NAPOLÉON A FONTAINEBLEAU
par Tennemi? Que n'en obtiendrait-il pas en lui promettant, en lui garantissant sûreté pour les personnes et respect pour les propriétés? Le besoin de sauver tant de richesses qui s'y trouvaient entassées ne dominerait-il pas bientôt sur tous les autres sentiments, et la plus éclatante, la plus dangereuse de toutes les défections ne viendraitelle pas alors s'ajouter à celle dont la ville de Bordeaux s'était déjà rendue coupable? Si les Bourbons avaient des partisans quelque part, pouvait-on douter qu'ils ne se rencontrassent à Paris en plus grand nombre que partout ailleurs? Telles étaient sans doute les puissantes considérations qui se balançaient dans son esprit, lorsque le 28, dans l'après-midi, étant revenu à Doulevent, il y reçut par un émissaire de M. de La Valette les premières nouvelles directes de Paris qui lui fussent parvenues depuis dix jours. Le billet était ainsi conçu : « Les partisans de l'étranger, a encouragés par ce qui se passe à Bordeaux, lèvent la « tête. La présence de Napoléon est nécessaire s'il veut « empêcher que sa capitale ne soit livrée à l'ennemi; il n'y a a pas un moment à perdre. »
Toutes les incertitudes de l'Empereur cessèrent et les ordres furent aussitôt donnés pour un mouvement qui commença le lendemain 29, et qui devait, par des marches accélérées, amener l'armée au secours de la capitale. La réunion de toutes les forces ennemies s'étant opérée dans la vallée de la Marne, la route par Troyes était redevenue libre, et on en eut bientôt la certitude par l'arrivée de courriers et d'estafettes qui avaient été longtemps retenus à Montereau et qui venaient enfin de percer par cette route. L'Empereur, tourmenté par tout ce que les courriers lui avaient appris, se décida, dès le second jour de marche, à prendre les devants. Il était donc arrivé de sa personne à Fontainebleau le 30, dans l'après-midi. Il avait cru devoir hasarder une dernière démarche pour renouer des négociations dont la rupture lui apparaissait enfin dans toutes
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ses conséquences. Le 24, il avait été rejoint à Saint-Dizier par M. le duc de Vicence, que la dissolution du congrès de Châtillon ramenait auprès de lui, et qui, depuis le 20, battait la campagne pour gagner son quartier général. Avec M. de Vicence revenaient nécessairement les conseils paci- Qques, et, dès le 25, il s'était fait autoriser à écrire à M. de Metternich pour le prévenir qu'arrivé dans la nuit auprès de l'Empereur il avait sur-le-champ reçu ses derniers ordres pour la conclusion de la paix, et avait été investi de tous les pouvoirs nécessaires pour la négocier et la signer avec les ministres des cours alliées, cette voie pouvant mieux que toute autre en assurer le prompt rétablissement. Il était donc prêt à se rendre au quartier général des souverains et attendait aux avant-postes la réponse de Son Excellence, hn, démarche était très suffisamment motivée par une dernière lettre du prince de Metternich au duc de Vicence, en date du 18. On y lisait ces mots : « Monsieur le a duc, les affaires tournent bien mal. Le jour où on sera « tout à fait décidé pour la paix avec les sacrifices indis- « pensables, venez pour la faire^ mais non pour être l'inter- <f prête de projets inadmissibles. Les questions sont trop « fortement placées pour qu'il soit possible d'écrire des « romans sans de grands dangers pour l'empereur Napo- (c léon. » Puis, après quelques développements de cette idée, la lettre était ainsi terminée : « Vous devez connaître « nos vues, nos principes, nos vœux. Les premières sont « tout européennes, et par conséquent toutes françaises; « les seconds portent à avoir l'Autriche comme intéressée « au bonheur de la France ; les troisièmes sont en faveur d'une « dynastie si intimement liée à la sienne. Pour mettre un terme « aux dangers qui menacent la France, il dépend encore « de votre maître de faire la paix. Le fait no dépendra « peut-être plus de lui sous peu. Le trône de Louis XIV, « avec les ajoutés de Louis XV, offre d'assez belles chances « pour ne devoir pas être mis sur une seule carte. Je ferai