‹ Histoire de mon temps: 1re série, règne de Louis Philippe, Seconde ..., Volume 2</h1> <span class="addmd">By Edouard-Ferdinand de Beaumont-VassyChapitre 8 sur 13 · H V P ONZIÈME · texte numérisé non relu

H V P ONZIÈME

assurance çjuq }p$ Jojfs qrdipaires suffisant encore $ la défensp <}Ç ^ société, §\\ ïpaintien de J'qr4fç publie. » C'étajj; a4rpitemejif pfésçntej* Jçt qqesjtjpn ^ jpip qssejpfylég qui , du reste , pe demandait pas mje^ que d'être conv$jpcue : « Erç sop4a?it ]a profopc|£ur de tqpfes les plajes sociales, djsqit 3 son tour M. SauzeJ, nous ayons trouvé une effroyable anarchie de doctrines, de pensées et 4e croyances; une Jicenpe sans frejn epvajpssqpt ]$ politique , J$s arts, ja littérature ? détipfdant jusques suy nos théâtres et nos places publiques. Nous avops trouvé, jm jndjvifiuajisme désespérant, saps foi dans la société ni (|ans lui-jnêpe , et poussant sqpgi mil je forpes 31J. suicide c[e tous de^x... Le pouvoir, I^lessieprs, les uns l'outragent avec violence, Ips plus indulgents §'en défient ; souvenj les mejllçprs citoyens le laissait péfif . ]Jpe portion (Je Jfi presse a 4^plaré une guerre £ mort à la constitution du pays. Cette guerre , elle la poursuit ^ outrance , depuis cinq ans, et tant qu'il lui sera donpé de ls continuer avec cette audace , ce se|*ajt une déception jnanifeste que d'espérer le repo§ public. » Incontestables vérités, dont l'époncé repqrtaif inyqjpnj^irenjeut respri^yers ces juttes cjui, cinq aps auparavant , avaienf inspiré jes mêmes parqjgs ^ M. de Çhantelauzê , et soulevé 4es or§ge§ papg- J)Jes de Renverser toute ime c|ypastie.

Les défenseurs de cette loi sur }a presse qui,

comme étant la pins draconienne fut aussi la plus discutée, se montrèrent nombreux et convaincus dans les deux chambres ; mais aussi de brillants esprits, de grandes renommées se complurent à faire retentir les deux tribunes de leurs attaques , de leurs sarcasmes contre ce gouvernement réduit à se défendre avec les armes tombées des mains de celui qui l'avait précédé. M. Royer-Collard avait à la chambre des députés vivement attaqué les lois judiciaires : « Comme vous , Messieurs, dit M. de Lamartine , à propos de la loi sur la presse périodique, comme vous, comme ces ministres de la religion qui ont reconnu le doigt de Dieu dans la conservation du chef de l'État, j'ai remercié la Providence d'avoir préservé le pays dans un homme. Comme vous aussi, après le premier saisissement d'horreur, j'ai regardé autour de moi, je me suis demandé quels étaient ces épouvantables symptômes, d'où venait le mal, où était le remède ? l'étais loin de m'attendre à cette loi de mort , à cette loi de martyre contre la presse , à cette loi qui restera dans les annales des aberrations, des ingratitudes humaines. H y a peu de jours , vos ennemis les plus implacables vous accusaient de ces projets meurtriers, et je vous défendais de cette pensée comme d'une insulte à votre intelligence et à votre conscience politique. A la lecture de votre rapport, je me suis tu ; un tel pro-

