‹ Histoire de mon temps: 1re série, règne de Louis Philippe, Seconde ..., Volume 2</h1> <span class="addmd">By Edouard-Ferdinand de Beaumont-VassyChapitre 5 sur 13 · Fils du ministre sicilien de ce nom · texte numérisé non relu

Fils du ministre sicilien de ce nom

S. lettres dti maréchal de Saint-Arnaud, t. f, p. 58-59.

1ft*3] LIVR* NEUVIÈME. W

courtisans du malheur , qui n'avaient pô$ hésité à se rendre auprès de la prisonnière pour lui offrir* ce dernier hommage de leur dévouement fidèle, les docteurg Deneux et Mesnière, M rae * HanfcJer et Lebeschu, enfin l'abbé Sabatier, aumônier de Madame. La traversée fut longue * pénible. Lorsqu'on atteignit Palerme, dont les forts saluèrent l'arrivée de Marie- Caroline, le comte Hector Luchesi Palli s'empressa de se rendre à bord de Y Agathe, accompagné du duc de San-Martino, ministre de l'intérieur, et de deux chambellans du vice-roi. Après avoir passé quelques heures avec la duchesse, il débarqua, ainsi qu'elle, le 5 juillet 1833. M. de Mesnard, le prince et la princesse de Beauffremont , accompagnèrent Marie-Caroline jusque sur cette terre sicilienne à laquelle elle semblait aspirer avec une fébrile impatience. UActéon, brick français, n'attendait que la dernière scène du drame, pour porter des dépêches en France. Il s'éloigna le soir même dans la direction de Toulon, ayant à son bord le général Bugeaud et son aide de camp.

Invité par le vice-roi à séjourner à Palerme, le général avait, en effet, décliné l'honneur qu'on voulait lui faire, et quoique son attitude vis-à-vis de la princesse eût été jusqu'à la fin, sinon exempte de quelque rudesse dans la forme , du moins parfaitement convenable pour le fond, certaines craintes personnelles semblent avoir motivé cette résolution

inébranlable. « A quoi bon, dit encore M. de Saint- Arnaud, à quoi bon s'exposer de sang- froid aux vengeances siciliennes et italiennes? Un coup de poignard dirigé par un gueux pour vingt francs, et lancé par derrière, ne se pare pas, et mourir assassiné n'est ni glorieux ni gai. Nous avons nos raisons pour le craindre.... »

Le général Bugeaud retourna donc directement rendre compte à Louis -Philippe de la pénible mission qu'il avait eu le courage d'accepter. Ce courage, c'était, nous l'avons dit , celui de l'ambitieux qui veut à tout prix sortir de la foule, parce qu'il connaît sa propre valeur. La fortune devait de grandes compensations au général Bugeaud, et elle a acquitté sa dette.

I. Question de l'Algérie. Le maréchal Clausel ; le général Bertuezène ; le duc de Rovigo. Les fortifications de Paris. Procès du journal la Tribune. Deuxième session de 1833. Travaux législatifs, le budget. I /opposition et M. Laffitte. Les journaux de l'extrême gauche. Coalitions d'ouvriers. Manifeste de la société des Droits de l'Homme. Anniversaire de la révolution de 1830. Voyage de Louis-Philippe en Normandie. M. de Chateaubriand à Prague. Acte de majorité du duc de Bordeaux. — II. Les partis en Angleterre. Affaires du Portugal. Triomphe de dom Pedro. Mort de Ferdinand VII. Situation de l'Espagne. Question d'Orient. — - III. Situation politique de l'Italie. Expédition insurrectionnelle en Savoie. Elle échoue. Premières tendances libérales de Charles- Albert. Session de 1834 en France. Loi sur les associations. Réclamation des États-Unis. Dislocation et reconstitution du ministère. Nouvelles insurrections à Lyon et à Paris. Répression terrible. — IV. La Prusse Questions religieuses dans les provinces rhénanes. Lutte entre les pouvoirs religieux et civils. Difficultés avec le saint-siége.

Les luttes intérieures que le gouvernement de 1830 avait eu à subir, devaient nécessairement absorber l'attention publique en France, et par conséquent, le détourner de cette terre africaine , conquise par nos armes, où tant d'intérêts français se débattaient cependant avec une persévérance,

avec un courage bien dignes des éloges de la mèrepatrie. Nous avons dit au commencement de ce travail , que la pensée première du gouvernement de la restauration avait été d'accomplir l'expédition d'Alger, malgré l'opposition de l'Angleterre, mais sans dessein arrêté à l'avance d'agrandir ou même de conserver cette conquête. Venger l'honneur national compromis par l'insulte du dey à notre consul ; s'emparer, pour payer les frais de la guerre, du trésor renfermé dans la casbah d'Alger ; réprimer la piraterie dont les progrès étaient devenus menaçants ; prouver enfin qu'au besoin la France savait encore tirer le canon; telle fut la pensée du gouvernemei. I de Charles X, en entreprenant l'expédition d'Afrique , dont le succès entoura du moins sa chute d'une auréole de gloire.

Cette conquête qu'il léguait au gouvernement de Juillet, ce dernier la conserverait -il? en accroîtrait-il l'importance? Telle était la question qu'on adressait quelquefois au gouvernement, que le gouvernement s'adressait souvent à lui-même sans qu'une solution nette, catégorique, vînt satisfaire, sinon l'opinion, car elle n'attachait pas encore un grand intérêt à notre possession africaine , du moins la curiosité d'une certaine portion du public. Dans les gouvernements constitutionnels , une place toujours disproportionnée est accordée aux débats parlementaires, et les fiiite actifs du

1833] LIVRE DIKIÈMB. *91

pouvoir, l'héroïsme de l'armée , ses efforts persévérants et ' lointains , n'y occupent trop souvent qu'un rang secondaire. Le maréchal Clausel , nommé gouverneur de l'Algérie après la révolution de Juillet , apporta dans ce commandement des idées toutes contraires à un système de colonisation qui eût peu à peu, et successivement, assimilé cette contrée à une province française ; mais il avait son système à lui se résumant en une sorte de suzeraineté, que la France aurait, comme au moyen âge , exercé sur de grands vassaux arabes, princes ou tribus. Le maréchal Clausel eût volontiers appliqué à l'Algérie les plans du général Bonaparte sur l'Egypte, il ne voyait, pour ainsi dire, l'Afrique, qu'à travers ces souvenirs de jeunesse, et" c'est dans cet ordre d'idées qu'au cotnmencement de 1831, il avait cru devoir conclure avec le bey de Tunis deux conventions, aux termes desquelles il cédait à deux princes tunisiens, sous la suzeraineté de la France , les beyliks de Constantine et d'Oran, moyennant le tribut annuel d'un million que ces princes paieraient au gouvernement français ; conventions qui ne furent pas ratifiées par Louis -Philippe, parce que le ministre des affaires étrangères y vit avec raison des actes diplomatiques qui, précisément à cause de ce caractère, sortaient entièrement des attributions du gouverneur général de l'Algérie. Le marécfcal

Clausel n'avait pas compris , d'ailleurs , que pour faire accepter la suzeraineté, sa première condition était d'être le plus fort, et que pour être le plus fort en Afrique , il ne fallait pas se borner à l'occupation d'un point du littoral , quelque important qu'il fût du reste. Il convient d'ajouter pourJ'expIication et la justification des idées du maréchal Clausel sur l'Algérie, qu'à cette époque la colonisation, une colonisation sérieuse , était d'autant plus difficile à comprendre et à organiser, que cette partie du sol africain était encore inconnue ; les capitaux n'osaient donc pas s'y aventurer, et la confiance en la durée de son œuvre quotidienne manquait alors complètement au soldat.

