Néeo
Uigiiizeo by LiOOgle
jin moment l'importance çl*un personnage po)itique et doni les rancunes devenaient un arrè^ (1^ mort. Ce fi|t lui qui présida à Ve:|C|§cution ^ompiaire f|e l'ancien chef de la police don Francispo CUico; 1^ junte, qui seigle ay^|t f^lors ^ne ombipp i}^ pouyqir, çut la faiblesse lai^^er s'accomplir ce meurtre et plusieurs autres aus^j odieux. s'arrêterc^iei^t les venf^npes populaire^ ? n^^l pc^yait le <)îre. Vainement, le vieux gpnéral San Miguel, ftpmmé ministre fie la guerre, se multip|jait et^ ^or^ 4^ de Lafayette espagnol, s'efforçait de dominer les fi|asbes. Sa popularité ne Ip servait pa3 tqiyoucf aussi bien quil aurait pi| le proire et chaque jour le pé|-il semblait augmeqtef. jl avait ii^lju (^ui^ la jufite Séirillano aliisorbàt une ai|tr^ j^nte plqs réypr lutionnaire qui s'était forpiée ^ans les faubourgs ci que dirigeaieiiL 4 î^r^ents démocrates, mai^, pu même temps, elle était obligée de donner g^f,e^ à Iqi révoluLiuiî eu suppriiiiaut le conseil d'Etat, en ^M^pci^dant ies §ippipyés ^e toutes ie§ adfuinistfatipns publiques, en rétablissant la municipalité et la 4tiputatipf^ provinciale dp 1843. Tout cp qui çpnservait encpre m fond du ca!ur quelques Wi^iimcnts de modération politique attendait avec la p|us viye impatience Taprivé^ d Ësparte|*(>. Ç ptait de Taveu de tpus le seul homme capable d'opposer une digue au torrent populaire qui menaçait de tout submerger.
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Lui, cependant^ ne se preasait pas. Peut-être^ supposait-il que la révolution en viendrait à ce point de violeoces cpie la Reine se verrait con-
Uaiiite d'abdiquer, et se iiieiKigeait-il pour la plus grande satisfaction de son ambition personnelle. An lieu de se rendre immédiatemei^t aux ordres qu'il avait reçus^ il envoya à Madrid le général AUende Salazar pour poser à la reine Isabelle les cûiiditiuiits auxquelles il prétendait seulement accepter le pouvoir qp oi} lui ollrait. £n réalité, la mission d'Allende Salazar, son aide de camp^ avait puur but de reconnaître exactement la somme d influence qu'Ëspartero pouvait avoir sur les meneurs de Finsurrection et ce qu il devait attendre de leur concours. Introduit deux fois auprès de la reine en présence du général San Miguel, Pambassadeur d Espar tero exposa avec une gi*ande vivacité les conditions de son ci^ef dont le programme éta|t d'ailleurs très-élastique et très-obscur. La reine raccepta sans en bien comprendre toute la portée. Hais en même temps qu'il obtenait cet assentiment un peu forcé du trône, AUende Salazar pouvait se convaincra que les membres de lajuntQ et les directeurs du mouvement n-étaient point favorables aux vues personnelles du duc de la Victoire et n hésiteraient pas à s'opposer, fût-«e par la iurce, à leur réalisation.
Bien édifié sur ce pomt^ au retour de son envoyé,
Espartero se mit enfin en route pour Madrid où il
arriva le 28 juillet, il avait senti l'absolue nécessité de s'entendre avec O Donnell et les hommes de Vicalvaro. Le 30 juillet, il forma un ministère dans lequel O'Donneil avait le portefeuille de la guerre et loaquîn Francisco Pacheco celui des affaires étrangères. La tâche de ce ministère était difficile^ car le désordre était partout^ dans les provinces comme à .Madrid où des clubs nombreux s'étaient constitués et, chaque jour^ discutaient les motions les plus hostiles non-seulement à un gouvernement régulier, mais encore à la dynastie elle-même. Il s'occupa d'abord de satis&ire lanibilion des hommes qui avaient accompli le mouvement. Û Donnell et San Miguel furent nommés capitaines généraux, grade qui, dans Tarméeespa- J;nole, équivaut à celui de maréchal; on créa huit lieutenants généraux, presque autant de maréchaux de camp. Les grades et faveurs accordés par . O'Donnell depuis le 28 juin jusqu'au 30 juillet^ furent officiellement reconnus. Snfin (et ce ne fut pas l'incident le moins curieux de cette curieuse période de Thistoire d'Espagne) pour éviter de créer dans Farmée des divisions et des jalousies, tous les oûiciers reçurent le grade immédiatement supérieur, ce qui fit profiter de la révolution ses adversaires tout autant que ses adhérents. Les soldats obtenaient en même temps une réduction
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de deux années de seririce. Mais dans les fonctions civiles où l'on craignait moins de faire naître des % mécontentements et des rancunes, les révocations furent nombreuses; là il y eut des vainqueurs et des vaincus.
Le gouvernement nouveau, après avoir réglé de la sorte les questions personnelles, décida à la date du 11 août la convocation^ de cortès constituantes. II répudiait, en effet, par une anomalie singulière, la constitution de 1845, au nom de laquelle la révolution venait de s'accomplir. Seulement il déclarait dans le rapport qui précédait le décret que les cortès devaient resserrer « le lien existant entre le trône et le peuple, entre la liberté et la dynastie, objets qui ne pouvaient être mis en question et sur lesquels le gouvernement n'admet^ tait ni doute, ni discussion. » Les cortès devaient se rassembler à Madrid le 8 novembre. Jusque-là le ministère livré à lui-même allait être omnipotent ou, pour mieux dire, allait exercer d'une façon absolue, exempte de tout contrôle, la somme de pouvoir que comportait la situation.
Une question brûlante lui restait à résoudre, et
des difficultés que lui avaient léguées la révolution
c'était certainement l'une des plus grandes : la
reine mère Marie-Christine, en butte, comme nous
Favons dit, à des inimitiés politiques d*une extrême
violence et menacée par la populace excitée, avait ir vÊUEm — n. 13*
194 HISTOmB DS MON TEMPS. [1855
dû^ le 17 juillet, chercher un asile au Palais^ auprès de la reine Isabelle. Les accusations portées contre elle n'étaient pas seulement exagérées; elles étaient fausses pour la plupart. Lareine Christine n'avait point poussé sa fille aux coups d*État. Elle ne vendait pas les emplois et ne trafiquait pas " comme on Ten accusait^ de la fortune publique. Mais son eiilourage, à part son mari, le duc de Rianzarès> n'avait pas la même réserve et encore abusait-on beaucoup du nom du duc dans des affiûres industrielles^ quelquefois très<compromettantes. En un mot^ et grftce à toutes les excitations dont elle était l objet, le séjour de Mane-Cliribtine à Madrid était devenu très-sérieusement dangereux pour elle.
Aussi, dès la fin de juillet, le ministère avait-il songé à la faire partir et s'était^il entendu avec elle à cet égard. C étail le 3 août qu'elle devait quitter Madrid. Mais le secret fut trahi; les exaltés déclarèrent qu'ils ne soufiîriraient pas le départ de la reine mère et le duc de la Victoire eut la faiblesse de prendre avec eux un engagement dans ce sens. De leur coté, les membres les |)lus modérés du ministère, s'appuyant sur les généraux appartenant à leur opinion 9 firent connaître à Espartero, qu'ils n'entendaient pas prendre la responsabilité des événements qui pourraient se produire dans le cas où il voudrait garder Marie-Cbristme pour la
1856] UVRBSBPnÈMB. 195
livrer aux cortèB. Ils admettaient à la rigueur que les biens de la reine-mère fussent mis sous le séquestre^ que sa pension fût suspendue et que T affaire fût soumise aux chambres; ils se déclaraient
prêts à signer ces actes en dehors de l'actiQu constitutionnelle de la reine Isabelle en invoquant le salut public^ mais la personne même de la reinemère devait être écartée du débat; son départ de Madrid devait avoir lieu.