jet de loi dépasse les espérances même de vos ennemis! » M. de Lamartine se retrouvait là tout entier, généreux, harmonieux, mais utopiste. Enfant de la presse, il défendait éloquemment sa mère; homme politique , il aurait dû reconnaître les incurables défauts de cette mère chérie , se voiler la face et garder le silence. Mais , il faut bien le dire, il y a de ces mirages qui attirent tous les nobles esprits , qui séduisent tout d'abord les intelligences d'élite ; et bien heureux , lorsqu'à ces premières illusions , succède une appréciation plus sérieuse , plus calme, plus sensée. A la chambre des Députés, M. de Lamartine avait élevé la voix pour repousser le projet gouvernemental ; à la chambre des Pairs , MM. de Montalembert et Villemain attaquèrent également le rapport sur la loi relative à la presse présenté, avec une grande netteté, par M. de Barante. C'était, si nous ne nous trompons, la première fois que M. de Montalembert faisait entendre cette parole brillante, destinée à de si grands succès , et qui en a fait un des maîtres de la tribune. La discussion fut beaucoup plus courte, du reste , à la chambre des Pairs qu'à celle des Députés. Deux séances suffirent à la pairie , pour examiner et approuver l'ensemble des projets présentés par le gouvernement. Elle comptait, en effet, dans ses rangs, un grand nombre d'hommes Wanchis sous le harnais politique et plus épris d'une

réajjté sévère peut -êf re, p^js pratique , gQjjvçrnenatale, que (Jes plus attrayantes ufppiçs. Une 3Utre tâche , npn mpi$§ gfave , pliait lui ii}con^££, d'ailleurs. Convoque de jip$ye$ju erç cour §e justice , c'était à ejle qu'qppprfgjiaij le 4 ev RJF c[e j^ger Jes soeurs de l'^ttpnt^ , dout les lpjs répf e^sjyes 4e septembre ji'étqiept que }fi cppg|équ€î|ice jmm^- 4iafe.

lia prendre audience cje lq cpijf $çs pairs eijf }ieu le 3Q janyier 183(6 , e\ les accusés se inp^rèrepf tçls qi^e les ^f^rpgatoires le§ ayaiept ç|gjà fajt connaître : Fiéscjii, |iji spadassin {anfaroRJ Morey, un v}eux j^cobip , epnçpii des rois ; Pépin , qui , parvenu à s'enfuir 4c Paris , avait été sfërèty dans une retraite isolée à tyJag^y 2 \\$ type fréquent alors dans les f^boijrgs 4c Paris, de petif marchand, a4versaire du pouvoir et jalpux des Sïfpériorités sociales, fimide £ l'excès, ce dgfjner, après syoir eu, 4w:ant le procès, ^pe atyjjude d'une incroyable faiblesse, reprit, lorsque son sort fui irrévocablement fixé , lç calme, l'assurance , la 4igni);é qui liii ay^çiit 4'abord fait cpmp}éteinejit 4éfaut. En somme 9 % les débats 4 e C Ç procès furepf trop spjennels. Qn foijrnit , en quelque sorte , jjji pié4estal ^u jjnsérable assassin qui , $ la solde 4?| premier venu , n'avait mènjp pas sii donner à spf} criiy 1$ grandeur $wie cpuvicfion sévère. Qn pa^J §e complaira à sçs cjjscpifrs prétenJiejix , ^

ses sanglants lazzis? à Bon attitude ébontéè. Si on espérait des aveux , ils furent payés trop cher, et la dignité des juges soumit agrtaineinent des libertés trop grandes, trop prolongées qvj^ l'an permit à l'aceusé. Une triste jeune fille, borgne et inala<jiye, Nina-Lassave , dont nous ne mentionnous le 4 nom que parce qu'il se lie étroitement à celui de Fiesehi, devint elle -même l'objet indigne de la curiosité , de la sollicitude des salons. Quant à Boireau, affilié à la société des Droits de l'homme , la prévention qui s'élevait contre lui, n'était qu'une participation morale au complot qu'il avait connu. Bescher, le cinquième accusé, n'était coupable que d'avoir, sur la demande de Morey , prêté son passeport à Fieschi. L'accusation, en ce qui le touchait , fut abandonnée par le procureur général , M. Martin (du Nord) qui n'insista fortement .que pour la condamnation de Fieschi , Morey et Pépin. Le premier eut pour défenseurs MM. Patorni, Parquin et Chaix- d'Est- Ange. Le second , M. Dupont. Pépin fut défendu par MM. Philippe Dupin et Marie. Le 15 février 1836, la cour des Pairs condamnait ces trois hommes à la peine de mort et Boireau à vingt années de détention. Le 19, un échafaud se dressait à la barrière Saint-Jacques, et, par une matinée brumeuse , le triple sacrifice s'accomplissait devant une foule vivement impressionnée.

