Fille de l'archiduc Charles
tique. M. Thiers dut adresser a l'ambassadeur français, M. de Saint- Aulaire, une lettre destinée à être communiquée au prince de Metternich, sans que le caractère de cette communication engageât par trop , en cas de refus , la dignité du roi des Français. M. de Metternich , tout en accueillant cette ouverture avec la plus grande convenance , en référa à la famille impériale elle-même, que les exigences politiques circonvenaient de toutes parts. Deux barrières s'élevaient entre la princesse et le duc d'Orléans : l'origine de la souveraineté de Louis-Philippe ; le jugement sévèrg porté sur le prince royal par la diplomatie allemande qui le supposait à la tête d'un parti militaire en France, et instinctivement attiré vers un système de propagande armée. La négociation, volontairement traînée en longueur par la cour d'Autriche, n'aboutit pas, et le duc d'Orléans quitta Vienne en dissimulant habilement une rancune profonde. La Providence n'avait pas voulu qu'une princesse de la maison d'Autriche fût encore une fois victime de nos déplorables dissensions.
Quatre mois s'étaient à peine écoulés depuis l'attentat de Fieschi contre la personne royale, qu'une nouvelle tentative d'assassinat venait jeter le deuil et le doute dans les hautes régions du pouvoir. Le 25 juin , la voiture du roi sortait vers six heures du soir du guichet des Tuileries du côté du Pont Royal, lorsqu'un homme, placé au centre des curieux Rapidement groupés sur ce point pour entrevoir la personne de Louis -Philippe, profitant d'un mouvement fait par le prince pour se pencher à la portière et saluer la foule , dirigea vers lui une canne-fusil, comme l'armurier Devisme en fabri-^ quait alors. Le roi se retirant brusquement ne fut pas atteint, mais le coup porta dans la voiture, où la bourre de l'arme fut retrouvée, et l'attentat ne put pas être révoqué en doute , de même que celui du Pont-Royal. L'assassin, immédiatement arrêté, ne niait rien , d'ailleurs ; il se vantait au contraire de l'acte auquel il venait de se livrer, et faisait parade des sentiments républicains qui le lui avaient inspiré. «C'est le roi, disait- il, qui est l'auteur de mon crime ; c'est lui qui a fait de moi un assassin ; c'est à lui que ma famille devra imputer le
malheur qui la frappe. » Ce jeune fanatique, nommé Alibaud , était venu de Perpignan pour exécuter son dessein. A bout de ressources, après quelques mois de séjour, à Paris, et ne possédant même pas une arme , il avait imaginé de se présenter à l'armurier Devisme en qualité de commis voyageur, et c'est de la sorte qu'il était parvenu à se procurer la canne-fusil dont il venait de se servir contre Louis-Philippe. Ses opinions, il n'en faisait pas mystère, et cette fois encore, le parti républicain se vit compromis par un assassin appartenant à sa nuance politique. Toutefois, Alibaud était sans complices. Seul il avait médité sontsrime, seul il l'avait accompli. On a même affirmé qu'ayant hasardé quelques demi -confidences auprès de plusieurs des chefs de l'opinion républicaine à Paris, il avait été pris pour un espion, et prudemment éconduit.
La chambre des Pairs , convoquée de nouveau en cour de justice, rendit, le 9 juillet, après deux jours de débats , un arrêt qui condamnait Alibaud à la peine des parricides. On ne pouvait se faire d'illusion sur ses intentions politiques ; il les proclamait hautement. « Depuis que Louis -Philippe a mis Paris en état de siège, qu'il a voulu gouverner au lieu de régner; depuis qu'il a fait massacrer les citoyens dans les rues de Lyon et au cloître Saint-Méry, son règne est pour moi un règne in-
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fâme ; j'ai voulu le tuer; j'avais à son égard le droit dont usa Brutus contre Césa<r. » Phraséologie républicaine dans laquelle on ne pouvait trouver de curieux que ce rapprochement d'idées entre les deux fractions de l'opposition plus ou moins avancée se réunissant dans une haine , dans une jalousie communes contre les tendances, si naturelles pourtant de Louis- Philippe à gouverner tout en régnant.
Alibaud mourut courageusement en criant «Vive la liberté !» et , dans le peuple , vivement frappé de ces attentats qui se multipliaient contre la personne du roi se répandit alors la conviction qu'une association républicaine s'était formée pour venger, en immolant l'élu de 1830, les mânes des victimes de juin et d'avril. On prétendait que c'était désormais par ordre alphabétique que les assassins allaient se succéder, et qu' Alibaud n'avait dû d'être le premier qu'à la première lettre de son nom; légende populaire dont aucun renseignement historique sérieux n'est venu, depuis 1848, constater la réalité.
L'émotion et la curiosité publiques avaient rencontré un aliment dans les débats du procès d'Alibaud ; un incident d'une autre nature, mais auquel le parti du National chercha naturellement à donner les plus importantes proportions, se produisit environ un mois après l'exécution du régicide. Cet
incident, qui eut à Paris, sinon dans les provinces, un très -grand retentissement, ce fut la mort d'Armand Carrel.