11 eut lieu, en effet, le 28 août 1854. Dès le matin sa voiture enveloppée d'une escorte de cava* lerie sous les ordres du général Garrigo sortait de la ville et se dirigeait vers la frontière du Portugal. Le gouvernement n'ignorait pas que la nouvelle seule de cette fuite , dès qu'elle serait répandue dans Madrid^ pourait y produire une émeute^ mais la majorité modérée forçant en quelque sorte la main à Ëspartero^ était bien décidée à comprimer toute tentative révolutionnaire. Aussi dès que les exaltés voulurent, en accusant le cabinet de duplicité, relever les barricades et courir aux armes, O'Oonnell prit des mesures militaires très-capables d'intimider les agitateurs. Ces derniers^ par leur maladresse , co]pitribuèrent à leur propre défaite : ils s'étaient rendus en bandes nombreuses sous les icuêLi^s du duc de la Victoire et avaient îaii entendre le cri de « meure Espartero ! » Furieux de cet outr^ge^ le duc de la Victoire, encore indécis
sur le parti définitif qu41 devait prendre ^ adopta la ferme résolution de soutenir par la force l'acte collectif du ministère. Les corporations populaires de Madrid s'étant assemblées dans la matinée, Ëspartero se rendit au milieu d'elles et fît entendre aux meneurs de rudes paroles qui les découragèrent. D'un autre côté la garde nationale se déclarait pour le gouvernement. L émeute fut étouffée; O^Donnell balaya facilement les rues de Madrid et le cabinet, resté maître de la situation, s^empressa de dissoudre les sociétés politiques et de fermer les clubs.
Cette victoire du parti modéré permit de gagner sans nouvelles insurrections populaires l'époque à laquelle les eortès constituantes devaient se réunir. Mais les divisions qui régnaient dans les hautes sphères du pouvoir, l'indécision du président du conseil y le double jeu qu'il semblait jouer en répétant constamment cette phrase très -commentée : a II faut que la volonté nationale s'accomplisse! » l'impuissance qui résultait naturellement de tous ces tiraillements, de toutes ces luttes intimes entre la partie modérée el la partie progressiste du cabinet avaient créé dans les provinces, qui se seor taient guuvcnu'i's uq hasard, une anarchie des plus dangereuses^ si elle se fût prolongéCi et provoqué des désordres sur plusieurs points du territoire.
Les eortès s'assemblèrent le 8 novembre 1854.
Le ministère n'avait en rien dirigé les électians* U se présentait même devant les chambres sans programme arrêté et n'avait pas voulu prendre Tinitiative d*un projet de constitution. Malgré Voppoâilion de plusieurs ministres, il avait été décidé que la reine Isabelle ouvrirait les cortès avec le cérémonial ordinaire; ce qui eut lieu. La reine qui avait été reçue au milieu d'uu profond silence prononça avec beaucoup d'émotion un discours bien fait qui après avoir parlé des droits de la nation et engagé les nouveaux députés à les consacrer, ajoutait : « Les événements passés ne peuvent s*effacer et disparaître de 1 histoire; mais si le cœur se serre au souvenir de désastres et d'infortunes, tirons-en du moins un exemple et un enseignement pour cette vie politique qui s'ouvre aujourd*hui. Peuirétre nous sommes-nous tous trompés ; tâchons de mieux réussir. Ma confiance est entière et absolue ; que votre patriotisme et vos lumières soient à la liauleur des besoins de notre chère Ë&pagne; et puisque cette Espagne a si souvent étonné l'Europe par ses destinées providentielles, qu'elle la contraigne encore à Fadmirer, en lui présentant ce tableau qui fera notre gloire et notre bonheur : une reine qui s'est jetée sans hésiter dans les bras de son peuple, et un peuple qui, en assurant ses libertés, répond à la décision de sa reine comme le plus brave, le plus noble, le plus
chevaleresque de tous les peuples. » A mesure que la reine parlait^ le silence qui avait accueilli son arrivée se changeait en mouvements sympathiques, et à la ûa du discours des crix chaleureux se firent entendre. La monarchie a de profondes racines en Espagne. Les démocrates exagérés en faisaient une ioib de plus l experience.
Les cortès étaient divisées en trois partis ou groupes principaux, sans compter les nuances et les individualités politiques qui se rencontrent toujours dans les assemblées. Tl 8*y trouvait quelques conservateurs purs, mais en petit nombre; beaucoup de libéraux plus ou moins modérés qui appartenaient à une réunion qu'on avait nuniinée Y Union libérale , enfin une cinquantaine de progressistes purs. Somme toute ^ tel qu*il était composé, le congrès offrait un point d'appui très -sérieux à un cabinet qui aurait su agir avec, décision en employant habilement les éléments modérés qui s'y rencontraient, et, réunis, pouvaient former une majorité respectable.
Le premier acte de l'Assemblée lut de choisir pour son président provisoire le général San Miguel, choix qui déplut h Espartero, lequel avait ua autre candidat. San Miguel était devenu pour lui une sorte d'antagoniste depuis que^ devinant Tarnbition secrète du duc de la Victoire, le vieux général avait, en présence des oi&ciers de la milice
Dationale dont il était inspecteur, riposté vivement
à sa phrase éternelle sur la volonté nationale : « oui la volonté nationale s^accomplira et, cpieile qu'elle soit, il faudra qu'elle soit respectée par tuiit le monde. » Sspartero conçut alors le dessein de donner sa démission de président du conseil pour se laire élire président des cortès, position qui, conquise de la sorte, lui eût attribué un ascendant exceptionnel et l'ait prendre en face de la cour et de tous les ministères qui ne procéderaient pas de lui une attitude menaçante. Cette grave difficulté fut habilement tournée. La reine Isabelle refusa d accepter la démission du duc de la Victoire avant que le congrès eût manifesté clairement ses véritables tendances politiques. Cela £usait gagner du temps et le temps pouvait modifier les opinions^ apaiser les esprits. C'est ce qui eut lieu. Lorsque qu*un peu plus tard Ëspartero se présenta définitivement au choix de l'assemblée, ou s'arrangea pour qu'il conservât la présidence du conseil tout en devenant presqu*à l'unanimité des votes président de la chambre, ce qui satisfit son amour-propre et écarta le péril.
Pour cûii|)er court aux intrigues anti-dynastiques qui pouvaient avoir pour l'Espagne de si fatales conséquences, plusieurs membres des cortès déposèrent le 28 novembre 1854 une proposition déclarant que le trône constitutionnel dlsabelle II
200 HTSTOmS DE MON TEU^. [185S
était une des bases de la constitution future. Le général San Miguel appuya cette proposition.
M En dehors du trône d'Isabelle II, dit-il, il n y a que des ruines, du sang et de Tanarchie.... Je^Ie dis à haute voix, je veux un trône constitutionnel, parce que c'est le gouvernement qui est dans nos usages, parce que c'est le seul qui puisse faire notre bonheur, parce que cette pensée politique est dans Fesprit de tout le monde. » Vainement les exaltés voulurent -ils renvoyer à une commission la proposition qui avait été déposée sur le bureau de la chambre, celle-ci décida que le vote serait immédiat et la proposition passa à une majorité de cent quatre-vingt-quatorze voix contre dix-neuf. On comprend Fimportance exceptionnelle de ce vote. 11 dominait en quelque sorte toute la situation.
Le 23 janvier 1855 commença la discussion des bases constitutionnelles et elle se prolongea jusqu'au mois de juin de la même année. Rien de plus étrange, il faut le dire, que cette manie constituante dont TEspagne était alors attaquée. Après la Constitution de 1812, le statut royal de 1834,1a constitution démocratique de 1837, celle plus conservatrice de 1845, il était difficile de croire que ce législateur espagnol n'eût pas parcouru le cercle entier des combinaisons politiques.
La forme uioiiai chique avait t té admise comme
1 une des bases de la charte nouvelle. La liberté de eonscience Tut adoptée et formulée de la sorte le
28 février 1855 : La nation s oblige à maintenir et à protéger le culte et les ministres de la religion catholique que professent les Espagnols. Mais aucun Espagnol ni étranger ne pourra être poursuivi pour ses opinions et ses croyances, tant qu'il ne les manifestera pas par des actes publics contraires à la religion. »
C'était beaucuiip pour! lîispa'rne, et cette Formule provoqua même une foule de protestations et de pétitions adressées aux cortès, non-seulement par des eveques, mais aussi, et en grand nombre, par des laïques invoquant Tintégrité de la foi religieuse. Cette lutte des anciennes idées contre l'esprit moderne devait d'ailleurs prendre plus d'importance, nous dirons même de gravité, lors de la présentation de la loi dite de desamortissement. La loi de désamortissement ou de suppression des biens de mainmorte atteignait non-seulement les biens de l'État, des communes, des établissements de bienfaisance et d'instruction publique, mais, chose bien plus im])ortante aux yeux de la population espagnole, elle décrétait également la vente immédiate des biens du clergé.
