‹ Histoire de mon temps 2e série, présidence décennale, Second EmpireChapitre 8 sur 28 · I4é le 19 avril · texte numérisé non relu

I4é le 19 avril

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d'un coup aussi terrible qu'inattendu. A la suite

d'une courte mais grave maladie, qui, dans les derniers mois s'était développée avec une rapidité inonie, notre bien-aimé père^ l'empereur Nicolas Pavlovitch est décédé aujourd'hui 18 février (2 mars). Nulle parole ne saurait exprimer notre douleur qui sera aussi la douleur de nos fidèles sujets.

flt Nous soumettant avec résignation aux vues

impénétrables de la Providence, nous ne cherchons de consolation qu en elle et n attendons que d elle seule les forces nécessaires pour soutenir le fardeau qu'il lui a plu de nous imposer. De même que le père bien-aimé que nous pleurons consacra tous ses efforts, tous les instants de sa vie aux travaux et aux soins réclamés par le bien de ses sujets, nous aussi, à cette heure douloureuse, mais si grave et si solennelle en montant sur notre trône héréditaire de Tempire de Russie^ ainsi que du* royaume de Pologne et du grand-duché de Finlande qui en sont inséparables, nous prenons à la face du Dieu invisible, toujours présent à nos côtés, rengagement sacré de n'avoir jamais d'autre but que la prospérité de notre patrie. Fasse la Providence qui nous a appelé à cette haute mission, que, guidé et protégé pai' elle nous puissions affermir la Russie dans le plus haut degré de puissance et de gloire. Que par nous s'accomplissent

les vues et les désirs de nos illustres prédécesseurs,

Pierre, Catherine, Alexandre le bien-aimé, et notre auguste père d'impérissable mémoire I Par leur zèle éprouvé, par leurs prières unies avec ardeur aux nôtres devant les autels du Très-Haut, nos chers sujets nous viendront en aide. Nous les invitons à le faire, leur ordonnant en même temps de nous prêter serment de iidélité ainsi qu'à notre héritier. Son Altesse Impériale le césarevitch grand duc Nicolas Aiexandrevitch. »

On comprend les sensations que produisirent à Paris comme à Londres les phrases de ce manifeste relatives à la Pologne, à la Finlande et surtout aux vues ambitieuses de Pierre, de Catherine et de Nicolas que leur héritier n'entendait point déserter; généralement, on s'étonna que le nouveau Tzar s'exprimât avec tant de netteté et afficbàt tout d'abord une politique aussi tranchée.

On apprit, en même temps, qu'Alexandre II conservait leurs portefeuilles à tous les ministres de son père. Ainsi, pour ne parler que des plus importants dans la situation donnée, le prince Tscherniciielï restait président du conseil, M. de Nesselrode chancelier et ministre des affaires étrangères, et le prince Dolgorouki, ministre de la guerre; la marine demeurant sous la direction du grand duc Constantin.

Ces divers symptômes, il faut bien le dire, ne

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pouvaient paraître paciflques même aux yeux de

ces optimistes qui croyaient encuie à Tinitiative de 1 Autriche ou à la franche adhésion politique du gouvernement prussien.

Au lieu de partir pour la Crimée^ Napoléon 111 renonçant tout à coup au projet qu*on lui avait

prêté, résolut d'aller, accompagné de Tlmperatrice, faire une visite à la reine d'Angleterre et Tinviter verbalement à venir à Paris pendant la durée de 1 exposition de l'industrie.

Cette résolution fut officiellement annoncée dans la réception d'adieu du Corps législatif, le 1 5 avril 1855. (I Je vous remercie de votre visite, Messieurs, dit l'Empereur aux députés, je vais à Londres et je m'y occuperai des affaires d'Orient. Nous voulons la paix mais une paix honorable. Ce n est qu'à ce titre là qu'elle peut se faire. Au reste, paix ou guerre, je compte sur votre loyal concours. »

Quinze jours auparavant la portion de la garde impériale qui devait prendre part à la guerre de Crimée et dont le contingent formait environ huit mille hommes avait été dirigée sur Toulon et Marseille après avoir été passée eu revue par l'Empereur.