Armand Carrel , nous avons eu déjà occasion de le dire, c'était l'homme politique du parti républicain, mais ce n'était pas le chef de ce parti , ou du moins son autorité n'était pas généralement reconnue des fractions qui le composaient, précisément à cause de ces tendances politiques que n'admettaient pas les démagogues socialistes. Son caractère fortement trempé, la supériorité de son intelligence, les études auxquelles il s'était livré, tout, jusqu'à sa loyale rudesse, n'en faisait pas moins la pei*sonnalité la plus considérable du parti qui conservait encore assez d'illusioùs pour croire applicable à notre pays une formule gouvernementale, dont le moindre inconvénient est que l'autorité y appartenant à tous, depuis le chef de l'État jusqu'aux assemblées et aux simples citoyens, individuellement et collectivement, il en résulte que la violence seule peut, le plus souvent, la faire exercer par les dépositaires légaux du pouvoir. On ne transforme pas ainsi à sa volonté et suivant les caprices de sa pensée les habitudes invétérées, le tempérament politique d'un grand peuple qui , disons-le en passant et si on veut à la honte de l'humanité, n'apparut jamais plus grand dans l'histoire du monde que dirigé par un sceptre despotique .
Ce fut une querelle de journal qui amena la mort d'Armand Çarrel : M. Emile" de Girardin avait abaissé, le prix d'abonnement de la feuille qu'il dirigeait, de façon à étendre prodigieusement la publicité de la Presse, sauf à regagner sur le prix des annonces industrielles, ce qu'il perdait ainsi sur le revenu direct du journal; calcul habile, qui créait une formidable concurrence aux autres organes de la publicité et était de nature à soulever d'ardentes polémiques. Ce qui eut lieu, en effet ; le journal le Bon-Sens ayant, dans un feuilleton, attaqué vivement le système de M. de Girardin , système qu'il qualifiait d'immoral, le rédacteur en chef de la Presse intenta au Bon-Sens un procès en diffamation , et Armand Carrel se mêlant tout à coup à ce débat qui eût pu lui demeurer parfaitement étranger, fit paraître dans le National un article, où d'un ton assez hautain, il reprochait à M. E. de Girardin de provoquer ainsi une première application des lois de septembre contre une feuille qui, après tout, avait bien le droit de trouver et de dire que son système péchait par plus d'un côté. M. de Girardin répondit dans son journal avec une irritation mal contenue, et Armand Carrel allant aussitôt le trouver, lui demanda la rétractation de plusieurs insinuations contenues dans l'article, exigence à laquelle M. de Girardin ne voulut pas céder dans les conditions où on la posait. Vainement des
amis communs intervinrent ; une rencontre parut inévitable. Elle eut lieu le 22 juillet, dans le bois de Vincennes. Les adversaires avaient choisi le pistolet; ils tirèrent presque en même temps et tous deux tombèrent, l'un, M. de Girardin, blessé à la jambe , l'autre mortellement frappé. Quelques heures plus tard, Armand Carrel transporté à Saint- Mandé, chez un de ses amis, y succombait après une douloureuse agonie ; nouvelle victime des passions politiques qui en ont fait un si grand nombre, hélas! pendant toute cette première partie de notre siècle.
Nous avons dit que la sensation produite par ce déplorable incident avait été vive, surtout à Paris, au centre même de l'action des journaux et des idées républicaines. Dans les départements, cette émotion fut nulle, et la curiosité provoquée par ce drame rapide une fois assouvie, il n'en resta plus de trace. C'est qu'en effet, à part quelques individualités très-isolées, les théories républicaines du National n'avaient pas de représentants dans le pays. Les grandes villes fournissaient seules leur contingent fort restreint , d'ailleurs , de jeunes hommes à l'idée républicaine. Les campagnes ne songeaient qu'à leurs intérêts matériels, à ces intérêts que le désordre et les révolutions eussent nécessairement compromis. Il ne faut pas perdre de vue cette situation des esprits, qui fut celle de
tdut le règne jusqu'aux troubles produits en 1847 par la cherté des grains dans les départements du centre, voués aux théories socialistes, car autrement il serait difficile de comprendre la réaction antirépublicaine qui suivit presque immédiatement le triomphe inouï de l'émeute de 1848.
Le ministère que présidait M. Thiers, était alors particulièrement préoccupé d'une question extétérieure vers laquelle son attention un moment détournée par cette mort d'un des plus populaires ennemis du gouvernement, ne manqua pas de se reporter vivement : la Suisse était devenue depuis quelque temps le point de réunion de tous les réfugiés politiques de l'Europe. Français, Polonais, Allemands, Italiens, s'y étaient pour ainsi dire donné rendez-vous, et cette réunion de mécontents dans une contrée limitrophe, où les principes révolutionnaires avaient fait explosion depuis 1830 en portant une profonde atteinte aux vieilles mœurs de la Suisse , cette réunion, disons -nous, l'Autriche, le Piémont, les petits États allemands ne la voyaient pas sans terreur.
