulpur^x, déplorables pomme f 01$ ce que produit 1$ guerre civile , l'historien , sortant de so,n v^eu* rôle d'ixx^passible narrateur, recherchait 1^ morale , l'enseignement que c(e pareils événements portent ç$ euxç^mes, la confusiqu da^s laquelle tomberait son eijpt lui indiquerait htaptty. et upe fois de plus , combien de l'agitation politique des houppes il est ~$ difficile de déduire des règles certaines, çje tirer çje$ conséquences sérieusement logiques. Existait -il^ ; en effet, une différence bien appréciable e,utre l'état de siège de Paris , la saisie des presses, le licenciement, des écoles, toutes les mesures extralégales prises en Juin 4832 et les ordonnances de juillet 1830? Le combat, dans lequel le gouvernement de la Restauration avait faibli, venait de consolider celui de Louis-Philippe. La bourgeoisie armée , qui avait renversé le premier, s'était, dans des circonstances à peu près identiques , fait décimer pour soutenir le second, sauf à le détruire de ses propres mains seize ans. plus tard. Cette légitime défense du pouvoir flétrie, en 1830, comme un attentat, applaudie, en 1832, comme un acte habile et nécessaire ; le compte rendu des députés de Topposition mis en regard de l'adresse des 221 ; toutes ces coïncidences, en un mot, qui au lieu de créer des similitudes dans la situation et de produire un résultat identique, préparent, au contraire, les

dénouements les plus dissemblables, que prouventelles, après tout, sinon qu'on ne peut établir de règles fixes en matière de morale politique? que ce qui fait la force et le succès de l'un amène la chute de l'autre, que dans des circonstances analogues les mêmes actes sont punis comme des crimes ou exaltés comme d'heureuses témérités. Singulières et constantes découvertes que l'esprit humain ne manque pas de faire en étudiant, en approfondissant l'histoire de l'humanité. Ne le fgrcent-elles pas à s'incliner humblement devant cette mystérieuse et souveraine puissance que les anciens reconnaissaient dans le destin , que les sceptiques nomment le hasard , que les chrétiens appellent la providence de Dieu?

I. Nouvelle attitude des gouvernements étrangers. La Russie; ses développements successifs en Orient. L'Autriche. Mort du duc de Reichstadt. L'Espacne. Pragmatique de Ferdinand VII. Avènement au pouvoir de M. Zea Bermudez. Le Portugal. Dom Miguel et dom Pedro. Expédition de dom Pedro. Il s'empare de Porto, et proclame dona Maria. — II. Cabinet du 11 octobre. Son programme politique. Le juif Deutz. Arrestation de la duchesse de Berri à Nantes. Ouverture des Chambres, coup de pistolet du Pont- Royal. — III. Affaires hollandô-belges. Mariage du roi Léopold avec la princesse Louise d'Orléans. Blocus des ports hollandais. Expédition d'Anvers. Siège et prise de cette place. — IV. Session de 1833. Les partis. Marie-Caroline à Blaye. Elle est conduite à Palerme.

Nous avons dit que la^double victoire remportée à Paris et dans la Vendée par le gouvernement de Louis-Philippe le fit entrer dans une voie nouvelle ; ajoutons que la situation politique qu'elle lui créa, fut, en général, très -favorablement accueillie par les cabinets européens effrayés des oscillations si périlleuses et si fréquentes auxquelles avait été soumis jusque - là ce gouvernement de fraîche date. Ce n'était pas qu'ils eussent pour lui de grandes

sympathies , une estime bien profonde : la plupart lui reprochaient, au contraire , son origine révolutionnaire ; mais tous - 9 par un sentiment égoïste de conservation personnelle , lui souhaitaient assez de force pour triompher de l'anarchie qui eût pu compromettre leur propre sécurité.