Le couple impérial se dirigea rapidement sur

Calais pour se rendre ensuite de Douvres à Windsor où la reine Victoria résidait alors, population anglaise dont la curiosité était très excitée par ce voyage semblait animée, d'ailleurs, des sentiments les plus cordiaux.

Dès le matin du 16 avril, la ville de Douvres était assiégée par une foule immense. Toutes les autorités municipales étaient sur pied, la garde civique et la yeomanry sous les armes ; des drapeaux flottaient à toutes les fenêtres donnant à la vieille cité un air de jeunesse et de fête. Le prince Albert arriva vers iieul' heures du matin et reçut du maire et du conseil municipal une adresse à laquelle il répondit par quelques mots affectueux, ajoutant que la visite de Napoléon 111 ne pouvait que resserrer les liens qui existaient déjà entre l'Angleterre et la France, ce qui devait nécessairement accroître les forces et le bien-être des deux nations^ phrases stéréotypées, qui pourtant empruntaient de la circonstance même une signification particulière et une valeur incontestable.

Un épais brouillard était descendu sur la ville et sur la mer, dérobant à la vue le château, les falaises et les navires en rade. Lanavigationsurcescôtes ne laisse pas de présenter quelquefois des dangers et Ton craignit un moment que le programme de la journée ne fut forcément modifié. Cependant, on apprit à neuf heux*es et demie que Tempereur des

Français avait quitté Calais à bord du Pélican, les canons tonnèrent du haut des falaises et tout se

disposa pour la réception oflicielle. Le maire et les autorités municipales attendirent sur la magnifique jetée commencée depuis sept ans et qui nétait paj» encore terminée à cette époque. Cependant le brouillard ne se levait pas et Ion n'apercevait rien à cent cinquante mètres de distance.

Vers onze heures et demie, une salve générale des batlerios de la côte annonça l'arrivée de Tescadrîlle .impériale. Le prince Albert descendit au débarcadère, accompagné du comte Walewski et du personnel de l'ambassade française; mais rien ne parut; un faux signal avait été donné. On vit le prince Albert causer longuement avec lord Chelsea de 1 unitorme de la milice qu il examinait en détail, et lord Paget monta dans une chaloupe pour aller faire une reconnaissance eu mer. Mais au moment où il s'installait dans lembarcation, le Pélican apparut à cent mètres du débarcadère portant à l avant le paviilou anglais et au grand màt le drapeau tricolore. Napoléon lU debout sur le pont du bâtiment à vapeur, salua le prince Albert, la foule qui se pressait &\ir les quais fit entendre un lon<^ hourrah et la musique de la milice entonna 1 air : Partant pour la Syrie, puis le couple impérial débarqua.

La traversée, très-mauvaise, avait été d*une

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heure et demie plus longue qu'elle n aurait

l'être et le bâtiment qui portait Napoléon III, enveloppé par le brouillard eu sortant de Calais ^ avait, quoique très-habilement dirigé et précédé à deux encablures par un autre navire, failli être jeté sur les rochers de South Foreland.

Après un déjeuner servi à l'hôtel du Lord Warden où le priuce Albert avait directement conduit ses hôtes entre deux haies de la milice et aux applau-* dissements de la iuule; le uuiii c et les aldermen de Douvres présentèrent une adresse de félicitation à Napoléon III qui répondit quelques mots en anglais^ puis on se rendit au chemin de fer.

La suite de Flmpératrice se composait de la grande maîtresse princesse d Essling, et de deux dames d'honneur. Celle de TËmpereur de huit personnes dont les principales étaient le maréchal Vaillant^ le duc de Bassano, les colonels Ney et Fleury.

Ce ne fut qu à sept heures du soir qu ou signala au château de Windsor l'arrivée du train impérial. Un détachement des gardes, formait la haie depuis la station du Great-Western-Railway jusqu'aux portes du palais où une garde d'honneur reçut au sou des laiifares rEinp(îreur et l'impénitrice qui occupaient des voitures découvertes de même que le prince Albert et leurs suites. La reine d'Angleterre^ entourée du prince de Galles^ de la princesse

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royale, du duc de Cambridge et du prince de Leiningen, reçut ses visiteurs dans le grand vestibule du palais. Les dignitaires de 1 État et de la Couronne y compris lord Palmerston et le comte de Clarendon étaient groupés , tous en costume, derrière la reine, ainsi que la duchesse de Wellington, grande maîtresse du palais, les dames et demoi* selles d'honneur.