Le général Berthezène , qui succéda au maréchal Clausel , ne conserva que peu de mois ce commandement. Le duc de Rovigo vint ensuite, avec un zèle intelligent et tout dévoué à la nouvelle colonie; il y apportait un système dont l'application exigeait l'accroissement , dans une large proportion, des troupes françaises en Afrique. Établir de grands camps retranchés dans la Mitidja, et sur tous les points où la colonisation pourrait être tentée avec quelque succès, relier ces camps entre eux , et avec Alger, centre du système gardé par une garnison nombreuse, tel était, en somme, le plan du duc de Rovigo. S'il exigeait, comme nous venons de le dire, la présence d'une armée plus

considérable que celle qui défendait alors notre récente conquête, ajoutons que, pour le compléter, il était nécessaire d'occuper Bone et Constantine. Quarante mille hommes avaient formé le noyau de l'expédition d'Alger, en 1830, et de ces quarante mille hommes, il en restait à peine vingt mille sous les drapeaux, lors de l'avènement du maréchal Soult, au ministère de la guerre; les maladies et le feu de l'ennemi avaient naturellement réduit le chiffre des soldats sérieusement valides, à cette minime proportion , et le maréchal s'empressa de le doubler par l'envoi immédiat de nouveaux régiments. La guerre exceptionnelle qu'il fallait faire , pour ainsi dire, quotidiennement aux populations indigènes, offrait, du reste, avec ses hasards terribles et les barbares coutumes des Arabes, une école permanente bien précieuse pour notre armée, qui, d'abord surprise de ce genre de combats, impressionnée de l'aspect véritablement fantastique de ses adversaires sauvages, finit bientôt parprendre l'habitude de les contempler avec le sangfroid qui assure la victoire ou amoindrit la défaite. Mais ce fut seulement lorsque, renonçant au système d'occupation restreinte, on voulut s'avancer dans le pays et agrandir la conquête de 1830, qu'on reconnut toutes les ruses , toutes les ressources des astucieux Kabyles qu'il fallait attaquer et réduire ; qu'on vit jusqu'où pouvait être poussé h. *3

le dangereux fanatisme des populations auxquelles on prêchait la guerre sainte contre les chrétiens envahisseurs. On comprit alors qu'on s'était abusé sur la force de résistance qu'elles pouvaient opposer à des troupes civilisées; que leur étrange manière de combattre , leurs attaques imprévues et rapides, leur adresse meurtrière, devaient inévitablement aggraver et prolonger la guerre ; enfin , que pour lutter contre elles avec .avantage, il fallait se servir de leurs propres armes. De là, date la formation de corps spéciaux recrutés, pour une certaine partie, parmi les indigènes ou soldats turcs du dey, que l'on encadrait avec nos soldats, dans une proportion qui éloignait toute crainte de trahison. Telle fut l'origine de ces braves et célèbres zouaves, qui devaient jouer plus tard un rôle important sur d'autres champs de bataille plus intéressants encore que ceux de l'Algérie. Les zouaves allaient porter le costume oriental, modifié et approprié aux exigences rationnelles de l'action militaire. Il était également nécessaire de créer une cavalerie spéciale, capable de lutter contre ces cavaliers arabes d'une audace , d'une habileté véritablement effrayantes; une cavalerie montée sur des chevaux du pays, s'en servant comme les indigènes, pouvant et sachant poursuivre ceux-ci sur les pics escarpés, dans les gorges profondes. On donna à ces corps nouveaux , le nom de chasseurs

4833] LJVRK DIXIÈME. 49fc

d'Afrique, et ce nom a élé illustré par eux. Enftô, la création d'une légion auxiliaire, composée d'étrangers en grande partie réfugiés en France , à la suite des révolutions enfantées par celle de Juillet, Polonais, Espagnols, Italiens ou Allemands, vint compléter les mesures militaires prises dans le but de conserver et d'agrandir notre possession africaine.

Le gouvernement civil de l'Algérie avait, sous l'administration du duc de 'Rovigo , été séparé de l'autorité militaire; mais de déplorables rivalités, des tiraillements incessants, se produisirent dans ces premiers temps de la domination française, et il a fallu de longues années pour régulariser l'action réciproque de l'élément militaire et de l'élément civil , deux pouvoirs d'origine diverse , qui s'entre-choquaient et se détruisaient mutuellement en se confondant. C'est avec hésitation, du reste, qu'on pouvait seulement avancer dans cette voie difficile et nouvelle. Nous verrons plus tard quels progrès les deux pouvoirs, enfin isolés l'un de l'autre , et fonctionnant côte à cète , sous la domination suprême du gouverneur général, avaient faits après dix-huit années d'expérience , à la chute de la monarchie de 18343.

En France , les luttes parlementaires se compliquaient misérablement de conflits avec la presse. Le journal républicain la Tribune avait, à propos de la question des fortifications de Paris qui venait

d'être portée devant la Chambre des députés , publié dans ses colonnes un article renfermant ce curieux passage « La Chambre veut aujourd'hui qu'on ne puisse fortifier Paris que moyennant l'autorisation législative. Ne dirait -on pas, à voir ce sérieux des mandataires , que ce mot aune valeur? comme s'ils ne voteront pas tout ce qui leur sera demandé ! Oh ! le bon billet de la Châtre que vous donne là cette chambre prostituée ! » La rumeur fut grande au Palais- Bourbon. M. Viennet vint proclamer l'outrage et demander la répression. Après une discussion orageuse durant laquelle la Chambre s'injuria et s'abaissa elle-même , plus que le journal n'avait pu l'abaisser et l'injurier, on décida que le gérant de la Tribune serait appelé à la barre de l'Assemblée. Il s'y présenta, en effet, assisté de ses défenseurs MM. Marrast et Godefroi Cavaignac, qui profitèrent d'une aussi favorable occasion pour développer leurs théories républicaines et formuler éloquemment leur profession de foi. Le géraitf de la Tribune fut condamné à trois ans de prison et dix mille francs d'amende , facile victoire que la Chambre remportait ainsi, mais qui ne la popularisait pas et surtout ne prouvait rien à ceux qui d'avance n'étaient pas convaincus.