En Russie , l'empereur Nicolas avait reçu le maréchal Mortier, ambassadeur du roi Louis-Philippe, en affectant de voir surtout en lui le glorieux vétéran des campagnes de l'empire. Après l'échec de la duchesse de Berri et lèS journées des 5 et 6 juin, le tsar, moins hostile peut -être, mais toujours froid et réservé, suivit avec une curiosité peu bienveillante et ùri dédain très -hautement affiché les phases diverses de notre second essai de gouvernement parlementaire. Pour lui, il n'y avait que deux formes gouvernementales humainement applicables et que la raison pût admettre : le gouvernement absolu, ou la république. JEncore laissait -il entrevoir, avec raisoii, que la république, au milieu des exigences de la civilisation moderne , était, dans son esprit, une utopie à peii près irréalisable. Toute forme intermédiaire n'était point admise parle tsar, et le gouvernement constitutionnel lui paraissait un meiisonge permanent. Rien, on le voit, indépendamment des sentiments personnels qu'il avait toujours entretenus à l'égard du roi Louis -Philippe et qui n'étaient pas de la sympathie, ne pouvait le rappro-

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cher bieh fràftchéihent du goùvéhiement qtii présidait alors àiix destinées de la France. L'attitude é^ûiVoque dé Ce gouverilëmëiit vis-à-vis dé \À révolutioii polonaise il 4 était pas, il faut l'avouer, dé nature â modifier sur 'ce poittt les impressions de l'ërilpereur Nicolas.

Cette insurrection de la Poldghë qui avait éclaté àù moment où il se disposait à combattre les idées révolutionnaires eil Europe, c'était le gaht jeté par

# révolution elle-même, c'était tin VéHtâbtë défi porté à sa poiiti(Jiie jtersonhëlle. Il l'àtait bien Compris; et dès qu'il en eut triomphé , toute sort attention, toute la vigilance de soh gouvernement se concentrèrent sur un sëtil objet : lutte secrète et constante contre l'iiivasion de l'esprit révolutionnaire^ et thème des idées libérales , éil Russie. Le tsar vdulait aller combattre au lbitl uil ennemi qui tout à coup s'était dressé eîi deçà de ses prôjires frontières ; le terrain de ce diiel à falort devait nécessairement Changer.

Toute la politique dû gouvërnefnent russe à cette époque se résume dans ces tendances, s' absorbe

. dans ces efforts. Mais en même temps, ses actes extérieurs prennent une hardiesse d'allure tjui sort ëtitièremeût des habitudes d'une diplomatie si justement renommée en Europe depuis la grande Catherine. L'empereur ne cherche plus à masquer les projets qu'il peut caresser quattt à la suprématie

qu'il entend exercer sur les questions orientales. 11 complète rétablissement de ses colonies militaires, sans dissimuler l'usage qu'il pourrait en faire au besoin. Il se fortifie dans ses provinces baltiques; il s'assure de plusieurs points principaux sur le littoral de la mer Caspienne ou de la mer Noire , sans prendre la peine de cacher à l'Europe attentive les véritables motifs qui l'animent. Délivrée de cette terrible guerre de Pologne, la Russie peut reporter tous ses efforts à l'orient de son territoire. Le général Lazareffest chargé de favoriser l'émigration d'environ quinze mille feuilles arméniennes, et leur établissement sur les points concédés ou conquis en Perse. Bien plus, le patriarche de l'église d'Arménie transporte sa résidence à Erivan : ingénieux et habile moyen de fixer par la religion la domination acquise par la victoire.

Les populations du Caucase allaient également attirer l'attention du gouvernement russe, que leur audace incessante semblait braver aux yeux de l'Orient attentif. Le tsar avait obtenu la cession de la Géorgie 4 et s'était ouvert ainsi le versant méridional du Caucase. Profitant de cet avantage, ses troupes pouvaient plus facilement frapper les montagnards belliqueux qui si souvent s'étaient vantés

1. Les titres ,de la Russie à la possession de la Géorgie dataient de l'abandon que le tsar George Xi avait fait de ses droits à l'empereur Paul I er . •

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de marcher un jour sur Moscou et de s'emparer de la seconde capitale de la Russie. Le maréchal Paskiewitch avait fait des excursions armées sur un grand nombre de points de ces contrées sauvages avant d'être appelé au commandement de l'armée de Pologne. Il avait occupé, sur les rives de la mer Noire, Soudjouk-Kalé , forte position qui permettait à diverses tribus de communiquer entre elles et Anapa , considérée à juste titre comme la clef de tout le pays : grâce à sa position géographique, elle couvrait en effet l'embouchure du Kouban et la ligne des montagnes, presque infranchissable, qui sépare les tribus caucasiennes du sud et du nord. Anapa est, on le sait, le débouché N naturel des produits de ces contrées vers la mer Noire.