Ces divers personnages montant le grand escalier arrivèrent dans la salle do tr^ne où les jeunes enfants de la famille royale étaient réunis; puis dans la salle de réception oii , suivant la tradition des cours, les personnes de la suite des souverains leur furent réciproquement présentées. Le dîner eut lieu dans la salle Saint -Georges, puis, après avoir entendu quelques morceaux de musique exécutés par les artistes de la chapelle de la reine, l'Empereur et Tlmpératrice se retirèrent dans les grands appartements de gala du château qui leur avaient été destinés. Désormais blasé sur les contrastes, iNapoléon III pouvait-il bien encore comparer cette réception splendide, dont chaque détail était redit en Europe et avait, pour ainsi dire, une portée politique avec Texistence modeste, effacée, qu il avait menée quelques années auparavant sur ce même sol anglais d'où il était parti deux fois pour tenter la fortune? On s'habitue vite aux grandeurs, et le passé s efface plus vite encore. Mais

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l'existence d'aucun personnage de ce temps^^i n'a offert de scènes aussi opposées.

Deux jours après un chapitre de 1 ordre de la Jarretière était tenu à Windsor par la reine Victoria et Fempereur des Français était reçu chevalier de cet ordre illustre, comme le roi Louis-Philippe lavait été dans une circonstance analogue ; puis eût lieu le déjeuner offert à Guild-Hall par la ville de Londres et qui fut suivi d'une grande réception diplomatique chez le comte Walewski, ambassadeur de France. Tous les représentants des cours étrangères à l'exception de M. de Bemstorf» ministre de Prusse, qui s'était fait remplacer d'ailleurs par M. d*Usedom, s'étaient empresses de se rendre à l'invitation du comte Walewski. Un petit incident signala cette réception : l'Empereur ayant aperçu M. Ruciiauau, ministre des États-uuis à Londres, alla vers lui et l'engagea à venir voir à Paris lexposition universelle qui devait bientôt s'ouvrir. Il est bon d'ajouter que les États-Unis étaient si peu représentés à Texposition que cette rareté ou, pour mieux dire, cette absence de produits, avait piesque la portée d'une manifestation politique; du moins on 1 interprétait assez généralement ainsi. M. Buchanan répondit qu il allait très-proehainement repartir pour les États-Unis, ce qui lui rendait difficile de visiter l'Exposition française. — La vapeur abrège bien les distances, observa TËmpe-

Diyitized

reur. « C/est vrai, reprit M. Buchanan, et il y a moins loin, peut-être de Paris à Washington que de Paris h Sébastopol où Votre Majesté va, dit-on, se transporter. » « Ceci est mon ailaire et personne n'en sait rien » dit TEmpereur visiblement mécontent de cette sorte d interpellation directe et peut-être aussi du ton de son interlocuteur.

Le 21 avril, le couple impérial quittait Londres à dix heures du matin et devait rentrer le lendemain soir à Paris après avoir passé à Boulogne une revue des troupes «groupées sur ce point du littoral. Les mêmes bâtiments formant Tescadrille qui escortait le Pélican pendant la première traversée, l'accompagnaient encore au retour y compris CAusterlitz qui pendant le brouillard avait fait côte près de Douvres mais sur lequel on n'avait signalé aucune lésion importante. Cette fois le canal fut franchi par un temps plus favorable et aucun incident ne vint troubler le voyage.

Mais après.' les émotions agréables de cette excursion politique, au milieu des souvenii's r( centset Hatteursde la réception cordiale du peuple anglais^ un événement d'une nature bien différente vint donner un sombre avertissement de l'instabilité possible des choses humaines.