Déjà la diète germanique avait adressé à la diète helvétique, un avertissement dans lequel on remarquait ce passage : « La confédération germanique est chargée et obligée de veiller à la conservation de la tranquillité et de la sûreté publique dans les États allemands; c'est à elle qu'il appartient de h. 26
demander aux États voisins avec lesquels elle entretient des relations amicales* qu'il tie se forme pas stfr leur territoire un foyer permanent de donspiration inspirant aux nations voisines des craintes trop fondées, et les mettant dans la nécessité de se tenir tous les jours prêtes à se défendre ôontrë l'attaque inopinée d'hommes qui ne cachent pas leurs intentions de répandre partout la révolte et l'anarchie. La confédération germanique , pleine de confiance dans les lumières et les sentiments d'amitié et de bon voisinage de la trèg-honorable confédération suisse, ne doute pas qu'elle n'emploie tous les moyens qui sont en son pouvoir pour empêcher le mal que les États voisins de l'Allemagne ont à craindre des intrigues des réfugiés qui on pénétré en Suisse* et pour dispenser la confédération germanique des mesures qu'elle se verrait, dans le cas contraire, forcée de prendre pour sa sûreté. »
Le vorort; c'est-à*dire le grand centre gouvernemental où siège la diète, appartient alternatives ment aux trois cantons de Berne, Zurich et Luceîne. C'était Zurich qui le possédait alors, et l'esprit de tsette ville passait avec raison pour conservateur* Plus tard, lorsque ce fut Berne qui devint canton directeur, M. de Bombelles, ministre d'Autriche, effrayé de l'attitude du parti démocratique * écrivait à son tour i « Le soussigné a reçu, à l'occasion du ehan~
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gement daris la direction des affaires fédérales qui, d'après l'usage, lui a été notifié par lé précédent vorort, Tordre de faire parvenir la communication suivante au vorort actuel chargé de cette direction : plus la cour impériale et royale s'est continuellement efforcée de donner à là confédération des preuves d'une franche bienveillance, tant pour F accomplissement dés obligations dérivant du droit des gens, que pour le maintien des relations de bon voisinage, plus elle a dû trouver déplorables les événements qui$ dans le courant de Vannée écoulée* sont arrivés en Suisse où y Ont été préparés, et qui y sous un double rapport, portent, atteinte au repos des États voisins. Bien loin de vouloir exiger de la Suisse quoi que ce spit d'injuste, les gouvernements des États voisins n'ont fait que Réclamer ce que là Suisse peut nécessairement aussi exiger d'eux par réciprocité^ c'est-à-dire de ne pas voir . leur repos troublé du oôté de la confédération helvétique. Si la Suisse a droit de prétendre que l'étranger ne s'immisoe en aucune manière dans ses affaires intérieures, les autres gouvernements ont aussi le même droit d'exiger d'elle, que sur le territoire helvétique on ne s'occupe pas des affaires intérieures des pays étrangers. Qu'ainsi elle ne tolère pas sur son sol des manifestations qui se font jour, n'importe de quelle afl ■te, de la part des réfugiés étrangers qui se Trouvent actuellement en
Suisse, manifestations qui, se bornant d'abord à des dispositions hostiles et à des actions dérisoires et offensantes pour leurs princes et leurs gouvernements , peuvent, suivant l'occasion et les circonstances, être accompagnées d'agressions matérielles, comme effectivement cela a déjà eu lieu. Bien loin donc que les États voisins, ainsi que des malveillants se plaisent à en répandre le brait en Suisse, portent atteinte à l'honneur de la confédération, troublent et tourmentent la Suisse pour y faire naître de l'agitation, tout ce qu'ils demandent se borne à ce que, du côté de la Suisse, ils ne soient ni troublés, ni offensés, ni inquiétés ; que par conséquent la Suisse ne souffre pas chez elle tout ce qui, par des manifestations publiques, par des projets ou des actes, est dirigé d'une manière hostile contre les États voisins... En réclamant duvorort actuel une confirmation précise et catégorique de la déclaration solennelle donnée par la dernière diète, la cour impériale et royale est persuadée qu'une semblable confirmation sera également exigée dé la Suisse par les autres États. Dans tous les cas, la déclaration demandée sera la continuation des anciennes relations de bon voisinage ou la mesure des changements que les États voisins se verront à regret obligés d'açporter à ces relations. »
Ce langage significatif^wait pas suffi pour faire adopter par le gouvernement helvétique, les me-
sures sérieuses que réclamait la juste susceptibilité des États limitrophes. Les conciliabules de réfugiés de toutes nations se multiplaient dans les cantons, et l'association dite de la Jeune-Europe, y faisait fonctionner activement les rouages d'une organisation démagogique des plus puissantes.