Passant ensuite sur la rive gauche du Kouban, le comte Erivanski avait dirigé une vigoureuse expédition contre les Tartares;. et, revenu à Tifflis, où se trouvait alors son quartier général , il avait confié , avant de se rendre en Pologne , le corps d'armée du Caucase au général Veliaminoff. Mais une telle guerre incessante , acharnée , n'a , pour ainsi dire, pas de terme, et l'une des raisons de cette perpétuité, c'est que la Russie ne rencontrant plus au delà du Caucase les subsistances nécessaires à l'entretien de ses armées, se voit contrainte de les tirer à grands frais et à travers d'innombrables il 8

4U HISTOIRE CE MON TEMPS. [*m

difficultés, de l'intérieur même de l'empire. Ge n'était pas, du re§te, uniquement par les armes que le gouvernement russe prétendait s'ouvrir une large voie entre les Slaves et les Ottomans; les négociations habiles, les traités fructueux ont toujours amplement coopéré aux conquêtes de la Russie, et parmi ces derniers l'un des plus fameux, le traité d'Unkiar-S^elessi, célèbre complément des stipulations d'Andrinople entre le tsar et le sultan, allait bientôt se conclure , grâce à un ensemble de circonstances particulièrement fayorabjes aux prétentions moscovites, Mais n'anticipons pas sur les faits.

L'Autriche, toujours préoccupée de ses provinces italiennes, ne pouvait qu'être satisfaite de la victoire remportée en France sur les idées et les tendances révolutionnaires, Un grave et intéressant incident ne tarda pas, du reste, eu réveillant soudain des souvenirs à peine effacés, en détruisant des espérances présentes, à attirer du côté de Schœnbrunn l'attention de toute l'Europe : le 22 juillet 1832, le duc de Reichstadt, le pis de Napoléon I er , succombait aux atteintes d'un mal qui le dévorait sourdement depuis plusieurs années , la phthisie pulmonaire, affection cruellp que la science n'a pu qu'imparfaitement combattre jusqu'ici et dont les progrès, pour être lents quelquefois, n'en sont pas moins toujours mortels.

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Autour (Je ce jeune prince bien des intrigues napoléoniennes s'étaient croisées depuis 1830, ainsi que nous avons eu déjà occasion de le dire , intrigues plutôt surveillées que déjouées par le gouvernement autrichien , qui n'était peut-être pas fâché d'avoir entre les mains un prétendant possible , afin de pouvoir au besoin tenir en échec ce gouvernement de Juillet dont les premières tendances apparentes l'avaient singulièrement effrayé. Correspondances , tentatives d'officiers bonapartistes pour arriver jusqu'au fUs de Napoléon, tout avait été toléré par le cabineflRe Vienne , bien plus que ne le supposaient les gens mal renseignés qui y imaginaient, aucontraire 3 que l'Autriche redouaancipation politique et française du duc de |adt. Une anecdote qui prend les proportions d'un fait historiqi^wrait pu rectifier à cet égard l'opinion des mawR en France, et le roi Louis -Philippe la connaissait bien : pfcu de temps après la révolution de 1830 , lady Cowley, femme de l'ambassadeur d'Angleterre à Vienne, était assise auprès du prince de Metternich à une fête de la cour. Le duc de Reichstadt vint à passer devant les deux interlocuteurs, et lady Cowley le montrant au vieux diplomate, lui dit ; « Peut-être avérons eu

tort en 1814, prince » — « Je commence à le

croira, madame , » avait répondu le prince de Metternich.