L'Empereur était rentré le22avril àParis. Le28, entre cinq heures et cinq heures et demie du sou% au momeut où il passait à cheval dans l'avenue des

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(Champs-Elysées eseorté de deux aides de camp se rendaDt au bois de Boulogne où Tlmpératrice le précédait en voiture, un homme attablé à un café à la hauteur du Château des fleurs se leva soudainement en le voyant s avancer, 8*élança sur la chaussée sortitde son paletot gris un pistolet à deux coups, tira ♦ une première fois sur 1 Empereur dont il s'était eiforcé d'approcher le plus possible, puis une seeonde ibis et cherchait déjà dans ses vêtements un auti*e pistolet, qu'il y tenait caché, lorsqu'un Corse nommé Alexandri, appartenant à la police et placé dans une voiture qui suivait de près 1 Empereur, se précipita sur Tassassin, et, luttant avec lui, l'atteignit d'une arme qu'il portait. Tous deux roulèrent dans la poussière et l'Italien (car c'en était un) rudement maintenu par le Corse fut aisément arrêté.

Le bruit de la première détonation avait fait hondirle cheval de l'Empereur, et ce dernier apercevant alurs l'assassin prêt à tirer un sccuiid cuup de 1 arme qu'il dirigeait contre lui, s'était brusquement penché en arrière et avait ainsi évité la balle.

La foule s'assemblait, des ouvriers qui travaillaient dans le voisina^ venaient à chaque instant la grossir. L Empereur avait regardé si son cheval était blessé, puis ouviant ses vêtements pour montrer aux personnes qui l'entouraient qu'il n'était pas atteint, il avait dit au colonel Edgard Ney, « courez en avant et allez rassurer Eugénie, » puis

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continuant sa route il s'était dirigé au pas du côté du bois de Boulogne.

L'Impératrice éprouva Témotion la plus vive eu apprenant cet attentat. Par une circonstance siagulière, elle se trouvait avoir contribué à sauver 1 Empereur, détail peu connu et parfaitement exact : son écu^er étant atteint d'une indisposition le jour de cette promenade, l'Empereur^ au moment du départ, avait ordonné à 1 un des deux officiers qui raccompagnaient de rejoindre la voiture de Tlmpératrice et de l'escorter. Mais en voyant arriver cet officier, M. de Valabrègue, et par uue sorte de prescience^ Tlmpératrice avait insisté pour qu'il retournât de suite auprès de 1 Empereur. Celui-ci s'avançait alors dans les Champs-Élysées n'ayant auprès de lui que le colonel Edgard Ney qui protégeait sa gauche. M. de Valabrègue rejoignit au rond point TËmpereur couvert dès lors des deux côtés et cette circonstance gêna singulièrement les mouvements de Pianori dont elle contribua puissamment à faire avorter le dessein. Dès que la nou* velle de 1 attentat se l'ut répandue dans le bois de Boulogne^ beaucoup de cavaliers et d'amazones cherchèrent les deux souverains et, formant un groupe autour d eux, leur ûrent une escorte au retour. L'Impératrice n'était pas maîtresse de son émotion et ne pouvait retenir ses Ih hk s. Le soir l'Empereur voulut paraître au théâtre de TOpéra

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Comique^ et lorsqu'il revint aux Tuileries^ il y trouva réunis plusieurs membres du Corps diplomatique qui ayant de suite télégraphié la nouvelle à leurs souverains respectifs^ étaient déjà en mesure de communiquer à TEmpereur les réponses qu'ils avaient reçues.

Cependant Fauteur de lattentat , jeté dans une voiture, avait été cotuluità la préfecture de police, où M. Pietri lui avait fait subir un premier interrogatoire. On avait trouvé sur lui, au moment de son arrestation et indépendamment du pistolet à deux coups qu'il venait de décharger^ deux autres petits pistolets, un poignard et cent francs en or. Son passe-port était piémontais. Son pistolet à deux coups était de fabrique anglaise. Le chapeau cfu'il portait paraissait avoir été récemment acheté à Londres.

Agé d*une trentaine d'années, il déclara faussement s'appeler Liverani et avoir exercé à Home la profession de cordonnier. 11 avait juré, disait-il, lors du siège et de la prise de Rome par l'armée française, de frapper un jour Louis-Napoléon Bonaparte, qui n*était alors que président de la République.