Fieschi, Morey, Pépin lui-même, montrèrent du courage dans ces suprêmes instants. Le parti républicain vouhtf faire du vieux clubiste Morey, un type particulier d'énergie jacobine, digne de toute l'admiration des sectaires. Il eut tort d'aller chercher là ses modèles. Ces trois noms sont demeurés comme une trinité du crime politique le moins excusable, dans le souvenir des masses parisiennes.

La session de 1836 se ressentit naturellement de la secousse imprimée à l'opinion par l'effrayant attentat auquel Louis- Philippe et ses fils avaient si miraculeusement échappé. Mais si d'un côté les conservateurs se pressaient davantage autour du trône cruellement menacé, si l'homogénéité rendait leurs rangs plus compactes, le tiers-parti éprouvait comme un besoin de se faire pardonner le concours qu'il avait accordé au gouvernement lors du vote sur les mesures répressives de septembre, et n'aurait pas mieux demandé que de reconquérir de la popularité et des applaudissements en ourdissant contre le ministère quelque ténébreux complot, et en le frappant dans la frac

tion doctrinaire de ses membres. M. Thiers était fort entouré alors, et c'était tout simple. Son talent avait prodigieusement grandi au milieu des circonstances difficiles que l'on venait de traverser, et sa personnalité avait pris une importance tout à fait en rapport avec ce talent désormais incontesté, même par les hommes politiques les plus hostiles, les plus frondeurs. L'opposition sourde qui agitait les bancs du tiers-parti avait parfaitement compris de quelle importance il pouvait être pour elle de s'appuyer sur un personnage de cette valeur ; elle s' efforça donc de le circonvenir habilement de telle sorte que si , dans le courant de la session , le ministère éprouvait quelque échec, M. Thiers, l'homme naturellement désigné pour gouverner la situation, se trouvât être aussi le candidat de son choix. • Cette stratégie parlementaire fut couronnée d'un assez prompt succès : M. Humann, ministre des finances, fort lié jadis avec M. de Villèle, avait partagé ses idées sur la conversion des rentes et la réduction des intérêts de la dette publique. Le 14 janvier, il était monté à la tribune pour faire entendre à la Chambre l'exposé des motifs qui précédait la présentation du budget, et on prêtait assez d'attention à cet exposé, lorsque tout à coup les paroles suivantes attirèrent à un haut degré l'attention de l'assemblée : « la réduction de la rente de 5 pour 100 touche à des questions de droit et de

fait; je m'expliquerai sur les unes et les autres. Le droit est sorti victorieux de là discussion ^tli s'est engagée sur ce sujet en 1824 : il est demeuré Constant que nos Ibis l'autorisent, qu'elles n'admettent jsoint que le créancier puisse Contraindre SôU débiteur à demeurer sous le £oids d'uh engagement sans terme; la question d'équité nfe présente j&fe plus d'incertitude que la question db drdit. L'intérêt auquel le trésbr peut obtenir les sommes nécessaires à son service est-il encore de $ pour 10(1? Non certes. Vous pressentez, messieurs, à quel point la réduction de l'intérêt de la dette accroîtrait nos ressources ; l'ébonomie qui, en serait le fruit assurerait 'l'équilibre de nos finances et nous permettrait de fonder % pour les entreprises d'Utilité générale, un système d'encouragemerit qUi donnerait une nouvelle et puissante impulsion adx progrès de la richesse. Les résultats économiques du projet sont palpables ; aussi ne lui 6{)pose~t-on qùfe des considérations d'une autre nature fyui doivent être appréciées sans doute mais auxquelles il ne faudrait pas subordonner entièrement les intérêts généraux du pays. Les conditions de l'opération décideraient d'ailleurs de l'impression des esprits, et comment celle-ci pourait-elle être fâcheuse si l'on procédait avec les ménagements que l'équité et la bienveillance réclament; si l'État offrait aux rentiers tous les avantages compatibles avbc le bîit