Assurément, il y avait beaucoup de choses à dire sur le droit de TÉtat d'aliéner les biens des com* muneset des établissements publics. Si une pareille
mesure pouvait servir de texte à une controverse
ardente, la question devenait Lien autrement brûlante en ce qui touchait les biens du clergé, non* seulement en raison des passions qu'elle pouvait soulever dans les niasses populaires si profondément imbues des traditions du passé en matière catholique cléricale, mais encore parce qu'on se trouvait en présence d'un concordat négocié en 1 851 avec le saint- siège et qui reconnaissait à TÉglise le droit de posséder tout en autorisant la vente d'une portion des biens ecclésiastiques dont le prix devait être transformé en rente sur Tintai et . dont le revenu entrerait dans la dotation du clergé.
Le promoteur de cette loi était M. Pascual Madoz qui , le 21 janvier 1 855, avait remplacé aux finances M. Sevillano et déclarait hautement que le gouvernement n'avait besoin de la permission de personne pour accomplir une mesure quil jugeait utile. La majorité du cabinet plus prudente que le ministre des finances avait envoyé à Rome . un négociateur, M. Pacheco.
Les évêques protestèrent unanimement; la reine déclara d*abord que, liée par le concordat, elle ne devait pas consentir à la présentation de la loi. Mais on lui objecta que cette loi pouvait toujours être mise en discussion pendant que Foii négocierait avec le saint-siége^ et elle céda tout en pro-
testant. Cependant lorsque la loi adoptée par le congrès n'eut plus besoin que de la signature d'Isabelle, Ëspartero et 0 Donnell qui prévoyaient ses résistances se rendirent à Âranjuez se trouvait alors la reine et lui dépeignirent peu respectueusement^ et sous de si sombres couleurs^ les conséquences que pourrait avoir son refus, qut; lorsque le bureau du congrès se présenta au palais pour lui demander de sanctionner cette loi, la reine qui, la veille encore^ témoignait la plus vive répugnance à le faire, signa sans aucune hésitation. Il paraît certain d'ailleurs qu'il y allait alors de sa couronne, tant l'excitation des esprits était grande même dans les sphères gouvernementales.
Et cependant la loi de désamortissement était au fond une mauvaise loi; elle produisit dans les provinces un effet déplorable et provoqua dans TAragon une insurrection carliste. D'autres mouvements se produisirent sur plusieurs points de la Catalogne et de la Cas tille et, vivement combattues par le gouvernement qui avait demandé aux cortès des pouvoirs exceptionnels, les bandes insurgées ne s en maintinrent pas moins très-longtemps dans certaines portions du territoire où elles avaient, pour ainsi dire, pris racine.
Au milieu de ces difficultés diverses, M. Madoz et quatre autres de ses collègues déposaient leurs portefeuilles dans les premiers jours du mois de
juit) 1855. Mais Espartero et U'Dunneil étaient demeurés au pouvoir et les hommes nouveaux qu'ils appelèrent immédiateinent aux affaires, ne pouvaient à côté d'eux^ passer que pour des comparses politiques. — Par le fait, l'esprit du cabinet n^avait pas changé.
Aux insurrections carlistes un soulèvement de
la population ouvrière à Baicelone ne tarda pas à venir se joindre, tentative socialiste très^dangereuse qui , abordée faiblement, dans le principe, par les autorités locales, amena assez proiiiptement des scènes sanglantes qu'il fallut réprimer par les armes II y eut nn moment où, après s'être livrés à mille excès contre les fabricants et avoir massacré Tun d'entre eux, Sol y Pradis, ancien député et industriel considérable, les ouvriers furent maîtres de Barcelone, le capitaine général s'étant retiré dans la citadelle pour y attendre les renforts qu'il avait demandés et qui, fort heureusement permirent de rétablir la situation si compromise.
Le 15 juillet 1855 les cortès suspendaient leurs travaux, ayant, pendant leur longue session, tout ' abordé, tout remanié, tout ébranlé dans l'ordre législatif comme dans Tordre administratif. Elles laissaient l'Espagne dans une sorte d'anarchie entre la constitution qu'elles avaient renversée et celle qu'elles n'avaient pas édifiée encore. La sus>
1855] LIVRE SEPTIÈME. SOô
pension de leurs séances, était par le fait, un bienfait pour le pays qui, à Tabri des luttes et des
crises pmlementaires pendant les troiB mois de leur absence, allait pouvoir être un peu plus, sinon
un peu mieux gouverné.
La chute de Sébastopol, fait de guerre éclatant^
demeurerai l-elle un acte stérile au point de vue de la politique et de la paiiL? Telle était la question que chaque homme d'État s'adressait en présence de la situation militaire^ plus favorable que nous créait ce glorieux succès.
Il était à remarquer d'abord que la prise et la destruction du boulevard de la Russie en Orient^ de Tarsenal où elle avait depuis si longtemps entassé les munitions de toute nature nécesbaires à ses flottes et à ses armées dans ces parages^ amenait tout naturellment la solution d'une des questions les plus débattues dans les conférences diplomatiques, celle de la délimitation de ses forces dans la mer Noire. Mais il était év ident que, si la guerre se prolongeait^ les puisbances alliées pour combattre la pref)ondérance russe et contraintes à de nou« veaux sacrifices ne se contenteraient plus des avantages obtenus et en rechercheraient bientôt d'autres qui pourraient porter des coups plus dau^^ereux cl
plus rudes encore, non-seulement à Tinfluence de la Kuâbie, mais même à l' intégrité de son territoire.
Aucun symptôme ne donnait à penser toutefois, que le tzar Alexandre eût l'intention ou le désir d'ouvrir promptement des négociations pour la paiii. Vers le commencement de novembre il devait même visiter en Crimée les points qu'occupaient les troupes russes.
Quant aux armées alliées^ elles commencèrent par détruire aussitôt après leur victoire, celles des déicDses de Sebastopol que Gortcbakoff avait épargnées, le fortNicolas, entre autres. L'évacuation de la Crimée devait sans doute être la conséquence de la continuation de la guerre. Mais l'honneur des armes de la France et de T Angleterre, de même que l'intérêt de leur politique, ne commandait pas aussi impérieusement que la prise de Sébastopol^ cette évacuation immédiate de la Criuiéc. Elle n était plus comme la. chute de cette place, l'objet d*une résolution immuable. Le maréchal Pélissier avait parfaitement compris cette nuance et après les terribles sacrifices qu'il avait dû faire pour atteindre le but indiqué, il ne voulait entreprendre d obtenir l'évacuation de la Crimée que par des moyens prudents sans compromettre un seul des avantages remportés sur les Russes, tout en ménageant ses troupes avec soin. Menacer les derrières
de rarmée de GortchakoS et sa ligne de eommunication avec Pérékop, afin de le déterminer à la retraite ; agir sur sa droite et sur sa gauche pour le contraindre à abandonner le plus promptement possible ses pusiliuns au nord de Sébastopol et sur la route de Batchi-Seral) telle était évidemment la marche à suivre, et c*est ce que fit le maréchal. Son premier mouvement fut d'envoyer des troupes à Eupatoria où se trouvait déjà une forte garnison turque, infanterie et cavalerie, et d'y former un corps d*armée considérable^ sous le commandement du général d' Allonville ^ auquel il recommanda tout à la fois l'activité et la prudence.
Le général d'Allonville , très-digne d ailleurs de cette importante mission, commença immédiatement les opérations qui lui étaient confiées. Il refoula d'abord tons les postes avancés des Russes et dégagea ainsi les alentours d'Ëupatoria, puis il s'avança davantage et livra un brillant combat de cavalerie. Mais le pays ne lui oiïiait aucune ressource; il avait été dévasté depuis longtemps et les soldats étaient obligés d'emporter avec eux, nonseulement les vivres, mais encore Teîiu potable. Dans ces conditions, le général d'Allonvilie ne pouvait qu'assurer sa base d'opérations. Les Russes, enfermés dans un camp retranché, n en avaient pas voulu sortir pour accepter la bataille qu il leur olfrait.