Cette question des fortifications de Paris devait passionner, non- seulement les Chambres, mais la France entière. Elle n'était pas nçuve, du reste , et

remontait au règne de Louis XIV. C'est en présence des revers qui assombrirent la fin de ce grand règne, que Vauban avait, pour la première fois, mis en avant l'idée de fortifier Paris contre une invasion possible des armées étrangères, et Napoléon I er ,' reprenant cette idée à la suite des campagues de 1813 et 1814, l'eût certainement réalisée , si le temps ne lui avait pas manqué. Il existait aussi dans les cartons du ministère de la guerre, un rapport de M. de Clermont- Tonnerre, rédigé surJjBtte question, en 1826, et adressé au roi ChalBppEMais ce rapport, pas plus que les projets ^Bill|ivaient précédé, ne concluait à la nécessité d'une enceinte continue, se bornant à indiquer les points sur lesquels il serait utile d'élever des forts détachés , et le plan reproduit en 1833 par le gouvernement, se présentait dans ces mêmes conditions. Il souleva tout d'abord les plus violents orages. L'opposition prétendit que la mesure était une menace aux libertés du pays , et qu'on voulait embastiller le capitale pour en avoir pltfs aisément raison. On prodigua les grands mots à effet , les phrases patriotiques dans la polémique et la discussion préliminaires qui furent presque une bataille, élites les assemblées renferment des esprits hésitants , des volontés timides qui cherchent toujours les faux -fuyants, les issues détournées. Ceux-là, laissant de côté la question militaire dont on vou-

W HIST01BE DE MON TtëMPS. [4833

lait faire une question politique, crièrent bien haut à l'économie, et le gouvernement, effrayé de ces clameurs, retira son projet, avant même qu'il fut officiellement présenté, sauf à le reproduire plus tard, car le principe en était admis depuis longtemps dans la pensée du chef de l'État, qui semblait y voir, non- seulement une précaution contre l'étranger , mais encore , et surtout , un© garantie pour le maintien de sa dynastie. Lô 24 février 1848 s'est chargé de prouver au roi Louis -Philippe combien sont vaines la sagesse et la prévoyance de l'homme, même le pluspcévoyant et le plus sage.

Le ministre de6 finances, M. Humann, avait désiré que les Chambres votassent son budget d'avance, ce qui lui permettrait d'entrer enfin dans des voies régulières et, d'un autre côté, un certain nombre de lois présentées n'avaient pas encore été discutées et votées. On décida donc qu'une seconde session suivrait immédiatement la première, et cette deuxième session de 1833 fut ouverte , en effet , le 2$ avril.

M. Dupin, réélu président à une majorité imposante* fit, dans son discours d'installation, connaître à la Chambre des députés tout ce que le gouvernement attendait de son activité législative. Il la gQurmanda avec un rude bon sens, sur Iç temps perdu en discussions oisens.es, en débats inutiles. Le

nombre des projets de lois qui allaient lui être présentés était considérable, et si parmi ces nombreuses propositions qui devaient lui être soumises, il s'en trouvait beaucoup d'un intérêt spécial ou local , il y en avait aussi plusieurs d'une haute importance. C'est ainsi que l'on vota , dans cette session , les lois déjà présentées sur l'organisation départementale, sur l'expropriation pour cause d'utilité publique, et celle sur l'instruction primaire que M. Guizot ( on l'a déjà vu) défendit avec la courageuse impartialité qui, en face d'une assemblée volfairienne , mettait dans sa bouche l'éloge des humbles Frères voués à l'éducation des enfants du peuple. « Il est impossible de dire , s'écriait-il dans la séance du 2 mai 1833, il est impossible de dire qu'ils n'ont pas fait beaucoup de bien et qu'ils n'ont pas joué un rôle important dans la société. »

A propos du budget des dépenses , la chambre discuta également la question de l'occupation de l'Algérie.* L'extension de la domination française en Afrique , était encore un sujet de controverse sur les bancs législatifs, où on faisait surtout remarquer l'argent que nous coûtait notre conquête. Le gouvernement prit le parti de désigner une commission spéciale , chargée de se rendre en Algérie et de lui présenter son rapport sur la situation des choses, dans nos récentes possessions africaines. M. Thiers , qui avait échangé avec M. (TArgout, le

portefeuille de l'intérieur pour prendre celui des travaux publics, demandait, de son côté, une somme d'environ seize millions pour l'achèvement des édifices dont la construction avait commencé sous la Restauration ou même sous l'Empire. De ce nombre étaient l'Arc de triomphe de l'Étoile , le Panthéon et l'église de la Madeleine. M. Thiei*s avait parfaitement compris qu'une grande impulsion donnée aux travaux publics dans Paris pouvait, en dehors de la question artistique, devenir un bon calcul gouvernemental , car elle offrait , contenue dans de raisonnables bornes, de l'ouvrage aux bras inoccupés et enlevait ainsi des soldats à l'émeute, sans placer l'État et la Cité dans de trop graves embarras financiers. Ce crédit fut l'objet de discussions assez vives. M. Thiers, dont le goût pour le beau ne pouvait être mis en doute , avait eu également la pensée de terminer le Louvre, et la somme demandée alors s'élevait à dix -huit millions. Elle fut rejetée par la Chambre. %

La seconde session de 1833 , sans avoir produit des résultats bien marquants, avait été cependant plus féconde que la première. Elle prit fin dans les derniers jours de juin. Un observateur impartial eût pu constater, que la terrible leçon des journées de 1832 n'avait , à un an de distance , laissé aucun souvenir, aucune trace dans l'esprit de l'opposition. Celle-ci n'avait rien appris, rien publié :

Les affaires de M. Laffitte ayant empiré , au point de le forcer à mettre en vente son hôtel , le quartier général de la révolution de 1830, comme on se plaisait à le dire, les clameurs de la gauche retentirent avec une sorte de fureur. Ses récriminations remontaient jusqu'au roi, qu'elle accusait hautement et bien injustement d'ingratitude et d'oubli. Que s'était -il donc passé entre Louis- Philippe et M. Laffitte, qui pût motiver toutes ces colères? Rien que de très -simple assurément : M. Laffitte, possesseur d'une grande fortune avant la révolution de 1 830 , avait vu cette fortune compromise par l'effet même de la révolution qu'il avait largement stipendiée. La crise industrielle et commerciale, naturellement produite par les graves événements dont Paris venait d'être le théâtre , avait pesé sur lui comme sur tous les financiers de France, et, s'il en avait, toute proportion gardée, souffert davantage , c'est que la passion politique lui avait fait hasarder plus légèrement des capitaux considérables. Lorsque après les événements de Juillet, il se vit, pour faire face à d'impérieux engagements, contraint d'aliéner la forêt de Breteuil , ce ne fut pas lui qui rendit un service à son royal acquéreur, car Louis -Philippe paya ce domaine tout ce qu'il valait, ce fut M. Laffitte qui dut s'estimer heureux de pouvoir, à l'aide de la somme qu'il réalisait ainsi dans un moment où la

défiance fermait toutes les bourses , soutenir pendant quelque temps son crédit complètement ébranlé. Plus tard, il emprunta six cillions à la Banque, sous la garantie du roi. Cette somme était remboursable en cinq paiements, et à l'échéance du premier, Louis -Philippe fut obligé de remplir l'engagement contracté par son ancien ministre. Toutefois, comme il n'avait pu avancer la totalité de la somme exigible, un procès s'ensuivit, et finalement M. Laffitte se vit forcé par l'impérieuse nécessité de mettre son hôtel en vente. Qu'y avait- il dans tout cela de si monstrueusement ingrat de la part du roi? Aurait- il donc fallu que, victime de la caution qu'il avait fournie, il consentît à rembourser intégralement à la Banque, la somme reçue par M. Laffitte? mais les partis ne raisonnent pas , et afin de donner à leurs sympathies toute la portée d'une démonstration politique, une souscription nationale fut ouverte, sous le patronage des députés de la gauche , imitation de ce qui s'était fait jadis pour la famille du général Foy. Cette souscription, d'un caractère moins imposant, fut aussi d'une bien moindre importance matérielle , et les résultats obtenus ne remplirent pas entièrement le but que l'opposition s'était proposé en cette circonstance.