qu'il s'agit d'atteindre ?» La plus vive surprise se manifeste aussitôt dans l'assemblée. Le duc de Broglie, furieux de ce que M. Humann n'avait point consulté le conseil avant de faire une déclaration semblable j témoigne $ par sa pantomime animée, soh étonnement et sa colère. Enfin un député, M. Augustin Giraud, déclare qu'il se proposé d'interpeller les ministres dans la séance du 18 janvier j et la Chambre se sépare très -agitée.

M. Humann avait mal agi à l'égard de ses collègues. Il est certain qu'une question de cette importance, uûe question qui intéressait précisément et à un si haut degré la petite bourgeoisie parisienne, ne devait pas être jetée à l'improviste dans l'arène parlementaire. C'était une imprudence suprême ou une mauvaise action. MM. de Broglie, Guizot, Duchâtel se plaignirent vivement au roi , fort mécontent lui-mêipe de la conduite de son ministre. Il fut aussitôt décidé que M. Humann serait sacrifié , et le 18 janvier, jour choisi précisément pour les interpellations annoncées, le Moniteur annonçait la nomination de M. d'Argout comme ministre des finances. C'était de là part de M. d'Argout un acte de pur dévouement , car il savait le ministère fortement ébranlé. Il n'accepta du reste qu'à la condition formelle de se réserver le gouvernement de la banque, position à laquelle il tenait et avec raison. Les interpellations n'en eurent pas moins lieu;

il y eut un certain embarras dans la réponse de M. Humann à M. Augustin Giraud , et le duc de Broglie ferma en quelque sorte la discussion par un mot resté célèbre dans la chronique parlementaire de ce temps « On demande s'il est dans l'intention du gouvernement de proposer la réduction de la rente? Je réponds : Non. Est-ce clair? »

Tout n'était pas dit pourtant, et l'opposition avait trouvé le point vulnérable du ministère : il déclarait hautement, solennellement qu'il repoussait la mesure; il ne s'agissait donc plus pour le renverser que de la faire voter par la Chambre ; tous les efforts du tiers-parti tendirent désormais vers ce but. Le 4 février, M. Gouin, député d'Indreet-Loire, dont la spécialité financière rendait la parole influente , proclama non-seulement l'avantage mais l'urgence de la réduction de la rente. Il termina en formulant une proposition dans ce sens. M. Passy appuya cette proposition, en faveur de laquelle parlèrent également MM. Humann, Berryer, Sauzet et Dufaure. M. Thiers, qui avait loyalement résolu de défendre jusqu'au bout ce ministère dont la succession (il le comprenait) devait très -probablement lui échoir, développa dans un remarquable discours cette thèse habile que , si le droit du gouvernement à adopter la mesure était incontestable, hors de toute discussion, il était également certain qu'elle froissait un grand nombre

d'intérêts privés, et qu'à ce point de vue son opportunité pouvait facilement être contestée. Ce n'était donc plus pour M. Thiers qu'une question de temps, et de cette façon il ménageait adroitement les deux opinions qui divisaient la Chambre, sauvegardantle présent mais prenant des engagements pour F avenir.

La question de cabinet fut posée de la façon la plus nette, la plus catégorique : ajournerait -on ou prendrait- on immédiatement en considération la proposition de M. Gouin? On alla au scrutin, et cent quatre- vingt quatorze voix contre cent quatrevingt-douze repoussèrent l'ajournement. C'était assurément bien peu que cette majorité de deux voix; mais dans les circonstances particulières où le cabinet se trouvait placé , c'était une grave défaite. Aussi n'essaya-t-il même pas de la dissimuler. Les ministres s'empressèrent donc de déposer leurs portefeuilles entre les mains du. roi.