Ceci se passait à la droite des Russes. Le maréchal Pélissier résolut d entreprendre une grande reconnaissance sur leur gauche. Après avoir longuement recherché quelle serait la meilleure route à suivre dans ce pays dévasté pour prendre à revers Tarmée de Gortchakoff sans être forcé d'embarquer une portion de ses troupes et de les transporter par mer^ ce qui^ dans la saison où Ion entrait^ pouvait avoir un côté dangereux, il prit le parti de gravir les plateaux et de chercher à travers les montagnes une voie plus rude^ plus laborieuse , mais aussi plus courte et qui lui permît (point capital) de maiiiteûir constaiument son armée expéditionnaire en communication avec l'armée d'occupation de Sébastopol et avec ses approvisionnements. 11 marcha donc contre les Russes en ligne directe; mais les difficultés que Ton avait prévues se présentèrent bientôt beaucoup plus nombreuses 9 beaucoup plus terribles qu'on n'avait pu les supposer. Les obstacles que Ton rencontrait ainsi à dix-huit cents mètres au-dessus du niveau de la mer, étaient d'une telle nature qu'il fallait tout l'entrain, toute l'énergie de nos troupes pour les surmonter, et ce qu'il y avait de plus décourageant dans cette lutte pénible contre les immenses bouleversements du sol, c est que, dès que notre avant^garde débouchait d'un défilé ou avait iranclii quelque oJjstacle, les vedetles de Tennemi
1855] UVRB SEPTIÈME. 209
86 repliaient et ses corps d'armée se retiraient, nous entraînant ainsi de plus en plus dans Tiatérieur du pays.
Le maréchal Pélissier parvint, après des efforts
inouïS) à franchir le plateau de Kenier-Tchesné et à pénétrer dans la vallée du Haut-Belbek. Arrivée à ce point, Farmée expéditionnaire avait complètement tourné les Russes, mais ceux-ci se retiraient toujours. Leur intentionétait évidemment de gagner un terrain choisi et préparé, où, fortement massés, ils accepteraient enfin la bataille contre l'armée française, débouchant péniblement et en nombre inférieur par des déliieb daugen ux. Fallait-il, dans ces conditions, aller au-devant de la lutte? Le maréchal ne le pensa pas, et après avoir poussé jusque-là sa reconnaissance armée^ il revint prendre position sur la Tcfaerna¥a.
De leur coté, les escadres alliées n'étaient point demeurées inactives. Le 14 octobre, après avoir croisé devant Odessa, pour attirer sur ce point l'attention des Russes, elles se dirigèrent sur Kinburn, port situé à Tembouchure du Dnieper. Une division composée de troupes anglaises et françaises, fut débarquée, et le 17 une attaque combmée par terre et par mer amenait après un bombardement de plusieurs heures la capitulation de la place dont la garnison était de quatorze cents hommes. Des munitions et des approvisioiiiienients
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SIO HISTÛUIË DE MON T£MPS. [1855
considérables tombèrent au pouvoir du petit corps d'armée auglo-trançais. Le lendemain, les Russes faisaient sauter Otzakow, situé précisément en face de Kinburn. Mai ires de ces deux points les alliés voyaient ouvert devant eux le chemin de Nicolaïef et de Kherson.
Pendant que ces faits militaires se produisaient, la diplomatie cherchait à son tour les moyens les plus eiûcaces pour amener la Russie à conclure une paix plus nécessaire pour elle encore^ à coup sûr, que pour les puissances alliées, quels i^ue fassent d'ailleurs les sacrifices qu'elles avaient dû s'imposer dans les derniers temps, afin de soutenir cette lutte gigantesque.
On a vu comment les conférences de Vienne avaient échoue. Mais le gouvernement autrichien, tout en ne consentant pas à prendre part à la ^erre, ne se déclarait pas délié du traité conclu par lui le 2 décembre 1854 avec la France et l'Angleterre. 11 comprenait toute Timportance qu avaient pour lui les quatre propositions qui en formaient ielbnd^ et désirait vivement que la paix ne se conclût pas sur d autres bases. Il était prêt d'ailleurs à faire auprès de la Russie toutes les démarches qui pourraient arriver à ce but, car il savait très-bien que si les hostilités continuaient, ces bases ne pourraient plus être que le mmimum des exigences anglo-françaises. Aussi les puissan-
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ces ét aient-elles certaines de trouver toujours de ce côté un boQ vouloir de médiation intéressée, qui, dans les circonstances données, pouvait ne pas être inutile.
Mais il ne fallait négliger aucun moyen de préparer favorableinent .l'avenir et d'étendre par des alliances l influedce morale ou Taction matérielle dans le cas où la conclusion de la paix se ferait encore attendre* Le concours des États limitrophes de la Russie pouvait, dans cet ordre dUdées, d&venir nécessaire. Aussi le cabinet français avaitil, depuis quelque temps déjà., cherché.à entraîner la Suède dans la sphère de son action politique et militaire, et la Suède, de son cùté, jugeant qiji'il y avait quelque chose à gagner pour elle dans.un rapprochement avec les puissances alliées, avait, avec une grande habileté, préparé les voies à une com* binaison diplomatique, qui, sans la forcer à prendre les ai'mes, lui obtiendrait de sérieux avaQtage;s, et en la reliant à la politique anglo- française, en tirerait toul le parti possible au profit de ses propres intérêts.
Telle fut, au fond, la pensée du cabinet de Stokholm, relativement au traité que celui de Paris sollicitait d'elle. 11 ne s'agissait d'ailleurs, comme nous venons de le dire, que d'une alliance défensive : depuis quelques années, la Russie élevait auprès du gouvernement suédois des prétentions que
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la conquête de la Finlande légitimait suivant elle.
Aillai, non contente de réclamer dans le Finmarck certains droits de pâturage et certains droits de pêche sur les côtes de Norvège, elle voulait entrer en possession de la vaste baie de Yaranger^ position précieuse dans le Nord^ car par la conformation du golfe et par une singularité naturelle la température demeurait telle en ce lieu que la glace ne pouvait sy formerou ne s'y maintenait pas. On comprend loule T importance que la possession delà baie de Yaranger devait avoir pour une puissance maritime, car plusieurs escadres pouvaient s*y abriter, et de cette rade iormée par la nature il devenait &cile à la marine russe de S'élancer en tout temps, en toute saison dans TOcéan et de prendre sa part de l'activité maritime permanente du reste de l'Europe. On pouvait de la sorte lui détruiie au midi sua arsenal de Sébastopol, elle eu reconstituerait bientôt un autre dans le nord^ et ce dernier deviendrait par sa situation cent fois plus redoutable que l'autre.
Instruites de ces prétentions,, de des exigences hautaines, la France el l'Angleterre avaient immédiatement ouvert avec la Suède des négociations tendant à empêcher la cession de la baie de Varanger. Ce traité devait avoir un grand effet moral s'il aboutissait, et, pour en presser le dén ornent. Napoléon III eut l'idée d envoyer à Stockholm^ en
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mission extraordinaire, le général Canrobert, son aide de camp^ dont le nom avait d'ailleurs en Europe une si grande notoriété^ et qui pourrait aisément reconnaître sur les lieux mêmes quelle sym-
pathie notre politique militaire y rencontrait^ et aussi quelle confiance on pouvait avoir dans , la coopération plus ou moins directe de la Suède à l'œuvre collectivement entreprise contre sa voisine puissante et redoutée.
Le prétexte de cette mission du général Canrobert était tout trouvé ; il avait été iourui par la cour de Suède elle*mème ; le roi Oscar 1*% voulant donner à l'empereur des Français une preuve d'estime et d'amitié, s'était plu à lui envoyer peu de temps auparavant par un de ses amiraux, les insignes de l'ordre des Séraphins. Napoléon 111 chargeait le général Canrobert de porter au roi de Suède et à son fils le grand cordon de la Légion d liuiineur.
L'effet produit en Suède par la présence du général Canrobert personnifiant en quelque sorte l'armée qui venait de prendre Sébastopol,fut aussi grand qu'on pouvait le désirer en France. Le séjour du général à Stockholm et son retour à travers les provinces suédoises furent un perpétuel triomphe. En Danemark, la cour et les populations accueillirent l'envoyé français avec les mêmes égards et un égal enthousiasme.