L'extrême gauche ne demeurait pas d'ailleurs moins active en ce moment que la gauche soi-

Digitizéd by

4833] LfVRE DIXIÈME. m

disant dynastique. Ses journaux, entre autres le Bon-SfiJis et le Populaire, attaquaient ou raillaient le pouvoir avec une audace incomparable, avec une redoutable verve. Sous l'impression produite par ces publications véritablement incendiaires , des coalitions d'ouvriers se produisirent, non-seulement à Paris, mais encore dans plusieurs grandes villes de province. Des comités se formèrent, à la tête desquels s'étaient placés MM. de Lafayette, Armand Carrel , Garnier-Pagès, Marrast, Audry de Puyraveau, Cormenin, Voyer d'Argenson, pour la défense de la liberté individuelle et de la liberté de la presse. La société des Droits de l'homme trouva le moment opportun pour publier un manifeste dans lequel son programme politique était nettement indiqué : « Un pouvoir central, électif, temporaire, responsable, doué d'une grande force et agissant avec unité; la souveraineté du peuple mise en action par le suffrage universel ; la liberté des communes restreinte par le droit accordé au gouvernement de surveiller, au moyen de ses délégués, les votes et la compétence des corps municipaux ; un système d'éducation publique , tendant à élever les générations dans une communauté d'idées compatibles avec le progrès ; l'organisation du crédit de l'État; l'émancipation de la classe ouvrière, par une meilleure division du travail, une répartition plu$ équitable des produits et l'asso-

ciation; une fédération de l'Europe fondée sur la communauté des principes, d'où découle la souveraineté du peuple, sur la liberté absolue du commerce, et sur une entière égalité de rapports. »

Les diverses parties de ce programme, qui, pour nous, spectateurs des essais de 1848, n'a, pour ainsi dire, plus de mystères, avaient alors aux yeux des masses tout l'attrait de l'inconnu. Certaines gens , très-bien intentionnés , mais novateurs par tempérament et par goût, y voyaient même la véritable panacée applicable au mal qui, suivant eux, rongeait cette vieille société, qu'ils ne savaient sans doute pas immortelle, et dont , par avance, ils déploraient hypocritement la fin. Toutefois, la déclaration des droits de l'homme de Maximilien Robespierre, de ce « vaincu dont l'histoire a été écrite par les vainqueurs , » comme on l'a dit de nos jours, se trouvait jointe au manifeste^ et ce corollaire significatif pouvait embarrasser un peu la conscience des adhérents candides au programme de l'association, jqui donnait ainsi une preuve si audacieuse de son existence et de ses tendances véritables. La presse et l'opinion conservatrices s'émurent à bon droit de ce programme. Une polémique ardente s'engagea, et le pouvoir, effrayé de la hardiesse nouvelle des ennemis qu'il croyait avoir terrassés dans les journées de juin 183?, intenta un procès à vingt-sept des membres

de la société des Droits de ï homme j accusés d'avoir formé, contre la sûreté de l'État, un complot qui devait éclater pendant les fêtes de l'anniversaire des journées de Juillet. Les prévenus furent acquittés par le jury ; cet acquittement pouvait déjà faire prévoir les luttes prochaines de l'avenir, entre le gouvernement et un parti que devait nécessairement encourager cette indulgence.

La célébration de l'anniversaire de la révolution de 1830 ne fut marquée, du reste, que par un incident dont le peuple de Paris se montra vivement impressionné : la figure de l'empereur Napoléon I er reparut tout à coup au sommet de la colonne de la place Vendôme, non plus avec le manteau impérial , mais revêtu de ce populaire costume si souvent célébré par la poésie et reproduit par la peinture. La foule salua de ses acclamations cette apparition glorieuse, et, à dater de ce moment, Louis-Philippe s'appropriant , en quelque sorte , les souvenirs de l'époque napoléonienne, n'hésita pas à s'en servir dans l'intérêt de sa popularité et de celle des siens, calcul habile, sans doute, mais qui le plaçait logiquement dans une position singulièrement fausse, puisqu'il l'encourageait à glorifier le grand homme, tandis que la famille de l'Empereur était sévèrement bannie du sol français. La monarchie de 1 830 rendait ainsi, il faut le dire, un bien plus important service aux héritiers de Napoléon !

Le roi avait -, deux années auparavant, fait un voyage dans le nord de la France et revu les champs de bataille de sa jeunesse. Il partit de Saint- Cloud, le 26 août, pour parcourir la Normandie, et visita les villes principales de cette plantureuse province. Dans les cités de la moindre importance, tout aussi bien qu'à Evreux, à Caen, à Cherbourg ou à Rouen, il eut à subir des harangues exposant quelquefois de singulières théories gouvernementales et donnant des conseils impérieux. Partout Louis-Philippe s'efforça de rétablir dans ses discours les véritables maximes du gouvernement représentatif, œuvre laborieusement et inutilement commencée jadis par lui, continuée depuis sans plus de succès, sinon quant aux paroles , du moins quant aux actes.

Et pendant que le roi de 1830 visitait ainsi ses * provinces, avec autant de pompe qu'un souverain constitutionnel pouvait se le permettre , un autre pèlerinage s'accomplissait obscurément dans une direction différente, quoique le pèlerin fut aussi porteur d'un grand nom : M. de Chateaubriand avait, au mois de mai précédent, reçu de la duchesse de Berri la mission de se rendre à Prague, pour y faire connaître le mariage morganatique de cette princesse, et s'était acquitté avec un zèle pieux de la mission de confiance qui lui avait été confiée : « Oui, écrivait-il alors, je partirai pour la

plus glorieuse de mes ambassades; j'irai de la part de la prisonnière de Blaye trouver la prisonnière du Temple ; j'irai négocier un nouveau pacte de famille, porter les embrassements d'une mère captive à des enfants exilés , et présenter les lettres par lesquelles le courage et le malheur m'accréditent auprès de l'innocence et de la vertu. » M. de Chateaubriand devait, en outre, s'efforcer d'obtenir du roi Charles X l'autorisation pour Madame de se rendre à Prague et de prendre la direction de l'éducation de son fils. Moins heureux dans cette seconde partie de sa mission que dans la première, il avait vu le vieux roi accumuler les objections et chercher à temporiser. 11 fallait, en effet, disait Charles X, régulariser auparavant la situation faite à Marie-Caroline par son union secrète , non-seulement vis-à-vis de la famille du comte Luchesi Palli, mais encore à l'égard du roi, son frère. Le 18 août 1833, la duchesse écrivait donc de nouveau à son noble confident, que les rapports qu'elle recevait à Naples , où elle se trouvait alors, sur ce qui se passait à Prague , tout en augmentant son désir de se rendre auprès de ses enfants, lui rendaient plus urgent que jamais le besoin qu'elle éprouvait des conseils d'un ami fidèle. Elle lui demandait en conséquence de se rendre immédiatement à Venise, point vers lequel elle allait se diriger elle-même. Il y avait à peine deux mois

que M. de Chateaubriand était revenu du long et fatigant voyage qu'il avait entrepris pour servir les intérêts de la princesse captive. Le 3 septembre, il reprit courageusement son bâton de pèlerin, rencontra Madame à Ferrare, la suivit à Padoue, où elle fut obligée de s'arrêter en attendant des passeports autrichiens qu'on lui refusait d'abord, et, sur les instances de Marie-Caroline, se rendit de nouveau à Prague pour préparer Charles X à recevoir sa belle-fille ; il voulait également obtenir l'acte de majorité du duc de Bordeaux, qui allait atteindre sa treizième année.