A peu de distance du lieu où 1 attentat avait été

commis, dans les Champs-Élysées, une femme

placée dans une voiture attendait l assassin, la

main placée sur la portière pour la lui ouvrir et u* $ÉRiB. — n. 7

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le faire échapper à toute vitesse s'il était parveau^ dans le premier moment de trouble^ à se soustraire à Tétreinte de la police. La voiture et la femme ne purent être retrouvées. Pendant la nuit beaucoup d'arrestations furent opérées, parmi les réfugiés récemment venus à Paris et au noml)re desquels se trouvaient plusieurs Italiens. On sait qu en vertu de Tarticle 54 de la Constitution , une Baute Cour de justice, juge sans appel ni recours en cassation tous les attentats ou complots contre le chef de l État, mais cet article de la Constitution n'exclut pas la juridiction ordinaire et ce l'ut à la juridiction ordinaire, c'est-à->dire à la Cour d'assises de la Seine, que l'Empereur voulut confier le soin de prononcer sur Tattentat commis contre sa personne.

L'instruction de 1 aO'aire fit connaître que Tas* sassin se nommait Giovanni Pianori et que, bien qu'il déclarât n'avoir pas de complices, l'acte qu'il avait commis était certainement le résultat d'un complot, et devait d*abord s'exécuter à Londres pendant le séjour de l'Empereur. Pianori était venu d'Angleterre avec une petite somme d'argent, trois cents francs, qu'il n'avait pu gagner par son travail. L'arme dont il s'était servi, celles qu'il portait sur lui au moment de l'attentat étaient des armes d'une certaine valeur. Il avait, avant de \eiiir à Paris et de se rendre à Londres, séjourné à Mar-

seiile et à Lyon. 11 fut très -laconique dans ses réponses, soutint jusqu'à la fin qu'il n'avait pas de complices et iiiuiitra une impassibilité presque absolue durant Taudience , tort courte d'ailleurs, qui fut consacrée à son jugement. M. Paillet avait été désigné d'office pour le défendre. Il se dit malade et fut remplacé par M. Benoît Ghampy qui, pris ainsi à Timproviste et assez embarrassé de ce rùle de défenseur qu'on lui donnait vifr-à-vis d'une pareille accusation, ne prononça qu*un plaidoyer extrêmement court. M. Kouiand, procureur gênerai, déclara qu'il ne considérait pas ce crime comme un crime isolé et que la police était sur les traces des ramifications qu'il pouvait avoir. La suite a prouvé d'une façon bien sérieuse la vérité de ces assertions et la réalité d'une eouspiiation persévérante contre les jours de Napoléon fll, voué à la mort par les sociétés secrètes de l'Italie. Pianori. condamné à la peine des parricides aux termes de la loi votée, comme nous l'avons vu, par le Corps Législatif en mai 1853 et qui remettait en vi^^ueur les articles 86 et 87 du code pénal^ dit seulement lorsqu'on lui demanda s'il n'avait rien à ajouter pour sa défense « l'ho falo e non lo faro più. »

En le frappant, on n'abattait qu'une des mille têtes de l'hydre toujours renaissante acharnée contre la personne de l'Empereur.

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Par UQ décret daté et envoyé de Windsor^ Napoléon IH avait appelé Tamiral Hamelin au ministère de la marine en remplacement de M. Ducos que la mort venait d'enlever, encore dans la force de l'âge, à ce poste rendu si important parla guerre engagée contre la Kussie.

M. Théodore Ducos, né en 1801 , et envoyé pour la première fois à la Chambre des députés par le département de la Gironde, sous la monarchie de 1 830, était un de ces hommes dont les qualité8n*alo lant pomt jusqu à l'extrême, qui produit quelquefois le défaut et provoque toujours lenvie, sont généralement sympathi«]iies aux grandes assemblées politiques. Doux sans timidité, honnête sans raideur, habile sans duplicité, disert sans éloquence, M. Ducos avait traversé nos dernières révolutions en sachant ne froisser personne, et était arrivé le plus simplement du monde à la position élevée que lui réservait le second empire.

Par une singulière fatalité, la mort qui avait récemment frappé un de ses deux enfants jumeaux, enlevait T autre en même temps que luimême ; de telle sorte que les obsèques du ministre réunirent d'une façon touchante les cercueils du père et du ûls.