Quant au fils de Napoléon I er , s 7 exaltant pour ce grand art de la guerre auquel son père illustre avait dû la majeure partie de sa gloire, il remplis-" sait avec un zèle si ardent tous ses devoirs militaires que plusieurs fois , ses forces trahissant évidemment sa volonté, l'empereur François, qui l'aimait comme son propre fils , avait dû intervenir pour lui éviter des fatigues désormais dangereuses. Bientôt le jeune prince dut successivement renoncer à l'exercice du cheval , aux plaisirs de la chasse, à ceux de la promenade, et se renfermer à Schœnbrunn , se faisant, de temps à autre, traîner dans un fauteuil sous les ombrages de cette résidence.. Tout espoir de le conserver à la vie était perdu pour les siens. Sa mère, l'archiduchesse Marie- Louise, prévenue des progrès du mal, arriva à temps pour fermer les yeux de ce fils chéri du grand empereur. Elle écrivit aussitôt à M me Lœtitia, mère Ile Napoléon : « Madame, dans l'espoir d'adoucir l'amertume de la douloureuse nouvelle que je suis malheureusement dans le cas de vous annoncer , je n'ai voulu céder à personne le soin pénible de vous en faire part. Dimanche 22, à cinq heures du matin, mon fils chéri, le duc de Reichstadt , a succombé à de cruelles et longues souffrances ; j'ai eu la consolation d'être auprès de lui dans ses derniers moments et celle de pouvoir me convaincre que rien n'a été négligé

pour le conserver à la vie, mais les secours de l'art ont été impuissants contre urfe maladie de poitrine que les médecins dès le principe ont unanimement jugée d'une nature si dangereuse qu'elle devait infailliblement conduire au tombeau mon malheureux fils, à l'âge où il donnait les plus belles espérances. Dieu en a disposé! Il ne nous reste qu'à nous soumettre à sa volonté suprême et à confondre nos regrets et nos larmes. » Comment révoquer en doute ce témoignage d'une mère? Comment la supposer complice d'une machination infernale tendant à détruire peu à peu la santé du jeune prince et à faire descendre lentement, traîtreusement au tombeau , l'héritier de ce grand et glorieux nom? Et cependant les masses populaires, en France, voulurent voir le résultat d'un crime dans la longue ggonie du fils de Napoléon. Un poison lent avait, dans leur pensée, accompli l'œuvre funeste d'une politique implacable. A la nouvelle de la mort du duc de Reichstadt , l'émotion fut vive mais passagère dans le peuple, et Louis -Philippe crut que désormais l'idée napoléonienne n'avait plus rien de redoutable pour lui.

Au midi, des événements d'une nature non moins grave allaient nécessairement attirer l'attention du cabinet français, car ils présageaient de nouvelles complications dont l'importance, dans l'ensemble de la politique européenne , ne pou-

vait pas être^méconnue. La péninsule ibérique, en proie tout entière à des agitations du caractère le plus inquiétant , semblait, en effet, devoir bientôt donner à l'Europe le spectacle d'une sanglante anarchie : à Madrid, Ferdinand VII , après avoir, comme nous l'avons vu , facilement triomphé des tentatives d'invasion dont les réfugiés constitutionnels, conduits par le célèbre Mina, avaient rêvé le succès quelques jours après la révolution de Juillet, Ferdinand VII, disons-nous, d'abord profondément irrité contre le gouvernement de Louis- Philippe , puis cédant aux conseils de la prudence, adoptant la politique des intérêts, avait rétabli avec la France les rapports diplomatiques un moment interrompus et reçu un ambassadeur français, M. le duc d'Harcourt 1 . Mais si les apparences étaient gardées , les sympathies du roi d'Espagne pour l'entreprise de la duchesse de Berri n'en étaient pas moins assez grandes pour se traduire, en cas de réussite partielle à Marseille, en une intervention armée dans les départements du midi de la France. Seulement, et par un singulier contraste, la politique de Ferdinand VII ne correspondait plus avec ses actes. Ain.si, tandis qu'il eût volontiers rendu à la branche aînée des Bourbons et à la cause de la légitimité le service qu'il en