La victoire étant restée au tiers-parti, c'était évidemment dans ses rangs qu'il fallait aller chercher les ministres nouveaux. Louis -Philippe consulta M. Mole, et l'avis de ce dernier fut qu'on ne pouvait pas se séparer complètement de l'ancienne majorité. Suivant lui, l'élément tiers-parti ne devait entrer que comme appoint dans la nouvelle combinaison ministérielle, et du reste, il récusait l'honneur de participer à la formation du cabinet. Le roi appela successivement à son aide le maréchal h. 25

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Gérard, MM. Dupin, Sauzet et Passy, mais sans parvenir au but qu'il se proposait. M. Thiers, mis en quelque sorte par les journaux de l'opposition au défi de marcher sans le concours des conservateurs ne s'en tenait pas moins tout prêt à proposer au roi la combinaison dans laquelle il serait lui-même président du conseil. Lorsque Louis -Philippe se tourna vers lui, son ministère était donc tout fait, et le Moniteur du 22 février contenait les ordonnances royales qui appelaient M. Thiers à la présidence du conseil avec le portefeuille des affaires étrangères, M. Sauzet à la justice, le comte de Montalivet à l'intérieur, M. Passy au ministère du commerce et des travaux publics, l'amiral Duperré à la marine , et le baron Pelet de la Lozère à l'instruction publique. MM. le maréchal Maison et le comte d'Argout conservaient les portefeuilles de la guerre et des*finances.

Ainsi fut formé le ministère du 22 février , et à peine était-il constitué qu'une question extérieure venait, en se produisant, le soumettre à une épreuve difficile; cette difficulté, c'était l'occupation de la ville de Cracovie par les Autrichiens, les Prussiens et les Russes. M. le duc de Broglie avait été informé au commencement du mois de février des intentions de ces trois puissances relativement à la vieille cité polonaise que les traités de Vienne avaient déclarée à jamais indépendante et neutre. Mais Tébran-

lement du ministère ne lui avait pas permis de suivre lui-même cette intéressante question, et d'ailleurs les alliés n'avaient pas attendu, pour mettre leurs troupes en mouvement, que le cabinet français eût pris un parti. L'occupation avait eu lieu le 9 février. Nous dirons tout à l'heure dans quelles circonstances.

Un fait qui avait précédé de fort peu de temps l'occupation de Cracovie et qui avait eu un grand retentissement en France, c'était l'allocution adressée par l'empereur Nicolas à la municipalité de Varsovie lors du voyage qu'il fit pour inspecter les travaux de la citadelle destinée à commander cette place. Évidemment le tsar avait voulu en forcer te ton et les expressions parce que ce n'était pas seulement à la municipalité polonaise qu'il parlait, mais bien à l'Europe entière : «Je sais, messieurs, avait-il dit, que vous avez voulu me parler; je connais même le contenu de votre discours, et c'est pour vous épargner un mensonge , que je désire qu'il ne soit pas prononcé. Oui , Messieurs, un mensonge, car je sais que vos sentiments ne sont pas tels que vous voulez me le faire croire. Et comment pourrais -je y ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce même langage la veille de la révolution? L'empereur Alexandre, qui avait fait pour vous plus qu'un empereur de Russie n'aurait dû faire , qui vous a comblés de bienfaits, qui vous a favorisés plus que ses propres

sujets et vous a rendus la nation la plus florissante et la plus heureuse , l'empereur Alexandre a été

payé de la plus noire ingratitude Je vous dis

ici la vérité pour éclairer notre position mutuelle et pour que vous sachiez bien à quoi vous en tenir, car je vous vois et vous parle pour la première foi§ depuis les troubles. Si vous vous obstinez à conserver vos rêves de nationalité distincte , de Pologne indépendante, vous ne pouvez qu'attirer sur vous de grands malheurs. J'ai fait élever ici une cita- . délie, et je vous déclare qu'à la moindre émeute je ferai foudroyer la ville, je détruirai Varsovie, et certes, ce n'est pas moi qui la rebâtirai ! Il est bien pénible à un souverain de parler ainsi à ses sujets,