Charles X avait décidé que la famille royale irait au-devant de la duchesse de Berri jusqu'à Léoben ; ce fut dans cette ville que l'entrevue eut lieu, et qu'il fut donné à Madame de revoir enfin ses enfants.

Quant à la déclaration de majorité, M. de Chateaubriand l'avait ainsi rédigée : « Nous, Henri, cinquième du nom, arrivé à l'âge où les lois du royaume fixent la majorité de l'héritier du trône, voulons que le premier acte de cette majorité soit une protestation solennelle contre l'usurpation de Louis-Philippe, duc d'Orléans; en conséquence, et de l'avis de notre conseil, nous avons fait le présent acte, pour le maintien de nos droits et de ceux des Français. Donné le trentième jour de septembre de l'an de grâce mil huit cent trente-trois.»

i833] LtVKE DIXIÈME. 409

Ce fût le dernier acte politique auquel prit part j'illustre auteur de la Monarchie selon la Charte.

L'agitation que les demandes de réforme avaient produite en Angleterre , était beaucoup trop générale pour ne pas se communiquer promptement aux plus lointaines parties du royaume ; seulement, les causes du mouvement devaient changer de nature et prendre une physionomie particulière, selon les localités où elles s'exerçaient. Les colonies éprouvèrent le contre-coup des perturbations de la métropole. Plusieurs sociétés s'étaient établies en Angleterre pour l'émancipation des noirs, et elles avaient obtenu du conseil des ministres un règlement qui déterminait la situation des esclaves, leurs heures de travail, le nombre et le genre d'habillements, la quantité et l'espèce de nourriture que les propriétaires étaient tenus de leur donner. Considérant ces dispositions comme attentatoires à leur indépendance , les colons avaient refusé de s'y soumettre; mais les nègres, instruits, par les abolitionnistes et par les missionnaires, de l'ordonnance qui les concernait, en avaient réclamé l'exécution; puis, trompés dans h. 14

Jetir attente, s'étaient livrés aux violences les plus cruelles , les plus sauvages. A la Jamaïque, notamment , les noirs portèrent la dévastation et l'incendie dans les maisons, les champs, les récoltes, et, se saisissant de tous les blancs qui ne purent assez tôt regagner les villes , les soumirent à des tortures dont le récit épouvanterait la pensée.

Quant à l'Irlande, l'anarchie y était complète; le choléra-morbus vint y joindre ses horreurs; et loin d'étouffer, au moins pour quelques instants, la discorde dans un sentiment universel d'effroi , il en rendit les manifestations plus terribles : l'idée d'une mort prochaine n'eut d'autre effet sur ces populations fatalement entraînées, que de surexciter les haines et de propager l'assassinat. L'approche des élections n'était pas faite d'ailleurs pour apaiser les agitations et mettre fin aux désordres. Le 16 août, le roi en personne avait prononcé la clôture des chambres, et, le 3 décembre, la dissolution était proclamée.

On allait donc, pour la première fois, procéder selon les prescriptions de la nouvelle loi. Comprenant quelle atteinte profonde venait de recevoir leur influence, les conservateurs s'appliquaient à répandre dans le pays les prédictions les plus sinistres; les électeurs, à les entendre, n'allaient envoyer à la chambre que des représentants indignes; le parlement devait être envahi par une dé-

mocratie sans frein, sans talents , sans moralité; là constitution était condamnée à l'avance, et ta gêné* ration actuelle appelée à suivre les funérailles de là grandeur britannique.

Les partisans de la réforme n'étaient pas moins exagérés dans leurs promesses que les conservateurs dans l'expression de leurs craintes, et les premiers ne tardèrent pas à se convaincre, soit par le résultat général des élections, qui fut favorable au cabinet, soit par les luttes qui caractérisèrent la session de 1833, que bien des années s'écouleraient encore avant que, des deux côtés, la balance devînt égale. En effet, les idées aristocratiques se retrouvent au fond de toutes les institutions de la Grande- Bretagne, et l'on peut dire que l'Anglais fttacé sut le dernier degré de l'échelle sociale, garde encore en lui uhe sorte d'instinct aristocratique; car, s'il ne songe point à sortir de sa condition infime, il est fier du moins des titres et de la naissance du maître qu'il sert, comme si ces distinctions lui devenaient véritablement personnelles. La bourgeoisie, qui pourrait constituer une classe moyenne forte et indépendante, avec laquelle la noblesse serait dans la nécessité de compter, aspire elle-même à sortir de sa position intermédiaire, et emploie le plus souvent les ressources d'immenses fortunes acquises dans les transactions commerciales, à dissimuler son origine sous des dehors aristocratiques. Aucun pays

ne possède, en un mot, malgré les grands principes d'égalité écrits dans ses codes, d'aussi faibles rudiments de démocratie.

La session du nouveau parlement fut inaugurée par la présentation de deux projets de loi relatifs à l'Irlande. Le premier avait pour but de réprimer les troubles incessants qui la déchiraient; il fut admis sans discussion dans la chambre des lords ; mais les communes se montrèrent moins faciles : seize séances orageuses épuisèrent à peine les débats que ce projet fit naître, et la chambre ne l'adopta qu'après l'avoir soumis à des modifications considérables. Ce bill, du reste, avait à peine reçu la sanction législative, que le lord-lieutenant d'Irlande ordonna la suppression des volontaires irlandais , et déclara le comté de Kilkenny en état de révolte, ce qui suspendait l'action des lois ordinaires, et mettait l'autorité en possession de pouvoirs exceptionnels.

La seconde mesure se rattachait au plan de réforme ecclésiastique que le cabinet voulait essayer à l'égard du clergé d'Irlande. Lord Althorp, dans le but de remplacer la contribution payée par les catholiques irlandais, proposa aux communes l'établissement d'une taxe sur tous les bénéfices, en exceptant ceux qui étaient inférieurs à 200 liv. st. L'auteur de la proposition pensait que le chiffre annuel de cette taxe pourrait s'élever à 69,000 1 . st.'.

et aurait voulu que l'excédant qui resterait sur ce produit, après que la contribution des catholiques serait couverte, fût consacré, soit à améliorer la position des plus pauvres bénéficiaires, soit à construire de nouvelles églises, et des maisons de la glèbe (glèbe houses); il demandait enfin que cet impôt fût immédiatement perçu; mais la chambre, n'adhérant point à cette partie de la proposition , décida que les taxes ne seraient point applicables aux titulaires actuels.

Les bills concernant le renouvellement de la charte <Jo banque, le monopole de la compagnie des Indes orientales et l'émancipation des noirs esclaves dans les colonies britanniques, furent soumis ensuite au parlement et votés sans modifica^ tions. Le nouveau cabinet, on le voit, avait imprimé une active impulsion à cette première période de Ja session, tout en évitant avec soin de mettre en présence les conservateurs et les réformistes, afin d'accorder ainsi quelque repos aux esprits , et d'adoucir, par ce calme plat parlementaire, des exaltations devenues dangereuses. Harcelé d'ailleurs par les impatiences de ses amis whigs, lord Grey se trouvait heureux d'être arrêté sur la pente où on l'entraînait , par la portion conservatrice du parlement, et les torys lui facilitaient, à leur insu, les moyens de retenir la nation dans de justes limites, tout en sauvegardant la popularité de son

ministère. Néanmoins, dans cette situation , à laquelle une habile combinaison d'influences contraires donnait seule quelque stabilité, la plus faible divergence d'opinions entre les membres de l'administration pouvait en amener la chute. Il faut ajouter que lord Grey, écrasé sous le poids des fatigues et des années, avait regardé sa tâche comme finie le jour où le parlement avait accepté la réforme électorale, et qu'il n'avait consenti à conserver la direction des affaires quç pour ne pas causer la ruine politique de ses collègues, pour ne point livrer le pays aux incertitudes d'une nouvelle crise gouvernementale. Les chambres, de leur côté , rendues méfiantes par le peu de succès des tentatives de lord Wellington et de lord Lyndhurst, et craignant de troubler par des résistances opiniâtres la tranquillité dont jouissait momentanément l'Angleterre, ne faisaient au cabinet qu'une opposition modérée.

