Voir le uf* 3 des notes et documents historiques
1859] LIVRE HUrriÈllE. 827
daigne la proposition d'un désarmement général. « Ce désarmement général^ disait-elle, serait admis en principe; le Congrès en réglerait les détails. »
L'Angleten e, dès qu'elle eut connaissance de cette proposition acceptable et modérée, insista fortement auprès de Napoléon III pour qu'il éngageât le gouvernement piemontai& à acquiescer au désarmement général préalablement à toute réunion de plénipoientiaires.
Que répondit la France? Nous laissons la parole au Moniteur du 19 avril :
« Le gouvernement de S. M. liritannique^ disaitily a jugé qu'il suffirait d'admettre dès à présent le principe du désarmement général^ sauf à en régler 1 exécution à Touverture même des délibérations des plénipotentiaires. Le gouvernement de l'Empereur guidé par les mêmes senlimenls de conciliation qui l'ont déterminé à adhérer à la réunion d*un Congrès et aux bases de la négociation, n'a pas hée>ité à donner son assentiment à cette combinaison. 11 8*est toutefois manifesté^ depuis^ un dissentiment sur la question de savoir si l'adhésion officielle de la Sardaigne au principe ainsi admis était ou non préalablement indispensuLle. Le gou« vemement de l'Empereur a pensé que Ton ne pouvait logiquement et équitablement inviter le Piémont à adhérer à ce principe, si, en même temps.
les puissances ne 1 appelaient à se faire représenter au Congrès.
M Le cabinet anglais ayant insrsté viveinent pour que la France consentît à engager le cabinet de Turin à acquiescer préalablement au principe du désarmement général, le gouvernement de l'Empereur ne B*est point refusé à donner un nouTcau témoignage de ses dispositions conciliantes et il a promis de déférer à cette demande, pourvu qu il fût convenu que la Sardaigne et tous les autres États italiens seraient invités à faire partie du Congrès. »
C'était introduire une nouvelle difiieulté au milicn de tant d autres et difficulté d'autant plus grande que l Autricbe considérait que> dans la circonstance donnée, traiter sur un pied d'égalité parfaite avec le Piémont, était pour elle une condition humiliante. Le gouvernement français sans le vouloir, sans doute, rendait ainsi beaucoup moins probable la solution paciiique de la question.
Mais une chose étonne singulièrement lorsqu'on étudie à fond ce chapitre d histoire contemporaine^ c'est que Napoléon III tout entier à ses aspirations généreuses et sympathiques pour le Piémont n'éprouvât pas alors une répulsion absolue en présence de cette guerre qui cependant devait amener tant de complications, produire de si redoutables conflits et a marqué peut4tre le début d'une des plus grandes crises que 1 Europe ait jamais subies.
1859] UVHE HUITIÈME. 329
Gomment ne pas comprendre que du moment où les aigles françaises apparaîtraient en Italie au nom de l'indépendance et de la liberté, ce vieux sol tremblerait jusqu'en ses f un déments, renversant les souverainetés, détruisant les anciens droits au nom des théories nouvelles, amoncelant partout - les ruines, sapant surtout une institution éminemment rationelle et politique qui n'a jamais été attaquée que lorsqu on a vouiu remettre tout en question en Europe, le pouvoir temporel du Saint^iége? Les épreuves auxquelles la papauté pouvait encore une t'ois être soumise ne devaient-elles pas produire une impression profonde, non-seuleraent sur les individualités religieuse» sincèi^meut dévouées aux grandeurs de la catholicité romainct mais encore sur les hommes politiques qui toujours ont professé et pratiqué les immuables principes d'or^ dre, d'autorité, de conservation?
Assurément si l'on eût prévu de semblables conséquences, on se serait arrêté; mais comment ne les prévoyait-on pas? Tout le monde, en dehors des hautes sphères officielles, les apercevait clairement à rhorizon politique.
A paitir (ie ce miment les choses marchèrent avec une grande rapidité. Vainement l'Angleterre se hâta-t-elle de transmettre aux quatre puissances les propositions suivantes : V Qu'on effectuerait au préalable un désarmement général et simultané.
iJiyiliz
330 HISTOIRE DE BfON TEMPS. [1859
2*^ Que ce désarmement serait réglé par une commission militaire ou civile indépendante du Congrès. Cette commission serait composée de six commissaires, un pour chacune des cinq puissances et le sixième pour la Sardaigne. 3° Qu'aussitôt que cette commission serait réunie et qu'elle aurait commencé sa tâche^ le Congrès se réunirait à . son tour et procéderait à la discussion des ques* tions politiques. V Que les représentants des États italiens seraient invités pai» le Congrès, aussitôt sa réunion, à siéger avec les représentants des cinq grandes puissances^ absolument de la même manière quau Congrès de Laybach en 1821. » La France, la Russie et la Prusse adhérèrent à ces propositions, dernier effort de la diplomatie. L'Autriche s y refusa.
N écoutant que la profonde irritation que lui causaient Tattitude et la conduite si cauteleuse et si ambiguë du Piémont depuis le commencement des négociations diplomatiques (rirritation^ d'ailleurs^ est toujours une mauvaise conseillère), elle adopta le parti de traiter directement avec lui et le cabinet de Vienne envoya au générai Giulay ^ l'ordre de faire porter à Turin un ditimatum par lequel il demantlait au Piémont de mettre immédiatement son armée sur le pied de paix, et de licencier les
l. Né en Hongrie en 1799.
1859] LIVRE HUmÈMB. . 331
volontaires. L'aide de camp du général Giulay^ porteur de cet u timatum, rédigé et signé par le comte de Buol^ était chargé de déclarer qu'il
aLtciidra,it la réponse pendant trois jours et que toute réponse dilatoire serait considérée comme un refus.
Le comte de Cavour, secrètement charmé que les choses en fussent enfin venues là, s'empressa de répondre à la communication du président du conseil autriclxien. « Monsieur le comte, le baron de Kellersberg ma remis, le 23 courant, à cinq heures et demie du soir, la lettre que Votre Excellence m'a fait Thonneur de m'adiesser le 19 de ce
mois, pour me mander au nom du i^uuvcrncment impérial de répondre par un oui ou par un non à 1 invitation qui nous est faite de mettre Tarméesur le pied de paix et de licencier les corps formés de volontaires italiens, en ajoutant que^ si, au bout de trois jours, Votre Excellence ne recevait pas de réponse^ ou si la réponse qui lui était faite n était pas complètement satisfaisante, Sa Majesté Tempereur d'Autriche était décidée à avoir recours aux armes, pour nous imposer par la force les mesures qui forment Tobjet de sa communication.
« La question du désarmement de la Sardaigne qui constitue le fond de la demande que Votre