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La mort frappait aussi à Sébastopol, et avec une

incessante rigueur^ les individualités militaires les plus sympathiques, les plus connues. Chaque courrier apportait quelque nouveau nom à inscrire sur ce martyrologe de 1 honneur et du devoir. A Paris, Sébastopol ne passionnait plus, mais attris* tait l'opinion : le pays, vis-à-vis de la guerre de Crimée, était comme un malade dont les &ou£&an* ces se prolongent et qui, après les avoir supportées avec impaUence, Unit presque par s'y habituer. Depuis le retour du général Niel, que sa haute capacité spéciale dans Farme du fit nie rendait si apte à juger une situation pareille, le public renseigné et le gouvernement français savaient deux choses : la première, c'est que jamais un siège n'avait été entrepris dans des conditions plus défavorables, par la raison très-simple que, l'investissement de la place n étant pas complet, la garnison et ses travailleurs pouvaient se trouver sans cesse renouvelés. La seconde, c'est que, quel que fut, d'ailleursj le parti que Ton prendrait au sujet de Tinvestissement, et malgré le danger d*étendre encore sur la droite des chemmements déjà trop développés, il fallait attaquer la place du côté de Touvrage dit tour MalakofP.

Lorsque le général Niel quitta la Crimée, douze cents travailleurs, placés sous les ordres du générai Bosquet^ commençaient^ sur ce point, les tra-

vaux d'approche. On était alors au 8 février. L'armée française venait de recevoir une organisation nouvelle qui la constituait en deux corps. Le premier devait être coniinandé prir le <^tn('ral Pélissier et était attaché comme auparavant à lattaque de gaucbe. Le deuxième restait sous les ordres du général Bosquet, et, tout en demeurant corps d observation^ était chargé d*exéeuter les travaux dirigés contre la tour Malakoff. La garde impériale et la division Brunet seraient établies dans une position centrale, prêtes à se porter sur les

points menacés.

. De leur coté, les Russes qui avaient compris que cetait vers la tour Malakoff qu^allaient se porter les efforts de leurs adversaires, concentraient sur ce point leur incroyable ardeur» et, dirigés par T habile Totdleben, improvisaient chaque jour de nouvelles redoutes : ce grand défenseur de villes rencontrait un concours étonnant dans ces énergiques remueurs de terre.

Un instant, lorsqu'on apprit en Crimée la mort de lempereur Nicolas, on supposa que ce grave événement pourrait amener quelques modifications dflÉs la situation politique qui réagiraient sur les faits de guerre. Mais l'illusion fut de courte durée, ainsi qu'on Ta vu, et le siège dut continuer av^ plus d'ardeur que jamais» A la date du 23 mars, une dépêche particulière du général Can-

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robert adressée au ministre de la guerre dépei-

lignait la position de la façon la plus claire et la |jluâ eomplète. « A la gauche> disait le général^ le premier corps continue à fonctionner et à défendre avec un succès constant les énormes travaux d attaque entrepris, de ce côté, contre la place. On a la confiance que le feu concentré entre le bastion Central et le bastion du Mât» assurera à nos eolonnes d'assaut la possession, au moins, de la première enceinte de la ville comprise entre ces deux points. A la droite, le deuxième corps qui, tout tiii observant la plaine de Balaclava et la vaste vallée de la ïcbernaïa, doit occuper le plateau dominant dlnkermann, où il a élevé de nombreuses ' batteries au milieu de difficultés de tout genre, cheminé péniblement sur le roc vif, sous le feu des grosses batteries de Karabelnaïa et sous celui d une myriade de tirailleurs retranchés dans les nombreuses embuscades vers le mamelon sud de la tour Malakoff. Là, Tennemi a construit un trèsfort ouvrage qui est protégé, en avant, par le feu croisé des batteries s'étendant depuis le grand Redan jusqu'aux ouvrages russes, à Test de la baie du Carénage et soutenu en arrière, à moins de huit cents mètres, par plus de vingt mille hommes d'infanterie, pouvant lacilement et à notre insu être portée à un effectif double en une seule nuit. L'ennemi attaque à chaque instant nos chemine-