S14 HISTOIRE DE MON TKldPâ. [1855
Ces démonstrations étaient de nature à frapper
les cabinets européens ; la conclusion du traité de Stockholm ne tarda pas à donner la mesure de l'importance qu'avait eue lenvoi dans le nord de l aide de cauip de l'Empereur. Ce traité, signé le 21 novembre 1855, renfermait les stipulations suivantes :
Les parties contractantes désirant prévenir toute complication de nature à troubler Téquilibre européen, déclaraient d'abord qu'elles avaient résolu de s entendre en vue d'assurer l'intégrité des royaumes de Suède et de Norvéï^e. Le roi de Suède s'engageait de son côté à ne céder à la Russie^ àn'échanger avec elle et à ne lui permettre d'occuper aucune partie des territoires appartenant aux couronnes de Suède et de Norvège. 11 s^engageait en outre à ne céder à la Russie aucun droit de pâturage, de pêche ou de quelque autre nature que ce fût, tant sur lesdits territoires que sur les côtes de Suède et deNorvége, et à repousser toute prétention que pourrait élever la Russie à établir l'existence d aucun de ces droits. Dans le cas on lempereur de Russie ferait au roi de Suède quelque proposition ou demande, ayant pour objet d'obtenir, soit la cession, soit Técliaiige d une partie quelconque des territoires appartenant aux couronnes de Suède et de Norvège^ soit la faculté d'occuper certains points desdits territoires, soit la cession de droits de pêche, de
1855] LIVRE S£PTIÈM£. 215
pâture ou tout autre sur ces mêmes territoires et sur les côtes de Suède et de Norvège^ le gouvernement suédois s'engageait à communiquer immédiatement cette proposiliou ou demande à ses alliés, et eeux-ei prenaient de leur côté l'engagement de lui fournir des forces navales et militaires pour résister aux prétentions de la Russie.
L'importance du traité était, on le voit^ plus grande au point de vue politique qu'au point de vue matériel ; cependant ses stipulations positives n'étaient point sans portée puisqu'elles avaient pour but d imposer des limites aux empiétements ultérieurs de la Russie dans le Nord. La valeur politique de ce pacte de la Suède avec les deux puissances occidentales était énorme; Teffet qu'il produisit fat considérable^ non - seulement en Russie, mais dans toute TAllemagne, en Prusse particulièrement, et la conclusion du traité du 21 novembre contribua singulièrement à faire aboutir les pourparlers pacifiques dont 1 Autriche avait repris l'initiative avec une ardeur nouvelle depuis la chute de Scbastopol.
Prenant pour base des négociations les quatre garanties que nous avons antérieurement exposées, le cabinet de Vienne s'était en effet adressé simultanément à Saint-Pétersbourg, à Paris et à Londres pour opérer le rapprochement qui devait amener la paix. A Paris on était assez disposé à
accueillir favorablement luute proposition qui rentrerait dans les vues politiques qu*OD avait ai souvent et si infructueusement émises. A [.ondres il n en n était pas de même. On voulait une nouvelle campagne de mer au printemps. Les promesses de 1 amiral Napier n'avaient pas été tenues. La marine anglaise n avait point détruit Cronstadt ni forcé Tembouchure de la Néva ; on avait fait d'énormes dépenses dont il s agissait de tirer un intérêt en gloire ou en bénéfice maritime; pour tout dire en un mot : l'amour-propre national était en jeu.
Le gouvernement français dut lutter quelque temps contre ces tendances de TAngleterre et &ire comprendre au cabinet de Londres qu*après tout il ne pouvait pas poursuivre seul une guerre de ce
genre, et que, du moment où les propositions de rAulriche seraient admises par la Russie^ il n'apercevait pas, quant à lui, la nécessité de pousser à bout le nouveau tzar Alexandre II. Il n'en était pas moins disposé d ailleurs à donner aux propositions adoptées comme se ules bases possibles des cunierences toute rexteusiou qu tlles devaient comporter, et, sous ce rapport, il se montrerait aussi exigeant que le gouvernement anglais luimême. *
C'était à la date du 44 novembre que T Autriche avait communiqué officiellement à Paris et à Londres les propositions qu elle entendait faire à la
Russie au nom des trois puissances. Les quatre garantieB plus catégoriquement exposées que jamais seraient -elles acceptées par le cabinet de Saint- Pétersboui|;? Toute la question était là. Nous avons dit que le traité de Stockholm avait été signé le 21 novembre^ c'est-à-dire quelques jours après l'ouverture par le gouvernement autrichien de négociations nouvelles. La Russie, à la grande surprise d'une partie de TËurope mal renseignée sur les véritables ressources de ce trop vaste empire, la Russie accepta les bases proposées par T Autriche vers le milieu de janvier 1856, et le 1*' février, dans un protocole signé à Vienne et renfermant l'adhésion de la France et de 1 Angleterre , Paris fut désigné pour le siège des conférences futures.
On cuiK oit l'émotion que produisit cette nouvelle et la satisfaction mêlée de curiosité qui agita quelques instants Paris, la ville mobile par excellence. Les princes et les souverains la visitaient d'ailleurs avec un empressement très -capable de satisfaire sa vanité. Après le roi de Portugal dont nous avons mentionné la visite > après la reine d'Angleterre et sa famille étaient venus le duc de Saxe-Cobourg-Gotha, prince artiste, dont on avait représenté un opéra à TAcadémie impériale de niusii^ue, puis le duc et la duchesse de Brabant, et entin, au mois de novembre 18«>5> le roi de Sardaigne , prince dont Tambition déjà éveillée
n attendait que Toccasion favorable et dont tous
les actes politiques habilement inspirés par un ministre entreprenant, le comte de Cavour^ ne tendaient (|u'à ce but toujours recherché par la maison de Savoie^ son agrandissement et sa prépondérance en Italie.
Aux fêtes et aux revues que la présence de ces divers princes multiplia durant Tannée 4855, vint s'ajouter un speelacle dont la population parisienne devait garder longtemps le souvenir et qui avait , en effet , une grandeur inusitée : la garde impériale et plusieurs régiments de li^ne revenant de Crimée, où d autres corps étaient allés les remplacer, firent dans Paris leur entrée solennelle le 29 décembre 185ô.
Napoléon III se rendit à cheval à la rencontre de ces glorieuses phalanges^ et, sur la place de la Bastille, prononça le petit discours suivant :
w Soldats, je viens au-devant de vous comme autrefois le sénat romain allait aux portes de Rome au-devant de Sf s légions victorieuses. Je viens vous dire que vous avez bien mérité de la patiie. Mon émotion est grande, car au bonheur de vous revoir se mêlent de douloureux regrets pour ceux qui ne sont plus et un profond chagrin de n'avoir pu moi-même vous conduire au combat. Soldats de la garde, comme soldats de la ligne, soyez les bienvenus. Vous représentez tous cette armée d'Orient
1855] UVRE SEPTIÈMË. 219
dont le courage et la Providence ont de nouveau
illustré nos aigles et reconquis à la France le rang qui lui est du. La patrie attentive à tout ce qui s'accomplit en Orient vous accueille avec d'autant plus d'orgueil qu'elle mesure vos efforts à la résistance de Tennemi. Je vous ai rappelés quoique la guerre ne soit pas terminée, parce qu il est juste de remplacer à leur tour les régiments qui ont le plus souffert. Chacun pourra ainsi aller prendre sa part de gloire, et le pays qui entretient six cent mille soldats a intérêt à ce qu'il y ait maintenant en France une armée nombreuse et aguerrie prête à se porter où le besoin l'exige. Gardez donc soi* gneusement les habitudes de la guerre ; fortifiezvous dans l'expérience acquise^ tenez- vous prêts à répondre y s'il le faut^ à mon appel; mais en ce jour oubliez les épreuves de la vie du soldai; remerciez Dieu de vous avoir épargnés^ et marchez fièrement au milieu de vos frères d'armes et de vos concitoyens dont les acclamations vous attendent.»
On avait ordonné avec intention que ces troupes rentrant dans Paris conservassent leur tenue de guerre. Rien de plus frappant^ en effet, et de plus émouvant à la fois que la vue de ces uniformes usés, de ces drapeaux déchirés, en un mot de toute cette glorieuse misère^ si ce n'est le spectacle des compagnies de blessés qui précédaient chacun de ces régiments souvent décimés. Ce fut une
2i0 HISIOIBË DE MON TEMPS. [1855
scène cxtraoï Jifiaire el dont personne, à Paris, ne perdra le souvenir que l'entrée de ces soldats en haillons, tout pâles encore des fatigues endurées, ou mutilés par le ier de l'ennemi auxquels la foule, avide de les contempler, jetait ses bravos et ses bouquets avec un inexprimable enthousiasme. On se montrait dans le cortège le général Canrobert qui avait une grande part des applaudissements, ainsi que le général Mellinet, la tête encore enveloppée, et le général Blanchard avec son bras mutilé. On remarquait i absence de l'illustre général Bosquet, forcé de se rendre à Pau pour y soigner ses blessures et d'y prolonger son séjour.