La France prit la parole à son tour. Après avoir été représentée en Suisse par M. de Rumigny, elle l'était alors par M. de Montebello.'Le directoire fédéral de Berne ayant adressé à ce dernier une note par laquelle, déclarant d'abord que la confédération était résolue à expulser de son territoire tous les réfugiés se trouvant dans les catégories indiquées, il invoquait l'assistance d'une des puissances limitrophes, et réclamait du -gouvernement français l'engagement de recevoir les réfugiés politiques que le directoire fédéral ferait conduire sur la frontière de France ; le duc de Montebello répondit que son gouvernement voyait avec plaisir une demande aussi utile à la tranquillité intérieure de la Suisse, que conforme à l'intérêt bien entendu de ses rapports de droit international , et qu'il consentait à accorder aux réfugiés dont l'expulsion aurait lieu, les moyens pécuniaires propres à subvenir à leur subsistance pendant un certain temps à partir du jour de leur embarquement dans un des ports du royaume. Il ajoutait, après avoir parlé du passé et des griefs que l'Allemagne et la Savoie
pouvaient conserver contre le directoire fédéral t « Mais la FranGê elle-même n'est-elle pas éminemment intéressée dans cette importante question de droit international, lorsqu'il est avéré que les réfugiés en Suisse sont en rapport avec les anarchistes français; lorsque leurs indiscrétions attestent si évidemment la connaissance qu'ils ont des abominables projets des régicides} lorsque enfin il est démontré que'leurè desseins se lient tout au moins d'intention et d'espérance aux crimes récemment tentés en France? Il est clair qu'un pareil état de choses ne saurait plus se prolonger, tant pour la Suiss^ elle-même que pour les autres puissances. Nul doute encore que si les étrangers dont les traînes révolutionnaires tendent à le perpétuer n'étaient pas éloignés du sol helvétique, les gouivernements menacés par leurs coupables desseins ne ce vissent dans la nécessité de prendre des mesures dictées par le sentiment impérieux de leur propre sécurité, et que dès lors la confédération n'ait le plus grand intérêt à prévenir ces inévitables déterminations, a
Ce ferme langage irrita au plus haut degré la portion démagogique de la diète helvétique ; des rassemblements nombreux eurent lieu sur plusieurs points de la Suisse. On y discuta avec chaleur Ja question de la résistance aux prétentions françaises. La plus célèbre de ces orageuses réunions se tint
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près de Zurich, Vingfacinq mille confédérés s'étaient rassemblés sur l'emplacement du tir fédéral, et les discours les plus belliqueux y furent accueillis par les applaudissements d'un frénétique enthousiasme» De son côté, M» Thiers, décidé à agir vigoureuse* ment dans une question où la dignité du pays ne lui semblait pas moins engagée que sa sécurité, faisait savoir à M. de Montebello que si, après tout, les décisions de la diète n'étaient point conformes au désir manifesté dans la note adressée au vorort, le gouvernement français n'hésiterait pas à bloquer immédiatement et tpès**étroitement le territoire de la confédération, sauf à voir ultérieurement quelles autres mesures de rigueur devraient être adoptées vis-àr-vis d'un État dont l'esprit public devenait si dangereux pour tous les États voisins.
La diète vota le projet de conolusum qui lui fut présenté par une commission spéoiale, le 9 août 1836. Ce projet, tout en imposant aux cantons l'obligation d'expulser les réfugiés dont les actes compromettants seraient avérés, établissait que lorsqu'un conflit s'élèverait sur ce point entre le directoire et un canton, ce serait la décision du directoire qui l'emporterait, de telle sorte, que si le canton n'obéissait pas, la diète ferait exécuter à ses frais la mesure ordonnée par le directoire fédéral. Mais, en même temps, une réponse était faite à la note de M. de Montebello, et certains
passages de cette réponse devaient nécessairement exciter les susceptibilités du gouvernement français. « Si la Suisse, disait-on, réprime les étrangers dont les intentions criminelles se sont trahies par des actes appréciables, elle ne saurait faire de même à l'égard de ceux dont on soupçonne simplement que les desseins «se lient tout au moins d'intention et d'espérance à des crimes tentés en France. » La Suisse, en vertu du conclusum de la diète du 23 août, prend des mesures contre les étrangers qui se sont rendus coupables par des faits constatés ; mais sa police ne descendra jamais dans les consciences pour y surprendre des intentions, et les tribunaux ne puniront jamais des espérances. L'office de M. le duc de Montebello ne respecte pas assez les légitimés susceptibilités de la Suisse, lorsqu'il suppose le cas où elle manquerait à ses obligations internationales. La confédération a montré par des faits qu'elle connaît ses devoirs sans qu'on les lui rappelle , et qu'elle les remplit sans qu'on l'en somme. Mais elle connaît de même ses droits, que sa position géographique n'affaiblit point. Aussi ne saurait- elle admettre la prétention que d'autres qu'elle-même s'arrogent le droit de « faire justice des réfugiés qui conspirent en Suisse,» et de- mettre un terme à la tolérance qu'elle exerce. La diète repousserait de la manière la plus énergique une telle violation de la souveraineté fédé-