1. M* de Rayaeval remplaça bientôt te duc d'Harcourt à Madrid.

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avait reçu en 18$3, il ne craignait pas, chez lui, et pour complaire à la reine , sa jeune épouse , de déroger au vieux principe de la loi salique , qui régissait la monarchie espagnole, en adressant, le 13 octobre 1830, à son ministre, M. Caloôiarde, une déclaration rédigée en ces termes décisifs : « Ma volonté est que les honneurs qui sont dus au prince des Asturies soient rendus à ma bien-aiméè fille donâ Maria- Isabelle -Louise, attendu qu'elle est mon héritière et le légitime successeur à la couronne tant que Dieu ne m'accordera pas Un enfant mâle. » Cette déclaration de Ferdinand VII, bientôt suivie d'une, pragmatique sanctionnant les droits de l'infante Isabelle au trône d'Espagne , rompait avec les traditions, écartait lUnfant don Carlos, frère du roi, représentant du parti absolutiste, et était chaleureusement accueillie pat les constitutionnels modérés qui commençaient à se grouper autour de Marie -Christine, dans laquelle ils voyaient d'avance une régente.

La situation créée par la décision du roi , était donc des plus graves, et depuis 1830 jusqu'en 1832, les deux opinions représentées, Tune pat le frère de Ferdinand VII, l'autre par la reine et ses âïnis politiques, furent constamment en présence; se préparant en quelque sorte au combat dont la mort du roi donnerait inévitablement le signal. Sî quelqu'un avait pu se douter de ce menaçant antago-

nisme , la scène étrange qui se produisit à Saint- Ildefonse, le 16 septembre 1832 , eût promptement enlevé toutes les illusions,. fait tomber tous les voiles : Ferdinand VII , depuis longtemps affaibli par les souffrances, éprouva soudainement une défaillance si complète et si longue , qu'on le crut mort et- qu'une dépêche télégraphique annonça cette nouvelle au gouvernement français. La léthargie du roi avait duré près de vingt- quatre heures. Autour du lit funèbre apparurent aussitôt les hideux fantômes de l'anarchie et de la guerre civile. Marie -Christine et don Carlos adressèrent l'un et l'autre dès proclamations au peuple espagnol, invoquant tous deux un droit différent, la reine agissant en vertu de la pragmatique qui avait fait de sa, fille l'héritière de Ferdinand VII, don Carlos en appelant à. la loi fondamentale qui avait régi la succession au trône d'Espagne depuis l'établissement de la dynastie des Bourbons. Antagonisme déplorable qui promettait à la nation de tristes jours ,- de douloureuses épreuves.... Cependant le roi n'était pas mort; il comprit trop vite tout ce qui venait de se passer. Le ministre Calomarde représentait le parti de la vieille Espagne, c'est-à-dire celui de don Carlos j il n'eût pas hésité un instant à soutenir les prétentions de ce dernier, peut-être même à bannir la reine Marie- Christine : « Tu m'as trompé ; va-t'en» lui dit Fer-

dinand VII, et il l'exila. Tous les ministres, ses collègues, durent également déposer leurs portefeuilles entre les mains du roi , qui chargea M. Zea Bermudez , ambassadeur à Londres , de former un nouveau cabinet.

Et en même temps, le roi rendait un décret par lequel il instituait sa jeune épouse régente du royaume , pendant la durée de la maladie qui le tenait éloigné des affaires. Le premier acte de cette administration de Marie -Christine fut une amnistie générale accordée à tous les détenus pour cause politique dans les prisons d'Espagne , habile inauguration d'une autorité qui devait bientôt être contestée et combattue par les armes.

L'arrivée au pouvoir de M. Zea Bermudez, constitutionnel modéré, pouvait exercer une certaine influence sur les affaires du Portugal , et ce côté de la péninsule ibérique allait également subir des crises révolutionnaires de la nature la plus grave. Là^, comme en Espagne , deux idées , deux principes se trouvaient en présence : l'absolutisme et le libéralisme. Dom Miguel 1 , d'abord régent de Portugal après la mort de Jean VI, s'était déclaré roi le 30 juin 1828, tandis que dom Pedro IV 2 continuait de régner au Brésil , où la famille de Bragance s'était, on Je sait, volontairement exilée

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