Après avoir prononcé son allocution sur la place de la Bastille, TËmpereur était revenu sur la place Vendôme et s'était placé avec son état-major devant le balcon du ministère de la justice, balcon sur lequel se trouvaient rimpératrice, le prince Jérôme et la princesse Mathilde, sa iille. Les trois. représentants diplomatiques des puissances belligérantes, Angleterre, Turquie, Sardaigne y avaient seuls été admis avec les ministres et les présidents des grands corps de TÉtat. Le général Canrobert était venu se placer devant la colonne, en face de rEmpereur, et le défilé avait lieu entre les deux groupes aux acclamations des nombreux spec^ tateurs.
Le soir des vers de circonstance furent récités
1856j LIVRE SEPTJÈMli. 221
sur presque tous les théâtres de Paris et la ville se
couvrit d*illumi nations.
Plusieurs phrases du discours lu par Napoléon I[[ sur la place de la Bastille avaient encore (on vient de le voir) un sens très-belliqueux. La certitude de racceptation par la Russie des propositions qui ionii aient la base des négociations de TAutriche, n'était pas encore acquise, en effet. Elle ne tarda pas à l'être, et, comme nous l'avons dit, le V février i85G un protocole signé à Vienne posa en quelque sorte la première pierre de Tédi-* fice pacifique qu'il s'agissait de reconstruire un peu dans l'intérêt de tous.
Bientôt arrivèrent à Paris, désigné comme siège des conierences qui allaient s'ouvrir, les plénipotentiaires des puissances qui devaient y [ readre part. C'étaient, pour la France, le comte Walewski, ministre des affaires étrangères , et le baron de Bourqueney, notre ambassadeur à Vienne ; pour TAutriche, le comte Buol Schauenstein et le baion de Hubner; pour la Grande-Bretagne^ le comte de Clarendon et lord Cowley.
La Prusse^ qui ne fut appelée que le 18 mai à participer aux travaux du congrès , désigna le baron de MenteufLei et le comte de Hatzieid; la
Turquie, Aali-I^achu et Mehemed-Djemil-Bey ; la Sardaigne, le comte de Cavour et le marquis de Vîllamarina.
Quant à la Russie, elle envoyait à Paris le comte Orloff, général et aide de camp de TEmpereur^ comme premier plénipotentiaire, en lui adjoi^^naul le baron de Brunow, ancien ministre à Londres.
Ce fut le 25 février que le congrès s'ouvrit à l iiùlel du ministère des affaires étrangères. Le comte Buol déclara tout d'abord que les précédents non moins que le désir de rendre liomiuage au souverain de 1 hospitalité duquel jouissaient en ce moment les représentants de FEurope, leur faisaient un devoir de convenance de déférer au comte Walewski, ministre des affaires étranges de Fi'ancc, la présidence des travaux du congrès. Les plénipoLentiaîres lurent unanimes dans leur adhé* sion à la proposition qui leur était faite par le représentant de l Aulriche. M. Walewski fut donc déclaré président et proposa que la rédaction des protocoles fût confiée à M. Benedetti, directeur des afiEaires politiques^ ce qui lut adopté.
Après la vériGcation des pouvoirs et Tadhésion de la Sardaigne au protocole de Vienne du 1'*" février, qui n avait point été signé par ses représentants, on déclara ([ue ce protocole tiendrait lieu des préliminaires de la paix. On s'occupa ensuite de la suspension des bostilités, ainsi que rhumanité le
1856] UVaE SEPTIÈME. 223
commandait, et il fut décidé que les commandants
en chef des armées beiliii;érantes concluraient un armistice qui cesserait de plein droit le 31 mars 1856 s'il n'était pas renouvelé avant celle époque. Les blocus devaient être maintenus durant l'armistice.
Le congrès, avant de procéder au développement de chaque point consacra deux, séances à l examen d'ensemble des bases principales. Le règlement de la troisième garantie, relative à la neutralisation de la mer Noire, paraissait avec raison aux plénipolentiaiieï> iiançais la chose la plus importante au point de vue de la paix; ils demandaient que la discussion en primât toutes les autres. Cela fut admis, et le congrès adopta les deux premiers paragraphes ainsi conçus :
« La mer Noire est neutralisée; ouverte à la marine marchande de toutes les nations ; ses ports et ses eaux sont formellement et à perpétuité interdits aux pavillons de guerre, soit des puissances riveraines, soit de toute autre puissance, sauf les exceptions stipulées au présent traité Libre de toute entrave, le commerce dans les ports et dans les eaux de la mer Noire ne sera assujetti qu'aux règlements en vigueur.
« La mer Noire étant déclarée neutre, le maintien de rétablissement sur son littoral de places militaires maritimes devient sans nécessité comme
sans objet. En conséquence Sa Majesté TEmpereur
de toutes les Russies et Su Majesté le Sultan, s'engagent à n'élever et à ne conserver sur ce littoral aucun arsenal militaire maritime. »
A propos de ce dernier paragraphe, lord Clarendon fit observer que la Russie possédait à Nicolaïef un arsenal de constructions maritimes du premier ordre ; que Nicolaïef n'était pas situé sur les bords de la mer Noire mêmes, mais qu'à cause de son rapprochement relatif, cet ai'senal ne pouvait cependant conserver comme centre de constructions maritimes Timporlance qu'il avait acquise.
Le comte Orloff répondit que le sentiment de sa dignité ne permettrait pas à la Russie de laisser étendre à l intérieur de l'empire un principe uniquement applicable au littoral. Que la sécurité et la surveillance des eûtes exigeaient d'ailleurs que la Russie eût, ainsi qu'on Tavait reconnu, un certain nombre de navires légers dans la mer iSuire, et que si elle consentait à l'ahandon des chantiers de Nicolaïef, elle serait dans l'obligation d'en établir sur un autre point de ses possessions méridionales. Et alors que pour satistuiie à la fois à ses engagements et aux exigences du service maritime, l'intention de 1 empereur Alexaiidre était de n'autoriser à Nicolaïel: que la construction des navires de guerre dont il était fait mention dans les babes de la négociation.
Déclaration qui étant considérée comme satiafaisante par le Congrès, écartait une difficulté dont rimportance n'avait échappé à personne.
Le comte Orloff répétait plus tard, à propos des établissements de Kherson et de la mer d'AzofF, que la Russie voulant se conformer entièrement aux engagements qu'elle contractait, ne ferait construire nulle paît sur les bords de la mer Noire^ ou sur ses affluents, ni dans les.eaux qui en dépendaient, des bâtiments de guerre autres que ceux qu'elle entretiendrait dans la mer Noire, aux termes de sa convention avec la Turquie.
L'établissement de consulats européens dans ses ports, était d'ailleurs admis sans opposition par la Russie, ainsi que Tobligation d'annexer au traité général^ la conveotion particulière à conclure avec la Turquie pour la fixation du nombre des bâtiments légers, que Tune et Tautre étaient autorisées à conserver dans la mer Noire.
La seconde garantie était relative à la navigation du Danube. Les plénipotentiaires Ixançais proposèrent d'appliquer le principe de la liberté de la navigation à tout le parcours de ce Qeuve, et de nommer une commission exécutive composée des riverains, ce qui fut admis après une discussion assez vive. 11 l'ut arrêté également que chacune des puissances contractantes, aurait le droit de faire stationner deux bâtiments légers aux embouchures
11* S£JUB. — u. 16
226 HiiSTOlKt: DE MO.N TEMPS. [1856
du fleuve, daas le but d*aB8urer lexécution des
règlements qu'on fixerait d un commua accord.
Une ceBsioa de territoires comme rectification de frontièreâ était en m6me temps demandée à la Russie. Cette dernière proposait une combinaison par laquelle elle demeurait maîtresse de la rive gauche du Danube, entre le lac Yalpuk et la mer Noire. Cette combinaison fut repoussée ; le congres décida que la nouvelle frontière partirait de la mer Noire, à un kilomètre à l'est du lac Bourna- Sola^ rejoindrait perpendiculairement la route d'Akermann, suivrait cette route jusqu'au val de Trajan, passerait au sud de Bolgrad, remonterait le long de la rivière de Yalpuk jusqu'à la hauteur de Saratsika, et irait aboutir à K;itomori sur le Pruth ^ Une commissionde délègues des puissances contractantes devait fixer dans ses détails le tracé de la nouvelle frontière. Le territoire cédé pai" la Russie serait annexé à la Moldavie sous la suze* raineté de la Sublime Porte qui s'engageait, d'ailleurs, à conserver aux principautés danubiennes une administration indépendante et nationale, ainsi que la pleine liberté de culte, de législation, de commerce et de navigation. Mais ces princi«> pautés demeureruent-elles séparées? ne convien-
1. Voir auji pièces justificatives le liaiiti de paix du 30 mars
iB56] UVaE SËPTIÈMË. 2SS7
draît-il pas au contraire, qu'elles fussent réunies pour oi&ir à Tinfluence russe une proie moins facile? Le congrès discuta cette proposition si intéressante, et il fut résolu qu'une commission spéciale sur la composition de laquelle s'entendraient, les puissances contractantes se réunirait à Bucharest, avec un commissaire ottoman dans le but de s'enquérir de Tétat des principautés et de pro- |)Oserles bases de leur future organisation, le sultan promettant de son coté de convoquer immédiatement dans chacune des deux provinces un divan spécial composé de manière à constituer la représentation la plus exacte des intérêts de toutes les classes de la société. Ces divans seraient appelés à exprimer les vœux des populations^ relativement à l'organisation définitive des principautés et une instruction du congrès réglerait les rapports de la commission avec les divans.