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raie, forte du droit d'un État souverain et indépendant, ainsi gue de l'appui de la nation entière. » Ce fier langage, dont les expressions semblaient du reste calculées dans le but de faire regagner au directoire un peu de la popularité que lui avait fait perdre le projet de conclusum présenté à l'adoption de la diète, ce langage hautain, disons-nous, devait nécessairement soulever de nouveaux orages, et un incident vint, en se produisant tout à coup, ajouter encore au mécontentement du cabinet des Tuileries : M. de Montebello avait réclamé l'expulsion d'un réfugié nommé Conseil, qui lui était signalé comme ayant participé aux complots de Fieschi et d'Alibaud. Les autres réfugiés prétendirent alors que cet homme ne s'était glissé au milieu d'eux que pour épier leur conduite; ils soutinrent qu'il avait été envoyé par la police de Paris, s'emparèrent des papiers et effets appartenant à Conseil, et le forcèrent à déclarer qu'il avait eu, comme espion, des rapports avec la légation française, laquelle n'aurait alors demandé son expulsion que pour le tirer d'une situation difficile. La diète s' étant mêlée de cette affaire, M. de Montebello fit entendre les plaintes les plus vives : « On arrache, disait-il, ou on feint d'arracher à un aventurier, le poignard sur la gorge, de prétendus aveux. Ceux-là même qui l'ont pris pour instrument, renouvellent entre eux une sorte de tribunal
vehmique; il est livré par cette justice occulte à la justice publique, qui se reoonnatt régulièrement saisie et accepte toute cette série de crimes secrets comme un commencement d'instruction. Une en* quête est ordonnée , nop contre les affiliés d'une association redoutable , mais sur les faits qu'ils créent et qu'ils dénoncent. Le direotoire défère cette enquête sans exemple à la diète , une commission est nommée, et la diète sanctionne par son vote les conclusions du rapport, où les principes du droit des gens sont outrageusement mécon* nus!..»»
Parmi lei questions extérieures , cette question de Suisse Ait une de celle* qui préoccupèrent le plus lé ministère du 22 février ; il n'en vit pas la solution mais elle ne devait pas , du moins, lui être aussi fatale que celle des affaires d'Espagne.
Cet intéressant pays était alors gouverné par M. Mendiaabal, esprit hardi, novateur, franchement révolutionnaire, dont les conceptions le plus souvent téméraires devaient jeter l'Espagne dans les plus dangereuses complications politiques. La progression est toujours la même dans les révolutions de ce genre. Les hommes suivent le courant des ohoses. Après M. Zéa Bermudez, MM. Martine* de la Rosa, de Toréno, et enfin MendisabaK Ge dernier traitant un peu l'Espagne en empirique, lui appliqua des remèdes violents, héroïques, dont
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l'emploi pouvait compromettre son eftistettcte. Les idéêg de M. Mendiaabal étaient le plagiat des principes et des actes des premières assemblées de notre révolution de 1789. Remaniement dans le seps libéral de la loi sur les élections \ sécularisation des ordres monastiques \ vente des bieng du clergé \ rachat des redevances aux communautés religieuses ; création d'un papier-monnaie ; levée de cent mille hqmmes ; tels étaient les expédients de sa politique , et Ton pouvait aipément prévoir de quels troubles serait accompagnée leur application dans un pays catholique et féodal comme ^Espagne.
La reine régente Marie- Christine , caractère virile haute et fèrjne intelligence , naturellement et entièrement dévouée à la cause de la sucoession de Ferdinand YII * était bien loin de sympathiser avec ces idéed révolutionnaires, surtout en ce qui touchait la religion et ses ministres. Les idées de Martine» de la Rose étaient ses idées ; Martinez de la Rosa étant dépassé, elle Tétait aussi. Marie- Christine résista autant qu'elle le put aux exigences dont elle devait bientôt être assaillie ; mais il lui fallut céder et, notamment dans la question de la suppression des couvents, ce ne fat pas quelquefois sans luttes douloureuses , sans violents combats. Sur la pente révolutionnaire, comment aurait-elle pu s'arrêter lorsque tant d'hommes énergiques sont
entraînés eux-mêmes malgré les plus puissants efforts? Non, une telle pente est fatale et, lorsqu'on s'y laisse engager, il est bien difficile de ne la pas suivre jusqu'au bout. Heureux encore si à l'extrémité de cette voie dangereuse on ne rencontre pas un abîme ! Mendizabal , véritable incarnation de la révolution en Espagne, parcourut donc en quelques mois toute l'échelle des réformes , menaçant de déposer son portefeuille à chaque refus que la régente lui opposait, et l'entraînant ainsi avec luimême malgré ses fréquentes résistances. Il avait un mérite à ses yeux, du reste ; il était entièrement dévoué à la monarchie de la jeune Isabelle, et au milieu de toutes ses périlleuses innovations l'idée monarchique ne l'abandonnait pas un seul instant. Pour consolider ce trône et le garantir des dangers intérieurs et extérieurs qui pouvaient le menacer, Mendizabal avait même un plan confidentiellement communiqué par lui à la régente : il aurait voulu marier sur-le-champ la jeune reine, et fermer ainsi la route à toutes les ambitions, à toutes lès compétitions possibles. Son candidat était le duc de Leuchtenberg, ce fils du prince Eugène «de Beauharnais qui plus tard allait s'allier à la famille des Romanoff en épousant la fille de l'empereur Nicolas. Mais une telle union devait être vue par la France avec appréhension et déplaisir. Le duc de Leuchtenberg, n'était-ce pas le plus proche allié des Bonaparte?