Ce système «le tolérance et de concessions réci proques ne devait cependant pas le préserver long temps d'une décomposition partielle. Disons, en anticipant un peu sur les faits, que le 27 mai 1834, M. Ward proposa à la chambre des communes, de déclarer qu'il y avait nécessité et justice à retirer immédiatement à l'Église d'Irlande une partie de ses pnmeases revenus. Or, plusieurs membres ,du cabinet étpieitf systématiquement hostiles aux

réformes ecclésiastiques, tandis que d'autres les admettaient sous certaines réserves. Ce manque d'accord dans les opinions avait décidé la majorité du ministère à nommer une commission d'enquête, afin de pouvoir ajourner toute discussion à cet égard ; cette tactique ne fut pas approuvée par la minorité, qui, craignant les résultats de l'enquête, ne voulut pas être forcée de porter atteinte à la constitution de l'Église : M. Stanley, secrétaire pour les colonies, le premier lord de l'amirauté, sir James Graham, le duc de Richmond, maître général des postes, et le comte de Ripon, lord du sceau privé, donnèrent en conséquence leur démission des chargés qu'ils occupaient.

Les communes, émues de cette dislocation ministérielle , rédigèrent aussitôt une adresse à lord Grey pour l'engager à continuer de diriger le cabinet, et cet appela son dëvouemeat, ce témoignage de haute estime, déterminèrent le premier lord delà trésorerie à ne point abdiquer ses fonctions. On recourut donc seulement à une recomposition partielle du ministère.

Mais, sur ces entrefaites, le clergé, alarmé des attaques qu'il avait déjà subies et des mesures dont il était menacé, décida que les évèques d'Irlande, particulièrement frappés par la motion de M. Ward, profiteraient du jour anniversaire de la naissance du roi ( 28 mai), pour lui exposer les réclamations

de l'épiscopat irlandais. Cette démarche ne manquait pas d'habileté, puisqu'elle pouvait conduire Guillaume IV à prendre dès engagements que les ministres seraient tenus ensuite de respecter. Dans les accès d'une franchise qui n'était pas entièrement exempte de brusquerie , le roi avait, en plusieurs occsasions , laissé percer les idées personnelles du chef de l'État, alors que, suivant les théories constitutionnelles, il n'aurait dû énoncer que les intentions de la majorité de son conseil, et les évêques n'ignoraient pas la secrète répugnance de ce prince pour les réformes ecclésiastiques* Toutefois, Guillaume IV ne fit pas au clergé de réponse officielle, se bornant à remarquer qu'il avait toujours considéré la révolution qui avait placé sa famille sur le trône d'Angleterre, comme destinée à assurer à la fois les libertés temporelles de la nation et le maintien de la religion protestante; il ajouta qu'il comptait bien, en ce qui le concernait, préserver de toute atteinte ces deux grands principes.

La parole du roi, quoique légalement sans portée, indiquait un désaccord secret entre le chef de l'État et ses conseillers, tout en plaçant lord Grey dans une posititp difficile, d'où il ne songea plus qu'à sortir. Le 1 er juillet 1834, le chef du cabinet avait demandé au parlement le renouvellement du bill de cpercition relatif à l'Irlande. Cet acte ren-

4833] LIVHË DIXIEME. 247

fermant plusieurs dispositions qui furent jugées trop rigoureuses par divers membres de l'administration , le secrétaire de l'Irlande ; M. Littleton , craignit que le maintien de ces articles n'exaspérât les populations irlandaises; il fit officieusement connaître à O'Connell que les ministres .étaient divisés sur cette question; 'il lui confia même ses espérances de voir, dans le cours de la discussion, disparaître celles des clauses qui lui semblaient menaçantes pour la tranquillité du pays. Le député irlandais après avoir bien accueilli cette communication, promit le secret qui lui était demandé , le garda religieusement , et , à la grande surprise de la chambre , s'abstint de toute opposition durant la discussion du bill. Cependant, le projet ayant été adopté sans retranchement par les communes , O'Connell commença à concevoir des doutes sur la véracité de la communication qui lui avait été faite, et lorsque lord Grey porta le bill à la chambre haute, le grand agitateur interpella M. Littleton avec une extrême vivacité. La situation était difficile pour ce dernier; après quelques explications confuses, il offrit sa démission, qui fut refusée. Mais ce débat venait d'enlever au ministère les conditions de force morale indispensables à son existence politique ; lord Grey en profita pour se retirer : il avait alors soixante-dix ans , et son grand âge lui faisait un droit comme une nécessité du repos.

Ce nouveau remaniement appela lord Melbourne, secrétaire d'État de l'intérieur, à la tète de l'administration; il fut remplacé lui-même par lord Duncannon au département de l'intérieur, et lord Mulgrave devint lord du sceau privé, à la place du comte de Carlisle.

Tant que lord Grey avait conservé la direction du Cabinet, les changements de personnes qui s'y étaient produits n'avaient eu que peu d'importance; le système subsistait intact. Toutefois, l'élévation du vicomte Melbourne au poste de premier lord de la trésorerie était plus qu'un changement individuel, c'était une modification politique. Ainsi privée de l'autorité de lord Grey , l'administration pouvait être considérée , à certains égards , comme un ministère de transition. Bien qu'elle ne représentât ni les idées populaires , ni le torysme , on devinait déjà que les conservateurs ne tarderaient pas à reparaître : il était douteux, en effet, que lord Melbourne fût plus heureux que son prédécesseur, dans ses tentatives de conciliation , d'autant plus que l'opposition de la Chambre des lords devenait chaque jour plus caractérisée , et qu'elle rejetait systématiquement tous les projets réformateurs qui lui étaient soumis. Indépendamment des dispositions hostiles d'une partie du parlement, et delà désunion intérieure qui ne permettait pas au Cabinet de prendre des résolutions suivies et fermes,

il avait à lutter, en outre , contre les préventions de la couronne. Circonvenue par les princes allemands, la reine d'Angleterre, dans un récent voyage qu'elle venait de faire sur le continent, avait entretenu le roi des terreurs qu'on s'était appliqué à lui teire concevoir, et ses paroles n'avaient pas été sans effet sur Guillaume IV, irritédéjà des allures de lord Brougham et des intentions du Cabinet touchant les réformes ecclésiastiques. Mais le ministère n'avait pas seulement à combattre des préventions qui ne pouvaient manquer de gêner son initiative : de toutes parts surgissaient de sérieuses difficultés, des questions nouvelles à résoudre, les réclamations, les plus légitimes à satisfaire . De nombreuses pétitions avaient été présentées par les dissidents , qui se plaignaient d'être exclus des degrés des universités d'Oxford etde Cambridge, puisqu'ils ne pouvaient les obtenir qu'après avoir signé une déclaration par laquelle ils adhéraient aux principes de l'Eglise anglicane. Les professeurs de ces universités avaient eux-mêmes demandé que cette déclaration cessât d'être exigible pour les branches non religieusçs de l'enseignement, et quoique ce vœu rencontrât une opposition redoutable de la part de sir Robert Peel et de M. Goulburn , il fut, le 28 juillet, consacré définitivement dans les communes par un vote de cent soixante -quatre veix contre soixante - quinze .