Quant au quatrième point, c est-à-dire aux immunités des chrétiens d'Orient, Aaii-Facha premier plénipotentiaire de la Sublime Porte, avait annoncé qu'un récent hatti-cheriff venait de renouveler les privilèges religieux octroyés aux sujets non musulmans du sultan^ et que la Porte se proposait de le communiquer aux puissancespar une note officielle. Les plénipotentiaires de France, de la Grande- Bi*etagne et de TAutriche, demandèrent que ce hatLi-cberiff du sultan fut mentionné dans le traité
228 HiSiTOmii DE MON TEMPS. [1856
et Âali-Pacha ayant pris par le télégraphe les
onlies de sa cour sur ce point délicat, le sultan consentit à la mention que i on demandait moyennant que les termes dont on se servirait, ne parussent porter aucune atteinte à son indépendance, et ne diminuassent en rien dans lopinion^ la spontanéité de la mesure qui ne devait en aucune façon revêtir 1 apparence d'un contrat.
Vainement les plénipotentiaires russes^ pour lesquels 1 abandon du droit de suprématie quasi souveraine plus ou moins inscrit dans le traité de Kaïnardgi paraissait, comme à leur gouvernement tout aussi précieux que le droit d établissement maritime dans la mer Noire^ vainement^ disonsnousj les représentants de la Russie cherchèrent-ils par des amendements de rédaction à diminuer Tapparente initiative du sultan en cette circonstance^ le texte suivant fut admis par le congrès :
« Sa Majesté Impériale le Sultan dans sa constante sollicitude pour le bien-être de ses sujets, ayant octroyé un firman qui en améliorant leur sort^ sans distinction de religion, ni de race, consacre ses généreuses intentions envers les populations chrétiennes de son empire, et voulant donner un nouveau témoignage de ses sentiments à cet égard, a résolu de communiquer aux puissances contractantes ledit firman spontanément émané de sa volonté souveraine.
1856j UVRE SEPTIÈME. 829
« Les puissances contractantes constatent la haute valeur de cette communication. H est bien entendu
qu'elle ne &aurait^ en aucun cas, donner le droit aux dites puissances de s'immiscer soitcoUectivemenl, soit séparément, dans les rapports de Sa Majesté le Sultan avec ses sujets^ ni dans Tadministration intérieure de son empire. »
Ce ne l'ut, par le fait, qu'après les règlements des grandes questions, que la Prusse fut admise au congrès. Elle accepta avec un certain empressement la position relativement secondaire et effacée qu'on lui faisait. Elle tenait à ne pas demeurer isolée. Le baron de Manteuflel, ministre des affaires étrangères, fut chargé de la représenter à Paris comme premier plénipotentiaire. Le comte de Hatzfeld, ministre de Prusse en France, devait lui donner son concours* Une formule particulière et longuement discutée fut adoptée pour exposer dans 1 acte du congrès cette intervention ou plutôt cette admission tardive de la Prusse aux conférences de Paris. La forme possède, on le sait, une grande et souvent trop grande importance, en diplomatie. Il n'y a pourtant de sérieux que la réalité des choses dans la vie des peuples comme dans la vie des hommes et quelle qu*elle puisse être, d'ailleurs, jamais l'habileté des artifices du langage n'a pu masquer entièrement la vérité d'une situation.
Plusieurs conventions furent la conséquence
230 mSTOIRË DE MON TEMPS. [1856
du traité de paix signé le 30 mars 1 856 : Celle
destinée à remplacer la convention des détroits de 1841 9 qui fut signée par toutes les puissances; celle entre la France, la Grande-Bretagne et la Russie^ portant que les îles d'Âland ne pourront ètrefortifiées ; enfin la convention entre la Russie et ia Porte limitant à dix le nombre des bâtiments légers qu elles peuvent entretenir dans la mer Noire^ pour le service de leurs côtes.
Durant les conférences de Paris^ Timpératrice Eugénie était accouchée d*un fils. Cent un coups de canon 1 avaient annoncé aux parisiens dans la matinée du 13 mars.
Dix jours auparavant, TEmpereur avait ouvert la session législative etavait dit dans son discours : <c Aujourd'hui les plénipotentiaires des puissances belligérantes et alliées sont réunis à Paris pour décider les conditions delà paix. L'esprit de modération et d'équité qui les anime tous, doit nous faire espérer un résultat favorable; néanmoins attendons avec dignité la fin des conférences^ et soyons également prêts, s'il le fiiut, soit à tirer de nouveau Tépée^ soit à tendre la main à ceux que nous avons loyalement combattus. » Ce fut la main que I on tendit, et plût à Dieu que, dans cette question d'Orient, Tépée n'eût jamais eu besoin d'être tirée! Avant que le congrès se réparât, le premier plénipotentiaire irançais, comte Walewski,
Ig56] LIVRB SEPTIÈME. 231
dit qu'il serait désirable que les représeDtants des puissances signataires du traité, s occupassent de certaines questions qui pourraient ultérieurement détruire en Europe, la bonne harmonie qui venait de s'y rétablir et échangeassent leurs idées à propos de ces questions délicates, discussion qui aurait certainement le résultat le plus avantageux et le plus utile pour empêcher le développement de complications futures.
Ce fut ainsi qu'on en vint à parler de la situation de la Grèce, situation de tout point déplorable et à laquelle il fallait essayer de porter remède; qu'on mentionna les licences de la presse en Belgique ; qu'on adopta une proposition tendant à abolir la course en temps de guerre, dernier vestige d'habitudes et de mœurs peu civilisées; qu'on en vint enfin, à aborder^ malgré les répugnances de TAutriche, cette brûlante question italienne, qui trois ans plus tard allait produire de si redoutables conflits.
Ce fut à cette occasion que M. de Cavour^ homme politique doué d'une rai^e initiative, et profondément ambitieux pour son pays, ministre qui avait ardemment poussé son souverain à donner son concours à l'action anglo-française en Grimée, signala en en exagérant sciemment les dangers, la
l. Né à Turin en 1809 ; mort le 6 juin 1861.
situation de Tltalie en présence de Tinfluence autrichienne dont lextension dans la Péninsule italique^ en dehors des stipulations des traités^ présentait, suivant lui, si Von n'y portait remède, des périls graves pour la paix de FEurope.
Langage qui obtint grande faveur auprès des plénipotentiaires anglais et auquel M. de Cavour se reporta souvent depuis dans ses luttes diplomatiques, ballon d'essai habilement lancé dans TintérêL de 1 avenir.