Cette alliance seule pouvait faire combattre et repousser un tel projet par la cour des Tuileries. M. de Rayneval complètement séparé d'opinions avec l'ambassadeur d'Angleterre, M. Villiers, sur la majeure partie des questions politiques relatives à l'Espagne, et dont, par conséquent, le rôle à Madrid devenait de plus en plus difficile , avait été secrètement informé de ces tendances matrimoniales du ministre espagnol. Il les fit aussitôt connaître à son gouvernement, qui s'empressa d'exposer catégoriquement au cabinet de Marie -Christine et à la régente ellemême ses vives répulsions pour une combinaison pareille. Elle fut immédiatement abandonnée.
La levée de cent mille hommes ordonnée par Mendizabal répondait à une exigence d'un ordre différent. Depuis deux années l'armée de Don Carlos avait fait des progrès immenses, d'abord sous les ordres de Zumalacarreguy, puis, après la mort de ce chef célèbre, sous ceux de Cabrera. Toutes les provinces du nord de l'Espagne étaient occupées ou sillonnées par l'armée carliste qui, maîtresse de points stratégiques d'une haute importance, semblait à chaque instant prête à marcher sur Madrid. Cette guerre civile devenait affreuse, du reste, et les meurtres, les excès de tout genre qu'elle entraînait à sa suite, ne pouvaient que la faire maudire. La lutte entre les deux partis , entre les deux armées, était arrivée alors à un degré de rage qui
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dépassait tout ce que rimtgiuatiou aurait put rôvef de plus monstrueux, et eette noble terre d'Espagne semblait eu quelque sorte vouée au* furies*
L'Infant recevait des *ubsides de Saint- Pétersbourg, de tapies (le roi Ferdinand avait protesté contre la pragmatique qui avait changé en Espagne l'ordre de (succcession au trône); il obtenait aussi des encouragements de Turin* et la marine sard0 lui prêtait un concours fort utile. Ses manifestes politiques étaient accueillis avec empressement par une moitié de l'Europe* «Au milieu de la crise grave qui agite l'Espagne * disait-il , il est urgent -que tous les Espagnols digues de ee nom se réunissent autour de leur roi; la clémence sera ma devise, excepté toutefois à l'égard de ceux qui* chefs ou instigateurs, ont été la cause déterminante de semblables horreurs. Mes ennemis calomnient toujours mes intentions paternelles; ils oublient combien l'expérlettoe des malheurs de nos jours doit nous profiter à tous pour l'avenir. Que les réactions se renferment dans la limite des lois; que les passions et l'arbitraire disparaissent devant la justice ; que la bonne foi règne dans les relation^ avec nos alliés* sans vouloir aucunement influencer la politique intérieure des autres , afin d'avoir le droit de réclamer notre indépendance par réciprocité; que les droits et les privilèges légitimes de tous soient respectés, de même que je ferai res-
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pecter à mon tour ma prérogative imprescriptible j que l'économie la plus sévère dans l'administration procure un soulagement immédiat et positif à mon peuple comme compensation des calamités qu'il éprouve en ce moment. Surtout point de dilapidation; qiie chacun observe désormais avec scrupule les lois, les décrets et les promesses de la couronne 2 voilà ma politique* » Paroles loyales qui indiquaient dans leur forumie absolue toutes les espérances que Don Carlos basait sur le succès de plus en plus grand de ses armes.