iiO HISTOIRE DE MON TEMPS. [4833

La mort du comte Spencer vint créer au gouvernement un nouvel embarras et rendre obligatoire le remplacement de lord Althorp, ce nouveau pair ne pouvant continuer à faire partie de l'administration, en vertu de l'usage anglais, qui exige que deux des secrétaires d'Etat soient, au moins, membres des communes. Lord Melbourne se rendit, en conséquence, auprès du roi, pour lui offrir de confier le poste que lord Althorp avait dû quitter, à lord John Russel ou à M. Spring-Rice, et il se passa une scène étrange : le roi Guillaume , qui contenait mal ses sentiments, déclara brusquement à lord Melbourne qu'il était offensé de la conduite tenue par le grand chancelier en plusieurs circonstances, et qu'il réclamait sa sortie du ministère; il ajouta qu'il ne consentirait jamais à donner sa sanction au bill de réforme de l'Église irlandaise, et fit sentir à lord Melbourne que l'administration ne possédait plus sa coufiance. La démission en masse des ministres fut la conséquence de cette entrevue ; le roi ne fit aucune difficulté pour l'agréer; il manda aussitôt auprès de lui le duc de Wellington, auquel il proposa la charge de premier lord de la trésorerie; mais le duc, se hâtant de décliner un honneur qui ne convenait plus, disait -il, ni à son âge , ni à ses forces , désigna pour cet emploi sir Robert Peel, alors en Italie, et qui, de retour à Londres, s'empressa de réunir les

4833] LIVRE DIXIÈME. n\

éléments d'un nouveau ministère. Il soumit à l'agrément de la couronne une administration dans laquelle, indépendamment- de son propre nom comme premier lord de la trésorerie , on remarquait ceux du duc de Wellington, secrétaire d'Etat, pour les affaires étrangères , de lord Lyndhurst chancelier, du comte d'Aberdeen, ministre des colonies, et de sir George Murray, maître général de l'artillerie; dans cette combinaison, le comte de Haddington devenait lord chancelier d'Irlande. La précédente administration du comte Grey n'avait montré dans le principe que peu d'empressement à soutenir en Portugal la cause de dom Pedro et de dona Maria. Sa politique indécise, versatile , aurait pu tout d'abord surprendre un impartial observateur de ces événements. C'est ainsi qu'on avait vu, à un court intervalle , le comte d'Aberdeen attaquer vivement, à la tribune, le caractère aussi bien que les antécédents de dom Miguel , et le duc de Wellington donner l'ordre à la flotte anglaise de faire feu sur le bâtiment qui conduisait en Portugal le général Saldanha avec plusieurs autres partisans actifs de dom Pedro; anomalie singulière, contradiction indigne de la politique d'un grand pays. Les choses se modifièrent pourtant, à l'arrivée à Londres du duc de Palmella, lequel venait chercher et rassembler en Angleterre les ressources d'argent indispensables au succès de

lit HISTOIRE DE MON TEMPS. [48H3

l'entreprise de son maître. Ses efforts intelligents amenèrent promptement un résultat favorable ; des volontaires purent être engagés en grand nombre pour le soutien de la cause pédriste, et, parmi eux, des marins anglais sous le commandement du capitaine Napier.

On se rappelle que dom Pedro, après s'être emparé de la ville de Porto , s'y* trouvait étroitement bloqué par l'armée dé son frère. Assiégé dans la seconde capitale du royaume ., les progrès de son parti furent longtemps insensibles, et le triomphe de sa cause put sembler douteux ; mais à la suite de la mission du duc de Palmella , tout changea d'aspect : le duc de Terceira avait été envoyé pour soulever les Algarves, à la tête d'uji corps de quatre mille hommes, et dom Pedro, s'écartant en cela de l'avis du général Solignac 1 , qui aurait voulu qu'on marchât résolument à l'armée miguéliste , et qu'on lui passât sur le corps, s'était décidé à attendre , enfermé dans Porto , le résultat de cette expédition. On apprit, presque en même temps, que les Algarves s'étaient prononcées en faveur de dona Maria, et que le capitaine Napier, ayant rencontré la flotte de dom Miguel , n'avait pas hésité à l'attaquer avec vigueur , malgré une

1. Voyant que son avis n'avait pu prévaloir dans les conseils de dom Pedro, le général Solignac se démit des fonctions de major général de l'armée, et quitta Porto.

disproportion notable entre les forces navales dont il disposait et celles de son adversaire; si bien, qu'après un combat acharné, livré à la hauteur du cap Saint - Vincent , les vaisseaux miguélistes avaient été dispersés ou capturés. Cette victoire produisit un effet immense ; elle démoralisa l'armée de dom Miguel et accrut l'audace de Terceira qui , dès lors, s'avança rapidement sur Lisbonne, s ? emparant de Sétubal, et culbutant un corps de troupes commandé par Telles Jordao. Enfin, le 24 juillet 1 833, le duc de Palmella écrivait à bord du vaisseau de sir Charles Napier à l'embouchure du Tage : « J'ai le bonheur de pouvoir annoncer la glorieuse nouvelle de l'entrée des troupes de la reine à Lisbonne. ' Elle a eu lieu ce matin , à la suitcd'une affaire , dans laquelle le duc de Terceira a défait complètement les troupes ennemies sur la rive gauche du Tage. L'escadre passe en ce moment la barre, au bruit des salves du fort Saint- Julien, et le glorieux étendard de la reine flotte sur le château de Saint- Georges. » La capitale du Portugal avait , en effet , ouvert ses portes et proclamé dona Maria pour sa souveraine.

En apprenant ces désastreux événements, le maréchal Bourmont, par une diversion qui pouvait, en cas de réussite , rétablir les affaires de dom Miguel, chercha à enlever la ville de Porto. De la sorte, en effet, les deux adversaires n'auraient fait,

pour ainsi dire , que changer de capitale, et le dernier mot de la situation n'eût pas encore été prononcé. Il livra un assaut terrible à la yille. Le combat fut sanglant , acharné ; mais l'énergie d'une défense désespérée rendit tous ces efforts inutiles. L'armée miguéliste fut repoussée , et désormais le triomphe de dom Pedro, c'est-à-dire des principes constitutionnels en Portugal , ne put pas être révoqué en doute.