I. Premières conséquences du traité de Paris. Question des principautés danubiennes. Los populations mnldo-valaqur!5 sont consultées pt une commission est chargée de constater leurs vœux relativement à l'orgaiiisation définitive des piincipautés qui sont réunies sous l'autorité d*iin seyl prince. Ouestion grecque. La Grèce est évacuée par la France et l'Angleterre moyennant que le gouvernement grec consent à l^établîssement, àAtbènes, d'une commission chargée d'étudier l'organisation financière du royaume et de suggérer les améliorations qu'elle coQiporte. Question italienne. Naples. Le gouvoinement napolitain refuse de tenir compte des vœux du congrès de Paris relativement à sa politique. Rupture de la France et de l'Angleterre avec Naples. Sacre de Tempereurde Russie. £ovoi de V. de Momy comme ambassadeur extraordimûre. Ses instructions. Attitude du tzar vis-à-vis des représentants des grandes puissances. Actes de clémence. — II. Session législative. Article du Moniteur du 11 janvier 1856. M. Drouya de Lhuys donne sa démission de viceprésident du Sénat. Projets de lois relatifs au tarif des douanes, sur les sociétés en commandites et le contingent militaire de 1851. Discussion du budget — Affaires de Neufcbatel. Une insurrection royaliste y éclate. Elle est réprimée. Le roi de Prusse veut sauver" les insurgf^s honorables Pîi^ en arrestation. 11 menace la Suisse. Intervention française. Affairei 1 Espagne. Los Cortès. Insurrection dans la vieille Castille. Disiocaliuu lu mmistére. 1^ reine charge O'Donnell d*en former un nouveau. Émeutes à Madrid, i Barcelone, à Saragosse. Triomphe du gouvernement et des principes ccoeervateurs. — 111. Affaires d'Allemagne. — Contestations entre les puissances allemandes et le Danemark relativement aux duchés de TElbe. L*Âutriche et la Sardaigne. M. de Cavour et les chambres piémontaises. Refroidissement et interruption de reUitiona entre l'Autriche et le Piémont. Assassinat de Mgr Sîbottr, archevêque de Paris, par un prêtre interdit nonuné Verger* Le maréchal Randon combat et soumet les tribus kabyles. Manœuvres des sociétés secrètes. Mazsini à
Londres, ^'ouveaux complots contre la vie de Napoléon HT. Orsîni. Son existence romanesque. Il s'i^chappe de la forteresse de Mantoue et pas.se en Angleterre. Ses complices Bernard, Allsop, Pieri, Gomez, de Rudîo. Préparatirs. Incidents. Fabrication des bombes fulminantes. Les conjurés passent en Fruice. — IV. Attentat du 14 janvier 1858. Détails. Arrestation d'Orsini et de ses complices. Leur procès. Lettre d'Orsini à 'l'Empereur. Conséquences matérielles et morales de l',itlf>ntat. — V. Mesures de sûreté prises en France. Chaugemeiits du ministre de rmlérieur et du préfet de police. Mission secrète de M. i'iétri en Italie. Napoléon III à Plombières. Visite de M. de Cavour. il liétermine TEmpereur à intervenir en Italie. Premières bases d'une entente entre la France et le Piémont pour une action commune. Paroles de Napoléon III à M. de Hubner le 1" janvier 18.59. Attitude de rAutriche vis-r\-vis du Piémont. Dépêches comminatoires. Intervention diplomatique de la France et de l'Angleterre. Demande directe de désarmement adres^^ée à Turin par Tempeieur d'Autriche. Réponse de M. de Cavour. — VI. Napoléon III se décide à exécuter ses projets belliqueux. Discours et proclamation. Déclaration de guerre. L'armée française franchit la frontière piemontaise. Disru^sion au Corps législ.iiif. L'Kmpereur quitte Paris. Enthousi.Time des faubourgs. Arrivée de Napoléon III à Gênes et à Alexandrie.
Les conséquences du traité de Paris furent nombreuses et diverses. A la suite des travaux de la
commission spéciale et de rassemblée des divans, les Principautés danubiennes furent réunies sous l'anlorité d'un iiietiie prince placé sous la suzeraineté de la Porte. Bien qu un acte de cette nature fut très^certainement contraire à Tinfluence ultérieure de la Russie dans les Principautés, on avait vu au Congrès de Paris le premier plénipotentiaire russe, comte Orloff, déclarer « qu'ayant pu apprécier les besoins et les voeux des deux Prin-
ctpautés^ la Russie appuyait le projet de réunion comme devant aider à la prospérité de ces provinc&s, » tandis que les plénipotentiaires de TAutriche et de la Turquie se prononçaient contre cette réumun, s'appuyant de leur côté sur ce qu'ils supposaient être Fopinion des populations moldo-valaques, mais se déclarant, d ailleurs^ sans pouvoirs pour traiter une semblable question^ et demandant à en référer à leurs cours respectives.
Finalement il fut décidé^ comme on l'a vu^ que le gouvernement ottoman convoquerait dans chacune des provinces des «issomhlées composées de manière à constituer la représentation la plus exacte des intérêts de toutes les classes de la société, et qui seraient appelées à exprimer les vœux des populations relativement à l'organisation définitive des principautés.
il fut convenu, en outre^ que la commission qui devait se transporter sur les lieux serait composée de représentants de toutes les puissances signataires du traité de Paris. Ces représentants furent : pour la France, le baron de Talleyrand-Périgord ; pour la Grande-Bretagne, sir Henri Bulwer; pourlaKussie, M. de Basili; pour FAutricbe, le baron Relier; pour la Prusse, M. de Richtofen ; pour laSardaigne, M. Benzi, et pour la Turquie, Sevfet-Ëffendi. Réunis àConstantinople à la fin du mois de septembre 1856, ces commissaires furent retardés dans leur
action par la présence des troupes autrichiennes
qui n'avaient pas encore été retirées des Principau tés sous le prétexte que la délimitation des frontières en Bessarabie n*était pas un fait entièrement accompli. L'Autriche semblait éprouver un vif regret de quitter ces provinces où le séjour prolongé de ses troupes n avait point, du reste, accru sa " popularité.
La commission put fonctionner enfin. Suivant
les instructions qu'elle avait reçues, elle prit en considération les opinions émises par les divans spéciaux, et transmit à Paris le résultat de son travail. Tels furent les prélimmaires de la réunion des Principautés.
La situation de la Grèce avait également attiré Tattention du Congrès de Paris. On a vu que les passions populaires surexcitées en faveur de la Russie, au début de la guerre d Orient, avaient contraint la France à faire débarquer au Pirée une de ses divisions, raj)pelée plus tard sur les champs de bataille de Crimée. Mais, comme il importait que le gouvernement hellénique fût maintenu dans l'impossibilité de provoquer de ces levées de boucliers destinées à opérer une diversion en faveur de la Russie, cette sœur en religion qui ne s'était pas montrée avare de promesses, une occupation anglo-française du Pirée avait été décidée et prolongée. Elle ne devait pas être éternelle sans doute ;
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mais il importait aux puissances alliées de n y renoncer que lorsqu'elles auraient obtenu du gouvernement grec des garanties qui ne devaient pas être d'un caractère purement politique à cause des stipulations matérielles qui jadis avaient coïncidé avec la création du royaume de Grèce.
Assurément on devait se demander en présence de cette situation particulière de la Grèce vis^à-vis des puissances qui Tavaient reconnue état indépendant et assistée depuis longuesannées^ quel intérêt pouvait avoir son gouvernement à contre carrer leur politique dans la question d'Orient et à prendre parti pour laRussie. Getintérét, on le comprenait mieux lorsqu on songeait aux attaques dont la cour d'Athènes était déjà l'objet et aux reproches que son origine germanique lui faisait prodiguer chaque jour.
On a vu depuis lors le souverain qui occupait
à cette époque le trùue de Grèce renversé par une sédition militaire et populaire tout à la fois. Le roi Othon et sa cour en butte à des attaques incessantes^ avaient pensé que le meilleurparti à prendre en cette circonstance était d'alQcher un patriotisme local et des tendances politico-religieuses, qui les rapprochaient nécessairement de la Russie. Celle-ci^ d'ailleurs, ainsi que nous venons de le dire> ne s'était pas montrée avare de promesses, et la reine, dont l'influence était considérable, exagérait peut-
être eocore ces tendances russo-grecques du roi Othon. Telles étaient les raisons de Tattitude du
gouvernement grec dans la question d'Orient.
La Grèce fut évacuée cependant par laFrance et FAngleterre à la condition que le cabinet d'Athènes consentirait à l'envoi et à rétablissement dans sa capitale d'une commission chargée d'étudier l'organisation financière du royaume et de suggérer les améliorations qu elle réclamait, condition que le gouvernement grec s empressa d accepter.
On s'était également occupé dans les Conférences de Paris de la conduite politique du gouvernement des Deux-Siciles. Avait-on bien le droit de s'immiscer aiasi^ surtout par voie de remontrances^ dans les affaires intérieures d un État qui savait parfaitement ce qu'il faisait en combattant incessamment les principes révolutionnaires, lesquels en fin de compte devaient parvenir à le renverser? C'était fort contestable, etccla ressemblait beaucoup trop à un abus d'influence et de pouvoir du plus fort contre le plus faible.
Assurément la France et l'Angleterre ne pouvaient pas espérer, au début de la guerre d'Orient, de rencontrer un auxiliaire ardent de leurs desseins dans le roi de Naples, Ferdinand U\ car son attachement personnel à l'empereur Nicolas (indépen-