D'un autre côté, ce n'était plus seulement un appui moral j un concours timide et restreint que l'Angleterre prêtait à la cause d'Isabelle H, c'était utie assistance matérielle puissante, et l'on put lire bientôt dans le discours d'ouverture du parlement cette phrase significative : « La conduite énergique du gouvernement actuel de l'Espagne me fait concevoir l'espérance que l'autorité de la reine sera prochainement reconnue sur tous les points de son territoire , et que la nation espagnole , liée depuis si longtemps à l'Angleterre par- des sentiments d'aujitié, ne tardera pa6.à jouir des fruits de l'union et de la concorde intérieure, » Les faits étaient d'ailleurs plus explicites encore que les déclarations. Le 22 mars 1836 lord John Hay, qui commandait l'escadre anglaise chargée de surveiller les côtes de Biscaye, annonçait au général Cordova qu'il avait
reçu de son gouvernement l'ordre de transporter à bord de ses navires les troupes de la reine Isabelle, d'empêcher que les points fortifiés de la côte ne .tombassent entre les mains des carlistes, de leur enlever enfin de vive force les lieux dont ils seraient déjà parvenus à se rendre maîtres. Il ajoutait que l'escadre anglaise défendrait la côte non-seulement contre les bâtiments ennemis, mais encore contre ceux qui appartenant à une nation neutre n'en seraient pas moins chargés de munitions et d'armes destinées au prétendant. La coopération anglaise ne se borna point à ces seules manifestations. Plusieurs détachements de soldats de la marine royale furent débarqués en Espagne et concoururent à diverses opérations militaires , notamment à la défense du pont de Luchana, défense fort brillante par ellemême ; mais surtout remarquable par ses résultats, puisqu'elle contraignit Zumalacarreguy à lever le siège deBilbao et sauva peut-être ainsi la couronne d'Isabelle II.
Ces secours indirects n'en paraissaient pas moins insuffisants, et l'intervention française était dans la pensée comme dans les vœux de tous les hauts fonctionnaires christinos. Mendizabal tombé en présence des difficultés que ses nombreuses et radicales réformes avaient accumulées devant lui,s' était inutilement efforcé de l'obtenir. M. Isturitz, qui le remplaça au pouvoir, la demanda également sans
parvenir à autre chose qu'à une promesse d'augmen-< tation notable dans l'effectif de la légion étrangère, et encore fallut-il que M. Thiers luttât longtemps avec Louis -Philippe pour obtenir ce résultat, tout incomplet qu'il pût paraître aux interressés. La reine régente, de plus en plus effrayée de sa situation, fit alors secrètement une dernière tentative auprès du gouvernement français, et lui proposa en échange de l'intervention, l'union d'Isabelle II avec le duc d'Aumale. Séduit un instant par une telle perspective, le roi Louis-Philippe, qui ne se croyait pas assez fort pour braver le mécontentement des cours du nord et la défiance de l'Angleterre, répondit par un refus à l'offre de cette couronne. Plus tard, renonçant à sa politique prudente, donnant à son ambition des allures plus décidées il ne devait plus hésiter à la pensée d'une alliance, espagnole pour un des jeunes princes de sa maison. Mais alors cette combinaison était peut-être trop tardive, et elle soulevait sans un grand avantage direct les susceptibilités de l'Angleterre, qui, en 1836,* se fût probablement montrée moins persistante dans son opposition à un tel dessein, car elle comprenait à cette époque, et dans son intérêt personnel , l'impérieuse nécessité de soutenir, de consolider le trône constitutionnel d'Isabelle II ; elle insistait même vivement pour l'exécution, pour l'extension du traité de la quadruple alliance. h. 27
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Plus farci cette situation n'existait plus, et les ten* dances anglaises devaient subir une modification
profonde.
Très-disposé 9 comme nous ayons eu déjà occasion de le dire , à adopter une politique d'action qu'il sentait être dans les goûts , dans les intérêts naturels de la nation, M, Tbiers s'était singulièrement attaché à cette idée d'intervention française en Espagne. Tout au moins voulait-il placer à la tète de la légion étrangère, dont l'effectif eût été élevé k un chiffre qui en eût fait un véritable corps d'armée, un homme dans lequel il avait la confiance la plus absolue, le général Bugeaud, alors en Afrique. Mais le roi combattait tout aussi bien cette combinaison que la mesure d'intervention directe ellemême. L'impatience et l'aigreur s'en mêlèrent. M. Tbiers avait su amener à ses idées et mettre de son parti les ducs d'Orléans et de Nemours, surtput le premier ; le roi s'en irrita. Des explications fort vives eurent lieu, et à dater de ce moment Louis -Philippe chercha secrètement à composer un nouveau ministère dans lequel il placerait trois hommes qu'il aimait particulièrement : MM. Mol<^ Gui?ôt et Ducbatel . Il sonda dans ce but les intentions de M. Guizot, qui consentit à accepter un portefeuille sous la présidence du comte Mole. La crise espagnole, en prenant des proportions plus dangereuses encore , rendait indispensable d'ailleurs
la prompte solution de cette question de cabinet, En présence des incidents déplorables et nouveaux qui se produisaient dans la péninsule il fallait en effet qu'une grande unité de vues et d'action pré* aidât aux déterminations ultérieures du gouverne* ment français.