menu et noti'e parallèle; il n'a pu jusqu'à présent

arrêter nos travaux de ce côté, mais il ca cuuUarie la marche el nous fait éprouver des pertes ; il a en outre^ par suite de la configuration du terrain de dctense^ qui est la corde d'un arc de cercle^ le grand avantage de tenir ses forces réunies sur ce point central, et de pouvoir facilement les jeter en masse sur une partie quelconque de la mince ligne que nous occupons autour de lui et qui est éloignée de près de quiiUe kilomètres de nos camps les plus rapprochés. Ces circonstances jointes à celles que feraient naître une attaque et une démonstration conibiuées contre nos lignes de cireonval- ' lation par les vallées de la Tchernaïa et de Balaclava, constituent pour le deuxième corps et, par suite^pour 1 armée un danger réel auquel je m'efforce d'obvier par le bon emplacement de solides réserves et par l'augmentation de l'efCectif des troupes du général Bosquet. » Tels étaient^ en résumé, le fort et le faible de la situation de notre armée à la âu du mois de mars.

Le 4 de ce même mois, on avait échangé à Tu l in les ratifications d'un traité par lequel le roi de Saidaigne s'alliant activement, en me de 1 avenir, à la politique de la France et de TAngleterre en Orient, s'engageait à fournir, pour les besoins de la guerre, un corps d'armée de quinze mille hommes formant deux divisions el une briga<ie de

réserve soue le commandement d'un général sarde,

. la solde et la subsistance de ces troupes duvant demeuit^rà la charge du gouvernement de Victor- Emmanuel. Les visées ambitieuses de ce souverain rendaient incontestablement une telle initiative très-habile^ et la suite a prouvé à quel point cette résolution longuement méditée pouvait devenir fructueuse pour la maison de Savoie. Ce fut au général Alphonse de la Marmora que fiit confié le coininandement de cette petite armée. La cour de Turin venait de faire une perte cruelle en la personne du Ane de Gènes, prince qui, dans les guerres de 1848 et de 1849, en Italie, avait montré de grandes qualités militaires et qui eût, trèsprobablement, désiré diriger lui-même cette lointaine expédition. Ce fut dans le courant du mois d*avri 1 que les Piémontais débarquèrent en Crimée. -

A cette même époque Orner Pacha débarquait aussi amenant quatre divisions turques^ et^ du 12 au 20 mai, la garde impériale, sous les ordres du général Regnaud de Saint- Jean d'Angely, après avoir séjourné deux semaines au camp de Maslak, près de ConsLantinople, arrivait également devant Sébastopol accompagnée de deux divisions d infanterie, commandées par les généraux d'Herbillon et d Aurelle ainsi que de la division de cavalerie placée sous les ordres du général d'Allonville. De leur côté les Russes avaient reçu des renforts

Uigit

considérables. Un nouveau commandant en chef

leur était arrivé pour remplacer le prince Menchikoff que Tétai de sa santé forçait de quitter la Crimée. Ce nouveau général envoyé à Sébastopol était le prince Gortchakotï^ qui s'était fait connaître pendant la campagne de Pologne en 1831 , notamment à la bataille d'Ostrolenka et à la prise de Varsovie où il avait le commandement supérieur de Tartillerie russe. Plus récemment» en 1853, lors de roccupation des provinces Moldo-Valaques , le prince Gortchakoff avait commandé Tarmée du Danube jusqu'à l'arrivée du maréchal Paskiewitch.

Pendant la durée deâ mois de mai's et d'avril, un grand nombre de sorties nocturnes des assiégés avaient été repoussées par nos soldats^ mais quelquefois avec de grande pertes, car les Russes mon* tnûenl un acharnement extraordinaire. Une de leurs attaques les plus vigoureuses avait eu lieu dans la nuit du 22 au 23 mars. C étaient des alertes continuelles, des embuscades imprévues qui fatiguaient singulièrement le soldat et gênaient beaucoup nos travaux. De temps à autre également, les assiégeants tentaient des attaques partielles destinées à déloger les tirailleurs russes et à renverser les ouvrages en terre plus ou moins importantSy derrière lesquels s abritaient les colonnes

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