mais je vous le dis pour votre propre bien Je

sais qu'il y a des correspondances avec l'étranger, qu'on envoie ici de mauvais écrits et qu'on tâche de pervertir les esprits ; mais la meilleure police du monde, avec une frontière comme vous en avez f une , ne peut empêcher les relations clandestines. C'est à vous-mêmes à faire la police , à écarter le mal . . , . Et au milieu de ces troubles qui agitent l'Europe et de toutes ces doctrines qui ébranlent l'édifice social , il n'y a que la Russie qui reste forte et intacte. Croyez-moi , messieurs, c'est un vrai bonheur d'appartenir à ce pays et de jouir de sa protection. Si vous vous conduisez bien, si vous remplissez tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle

s'étendra sur vous tous , et malgré tout ce qui s'est passé, mon gouvernement pensera toujours à votre bien-être . Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit. »

Si cette curieuse et sévère remontrance, dont le retentissement fut grand, prouvait que quelques symptômes d'agitation sinon de rébellion s'étaient produits en Pologne, elle indiquait aussi la secrète et immuable pensée du tsar. Le système gouvernemental qui régissait ses nombreuses possessions n'était pas le meilleur de tous à ses yeux, uniquement parce qu'il l'appliquait ,et en profitait, mais parce que, dans son esprit , c'était le seul qui fût applicable à un vaste et puissant État, le seul dont la Russie pût profiter elle-même pour sa grandeur et sa gloire. Ce serait singulièrement méconnaître le caractère historique de l'empereur Nicolas I er que de le juger étroit et mesquin au point de tout sacrifier à un intérêt purement personnel ou dynastique, et cette erreur, qui serait grossière, n'est pas possible lorsqu'on a étudié ce caractère avec quelque suite. Les convictions du tsar Nicolas sont discutables comme toutes les opinions humaines, mais elles étaient sincères et profondes.

Ces agitations sourdes auxquelles l'empereur de Russie avait fait allusion dans ses discours, les trois puissances protectrices de la neutralité de la ville de Cracovie, aux termes de l'acte du congrès de Vienne , avaient cru en reconnaître la trace dans

des cris et des scènes tumultueuses provoquées par la célébration de la fête du tsar. Les agents diplomatiques des trois cours adressèrent aussitôt au sénat de Cracovie sommation d'expulser dans un délai de huit jours tous les réfugiés politiques qui se trouveraient sur le territoire de la république cracovienne, à quelque nation qu'ils appartinssent d'ailleurs. Vainement le président du sénat répondit-il à ces exigences en exposant aux résidents étrangers que beaucoup des réfugiés dont l'expulsion était demandée avaient des établissements importants à Cracovie, et que le délai était trop court pour qu'ils pussent utilement régler leurs affaires ; les puissances furent inflexibles. Afin de hâter la solution de cette question et l'exécution trop lente à leur gré de la mesure sévère qu'elles imposaient au sénat, des ordres furent même donnés par elles pour l'occupation immédiate de la ville et du territoire de Cracovie. Le 17 février 1836 les AutriehienÊ y entraient enseignes déployées; les Russes et les Prussien les imitèrent aussitôt, et l'œuvre du congrès de Vienne fut détruite par la force. C'est malheureusemei^t la destinée trop fréquente c|e$ traités d'être déchirés par les baïonnettes.