Les progrès de l'armée carliste étaient immenses. En l'absence de Cordova, Gomez avait rompu à Balmaceda le blocus des provinces insurgées et faisait une pointe sur les Asturies et la Galice. Vainement Espartero et Alaix s'étaient mis à sa poursuite ; il semblait que , doué d'une agilité fantastique et se jouant de leurs efforts, il fût à la veille de déployer sous les murs de Madrid son étendard victorieux. Villaréal, Cabrera, Serrador remportaient sur plusieurs points des avantages d'une importance non moins significative. D'un autre côté, le ministère Isturitz effrayé des engagements révolutionnaires pris par celui qui l'avait précédé, s'efforçait de revenir sur ses pas et soulevait ainsi l'indignation des progressistes* Des mouvements presque simultanés se produisirent dans plusieurs grands centrés provinciaux , tels que Séville , Cordoue, Saragosse, Valence, Murcie, Bâdajoz, Malaga, Cadix et des prononciamentos eurent lieu en faveur de la célèbre et démocratique consti* tution de 1812. Lejpouvement se généralisait} Madrid, mise en étatWè siège à la réception de ces
terribles nouvelles, frémissait d'impatience. Un bruit circule tout à coup dans la soirée du 1 2 août 1836 au milieu de ses rues, envahies par le peuple : un régiment , celui des milices provinciales, s'est soulevé et a marché sur la Granja, résidence d'été des deux reines ; des soldats de la garde se sont joints à lui; quelques sous-officiers, pénétrant alors jusque dans l'appartement de Marie-Christine, l'ont sommée de signer un écrit par lequel elle autorise le serment à la constitution de 1812 jusqu'à la prochaine réunion des cortès. Madrid s'insurge aussitôt. Le général Quesada , qui y commande, s'efforce inutilement de rassembler des troupes pour opposer une résistance désespérée à laquelle le ministère coopère tout entier. Le flot populaire monte avec une violence et une rapidité telles qu'Isturitz et Quesada sentent tous leurs efforts inutiles. Le premier cherche un refuge chez le général Séoane, nommé par l'émeute capitainegénéral de la province; l'autre, voulant sortir de Madrid, est. reconnu près d'Hortaleza, et mis en pièces par les forcenés. Un cabinet progressiste avait été sur-le-champ imposé à la régente, et M. Calatrava nommé président du Conseil.
Désormais l'intervention française devenait impossible. Comment aller se jeter au milieu de complications de cette gravité % Quelle attitude nonseulement en face de l'Europe , mais vis-à-vis de
l'Espagne elle-même, aurait une armée de Français venant appuyer de ses baïonnettes on ne sait quelle politique de juste-milieu à travers les rudes conflits de deux opinions exaltées? Et pourtant le jour même où l'émeute grondait ainsi à Madrid, le général Lebeau, en prenant à Pampelune le commandement de la légion étrangère , ne craignait pas de dire, cédant aux impressions qu'il avait emportées de certains salons ministériels de Paris : « Je précède de nombreux auxiliaires que la France met encore au service de son alliée l'Espagne; un mois ne s'écoulera pas avant leur arrivée » ; langage qui, malgré l'opposition de M. Thiers, fut aussitôt et assez laconiquement désavoué par le Moniteur.
Quelques jours plus tard, M* Thiers déposait définitivement son portefeuille entre les mains du roi et, dès que son successeur fut connu , partait pour faire un voyage de plusieurs mois en Italie. Le 6 septembre avait paru la nouvelle liste ministérielle. Dans cette combinaison le comte Mole avait la présidence du conseil avec le portefeuille des affaires étrangères ; M. de Gasparin le département de l'intérieur; le général Bernard celui de la guerre; l'amiral Rosamel la marine; M.Duchatel les finances; M. Guizot l'instruction publique ; M. Persil la justice et les cultes , et M. Martin (du Nor<T) le commerce et les travaux publics.
m HISTOIRE DB MON TEMPS. [4*36
En arrivant au pouvoir, le comte Mole 1 eut d'abord à s'occuper du différend avec la Suisse. L'affaire Conseil s'était envenimée. La diète helvétique en avait été saisie et, après avoir entendu un rapport injurieux poiir le gouvernement français, elle avait décidé que les pièces du dossier, Concernant ce réfugié, accusé d'être un agent de la police, seraient immédiatement transmises à M. de Monte* bello. Le comte Mole prit tout aussitôt une attitude des plus décidées, Le ministre de France dut signifier le 27 septembre au directoire fédéral une interruption de rapports diplomatiques entre son gouvernement et la Suisse. Menacée d'un blocus qui eût annihilé son commerce, cette puissance, après bien des tiraillements intérieurs, suscités par le parti ultra-démocratique, se soumit enfin à adresser feu gouvernement français une note dont les termes discutés par la diète extraordinaire rassemblée le 17 octobre, offraient à la France la juste réparation qui lui était due.
Un autre incident politique, d'une nature plus grave, se produisait à cette môme époque et attirait bien plus vivement encore l'attention du cabinet nouveau.
Le prince Louis Bonaparte avait, ainsi que nous l'avons dit, emporté au fond de son ccôur le souvenir des hommages que le peuple parisien déoer-