Le ministère whig voulut alors prendre une attitude décidée vis-à-vis de la royauté de dona Maria, et crut nécessaire d'indiquer, par une démonstration politique sans ambages , l'intérêt qu'il portait désormais à cette cause victorieuse. Un ordre de cabinet fut rendu public; il était ainsi conçu : « Lord William Russell est nommé ministre d'Angleterre auprès du gouvernement de la reine à Lisbonne. Un pouvoir discrétionnaire est en conséquence donné au noble lord, à l'effet de ne point faire usage de ses lettres de créance dans le cas (peu probable et même impossible) où l'usurpateur serait en possession de cette ville. »

La reconnaissance de dôna Maria par le gouvernement anglais, dictait en quelque sorte au cabinet français la conduite ultérieure qu'il devait tenir dans cette question portugaise, qui ressemblait un peu à une question personnelle, grâce à la connexité que la présence des personnages vendéens

que nous avons mentionnés, paraissait établir entre la cause de dom Miguel et la cause de Henri V. M. de Talleyrand et le comte Grey s'entendirent aisément sur ce sujet. Dona Maria quitta Paris, se rendit au Havre, où l'attendait un vaisseau anglais pour la transporter à Londres , et elle fut reçue avec des honneurs royaux dans la capitale de la Grande-Bretagne. La France s'empressa également de reconnaître cette jeune reine constitutionnelle. N'était- il point, en effet, de l'intérêt de Louis- Philippe de prêter son appui, à, tous les trônes de fraîche date ?

Cette politique devait recevoir promptement une application nouvelle à propos de la succession d'Espagne. Ferdinand VII mourut le 29 septembre 1 833, et, conformément à ses dernières volontés, Marie- Christine fut déclarée régente pendant la minorité de sa fille, la reine Isabelle. Mais le parti de don Carlos, préparé depuis longtemps à cette éventualité, prit aussitôt une attitude menaçante, et la guerre civile devint imminente. Un manifeste de* l'Infant, publié à la date du 1 er octobre 1833, ne tarda pas à dessiner très-nettèment l'ensemble de cette situation, et, il est bon de le remarquer, la cause de don Carlos se présentait bien moins comme l'expression d'un droit individuel, que . comme la personnification exacte d'un parti considérable et actif. Don Carlos déclarait, du reste, u. 15

2*6 HISTOIRE DE MpN TEMPS. [1833

qu'il n'ambitionnait pas le trône; que, loin de rechercher, de poursuivre avec ardeur des biens périssables, il n'agissait et ne levait son drapeau qu'au nom de la religion et pour l'accomplissement d'une loi fondamentale dont il était particulièrement obligé de défendre les prescriptions dans l'intérêt des droits, sacrés de ses enfants ; langage qui correspondait aux habitudes, aux mœurs môme de la majeure partie du peuple espagnol. Il ne faut pas oublier que ces mœurs politiques de l'Espagne ne s'étaient pas encore sensiblement modifiées sous l'influence des révolutions successives qui, depuis lors, se sont abattues sur cette partie de la Péninsule, et que les vieilles traditions y conservaient toute leur force, tout leur empire. Il n'y avait pas si longtemps qu'une armée de la Foi s'était levée pour soutenir le trône ébranlé de Ferdinand VII et combattre les doctrines libérales du parti qui allait monter au pouvoir en même temps que l'infante Isabelle !

Cette situation étant donnée, qu'allait faire le gouvernement français? Détruirait-il l'œuvre glorieuse de Louis XIV en abandonnant ce principe de la loi salique, qui protégeait si évidemment le droit exclusif de la maison de Bourbon? Appuierait-il, au contraire , les prétentions de don Carlos, et ne reconnaîtrait-on pas l'autorité de la pragmatique signée par Ferdinand VII? Mais le parti légitimiste,

en France, affichait hautement toutes ses sympathies pour la cause de don Carlos, qu'il confondait avec la sienne propre, et le triomphe de don Carlos pouvait conduire à celui de Henri V. Mais Louis- Philippe nourrissait peut-être dans les replis les plus secrets de sa pensée l'espoir, réalisé depuis, d'unir un de ses fils, soit à la reine Isabelle, soit à l'Infante sa sœur. Sa détermination fut donc prise aussitôt. Un courrier partit dans la nuit même, pour porter à M. de Rayneval l'ordre de déclarer que le gouvernement français était disposé à reconnaître la fille de Ferdinand VII dès qu'il aurait reçu les notifications nécessaires. M. Mignet dut le suivre de près à Madrid, pour confirmer cette nouvelle et en développer les conséquences politiques.

Cependant la reine régente exilait l'Infant, tout en plaçant ses biens sous le séquestre, et les choses commençaient à prendre une tournure sérieuse. M. de Rayneval qui , par ses instructions, devait marcher dans le plus complet accord avec le ministre anglais, M. Villiers, s'aperçut bientôt que les tendances de ce dernier différaient essentiellement de sa propre manière de voir et de pratiquer les choses. Le duc de Broglie lui enjoignait avec raison de soutenir de toutes ses forces M. Zea Bermudez, dont les idées modérées convenaient parfaitement au cabinet des Tuileries, et le ministre anglais, loin de suivre cette même ligne de conduite, appuyait

iU HISTOIRE DE MON TEMPS. [4833

sourdement , au contraire , la fraction révolutionnaire des Cortès qui demandait l'application de la constitution de 1812. Il semblait que les intérêts anglais fussent de pousser tout à l'extrême dans la Péninsule, et le représentant de ces intérêts agissait en conséquence. Il résulta naturellement de cette double action en sens contraire , des tiraillements qui contribuèrent beaucoup à la chute de M. Zea Bermudez. Vainement essaya-t-il de lutter contre des difficultés sans cesse renaissantes, les premiers symptômes matériels de guerre civile le renversèrent, et il fut remplacé par M. Martinez de la Rosa, esprit également modéré , mais dans une autre nuance politique que M. Zea et plus sympathique aux Cortès. On sait que Francisco Martinez de la Rosa, condamné aux présides sous Ferdinand VII, à cause de ses opinions libérales, était, à tous les points de vue, un des membres les plus distingués du parti du mouvement en Espagne; homme d'ordre, écrivain charmant, orateur élégant et nerveux à la fois, il réunissait en lui la majeure partie de ces grandes qualités qui font un bon ministre. Mais peut-être manquait -il un peu de décision, et l'époque difficile qu'il allait traverser allait- elle mettre à une trop rude épreuve la modération naturelle de son caractère. Quoi qu'il en soit, son programme en entrant aux affaires était nettement tracé. M. Martinez de la Rosa voulait : 1° que dona

Maçia fût reconnue, et que les relations entre les deux royaumes de la Péninsule fussent établies sur. des bases indestructibles ; 2° que l'on proclamât une amnistie pleine et entière ; 3° que les milices nationales de 1823 fussent réorganisées, bien que sous une autre dénomination; 4° que Ton assemblât lesCortès par états (por estamentos)*-, en donnant autant de latitude pour les élections que lés anciennes lois pouvaient le permettre, et que la nouvelle constitution du royaume fût soumise à cette assemblée.

Mais si les affaires du Portugal et de l'Espagne devaient à bon droit attirer l'attention du cabinet des Tuileries , une question bien plus grave encore venait de prendre de telles proportions, qu'elles auraient pu déjà, comme elles l'ont fait plus tard, en 1840 et en 1854, menacer d'abord et ensuite troubler la longue paix dont avait joui l'Europe. La question d'Orient entrait dans une phase nouvelle , ardente comme l'antagonisme et les luttes qu'elle allait provoquer, vieille comme les grands intérêts qu'elle personnifiait.

Pour bien la comprendre, il fallait l'analyser, la suivre dans ses transformations, dans ses complications diverses, et c'était un utile et intéressant sujet d'étude : l'empire ottoman, placé d'abord en

Page 1