Cette difficulté extérieure que M. Thiers trouvait ainsi dans son portefeuille de président du conseil était^elle de celles» qu'on peut aisément tourner? Fallait -*il, au contraire l'aborder de front, parler

haut et tenir aux puissances du Nord ce ferme langage derrière lequel en sent la présence d'une armée? « Ne me faites pas d'affaires, disait toujours Louis-Philippe à ses ministres et à ses diplomates ». Le roi de 1830 comprenait, en effet, à quel point la paix lui était nécessaire. Les trois gouvernements s'y prirent habilement, du reste, pour faire accepter par la France cette violation accidentelle du grand ; pacte européen de 1815. Leurs ambassadeurs à Paris reçurent l'ordre de donner officiellement communication au gouvernement français de la mesure collectivement adoptée par eux, et d'ajouter que cette communication ils ne la faisaient pas au gouvernement anglais, parce que c'était un hommage particulier qu'ils entendaient rendre à la sagesse du cabinet des Tuileries. Ces sortes de flatteries politiques réussissent presque toujours, surtout lorsque le gouvernement auquel on les adresse • trouve son intérêt à paraître convaincu. Louis-Philippe voulait être satisfait. M. Thiers se fit l'organe des intentions royales; mais ces symptômes extérieurs se joignaient à mille autres pour lui faire comprendre que la révolution de juillet était toujours une infranchissable barrière entre les cours de vieille date et le trône de Louis -Philippe, et cependant, il eut un moment la pensée d'unir aux souverainetés légitimes la jeune dynastie dont il était assurément alors un des plus habiles servi-

teurs. Le moyen le plus naturel qui se présentât à lui pour atteindre ce but ardemment souhaité par le roi, c'était le mariage de M. le duc d'Orléans avec une princesse appartenant à l'une des grandes cours d'Allemagne. Toutefois sur ce difficile terrain il fallait s'avancer avec une extrême prudence. Le prince royal avait jeté les yeux sur une archiduchesse d'Autriche; mais n'était-ce pas un peu téméraire? Il fut décidé que le duc d'Orléans, accompagné de son frère le duc de Nemours, ferait un voyage en Allemagne. On pressentit sur ce projet les cours de Berlin et de Vienne , et on obtint leur assentiment. Les princes français devaient d'abord se rendre en Prusse. Le roi Frédéric-Guillaume III, qui avait beaucoup contribué à la solution pacifique de la question belge semblait en effet, depuis, lors, adopter un système hautement avoué de conciliation et chercher à dissiper les préventions que les cours de Saint-Pétersbourg et de Vienne nourrissaient contre les hommes et les choses de la France de 1830. Lui-même, dès que la trace des premières perturbations produites en Europe par la révolution de juillet fut entièrement disparue , on le vit prendre à l'égard du gouvernement français une attitude remarquablement bienveillante. Le voyage des princes à Berlin était une occasion très- favorable pour témoigner de ces bonnes dispositions ; Frédéric-Guillaume la saisit avec empres-

sèment. Laissant de côté les froides règles de l'étiquette, il accueillit, ainsi que les princes de sa maison, les fils de Louis-Philippe d'une façon aussi empressée que significative. Il y avait là bien évidemment dessein prémédité de prouver à l'Europe les bonnes intentions du cabinet prussien envers la France et son gouvernement. On sait, du reste, que ce voyage des princes français en Allemagne ne* précéda que d'une année le mariage du duc d'Orléans avec la duchesse Hélène de Meckleinbourg- Schwerin, et que Frédéric-Guillaume III, qui avait dit, en parlant du duc d'Orléans et peut-être en faisant allusion aux instincts militaires qu'il lui supposait : « Il faut marier ce jeune homme de bonne heure » , agit lui-même ouvertement à cette époque auprès de la famille de Mecklembourg.

Ajoutons, sans anticiper sur les faits, que M. le duc d'Orléans , tout en obtenant à Vienne des succès de salon que sa tournure élégante , son excellente éducation et la distinction de ses manières pouvaient lui promettre , ne vit pas se réaliser l'espérance qu'il avait conçue. Il avait remarqué l'archiduchesse Thérèse 1 , et si les unions princièresétaient soumises aux mêmes lois que les mariages entre particuliers, il est probable que celui-là se fût accompli. Mais il fallait avant tout consulter la poli-

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