‹ Histoire de mon tempsChapitre 101 sur 223 · MISSION DE M. DE WESSENBERG · texte numérisé non relu

MISSION DE M. DE WESSENBERG

a tout ce que je pourrai pour retenir lord Castlereagh a quelques jours. Ce ministre parti, on ne fera plus la a paix. » Rien ne saureiit mieux que cette pièce prouver que FAutriche voulait toujours laisser une porte ouverte aux négociations, et qu'elle a été menée fort au delà du but qu'elle se proposait.

Quatre jours après, une nouvelle occasion se présenta de mettre à profit cette disposition, et elle fut encore avidement saisie. Au moment où le quartier général allait quitter Saint-Dizier pour se porter sur Troyes, dans la journée du 29, on y amena huit ou dix individus dont les voitures avaient été enlevées sur la route de Nancy à Langres par les coureurs de la cavalerie légère commandée par M. de Pire. Ils revenaient de Nancy, où ils avaient été envoyés auprès de Monsieur, comte d'Artois. On a su depuis que M. deVitrolles se trouvait parmi eux; mais il eut l'adresse d'échapper en se faisant passer pour un homme de service. Le principal entre ces personnages était M. de Wessenberg, ambassadeur d'Autriche en Angleterre; il arrivait de Londres et venait joindre son maître. Napoléon n'hésita pas à tirer parti de cet incident pour s'adresser directement à son beau-père. M. de Wessenberg fut traité avec les plus grands égards, la liberté lui fut rendue, ainsi qu'à tous ses compagnons, et il repartit immédiatement, chargé d'un message confidentiel pour l'empereur d'Autriche, qu'on croyait à peu de distance; mais, par une dernière fatalité, la pointe si malencontreuse qui venait d'être tentée sur Chaumont en avait fait partir ce souverain, et, dans la crainte de tomber entre les mains des coureurs français, il avait poussé tout d'une traite jusqu'à Dijon; il se trouvait ainsi hors du cercle des opérations et même des correspondances rapides ; M. de Metternich l'avait accompagné. Les démarches tentées auprès de l'un et de l'autre devinrent donc complètement inutiles.

Les maréchaux Marmont et Mortier arrivèrent le 29 à

Charenton, vers midi; on leur a reproché, mais suivant moi sans fondement, attendu l'état de fatigue où devaient se trouver leurs soldats, d'avoir perdu plusieurs heures avant de venir occuper les routes de Bondy et du Bourget, par lesquelles l'ennemi arrivait; cardans cette soirée du 29, le quartier général de l'empereur de Russie se trouvait déjà établi à Bondy. Toute la nuit fut employée de part et d'autre aux préparatifs de l'action décisive qui devait avoir lieu le lendemain et dont le récit se trouve tracé avec une admirable fidélité dans l'ouvrage de M. de Eoch. Les généraux français n'avaient pas eu le temps d'arriver jusqu'aux positions qu'il leur eût été le plus utile d'occuper.

Les alliés agissaient avec cent cinquante mille hommes au moins, nous n'avions h leur opposer que dix-huit mille hommes, infanterie de toutes armes, dont quatre mille conscrits et six mille hommes de la garde nationale. On peut ajouter cinq mille hommes environ de cavalerie, mais la nature du champ de bataille les rendait presque entièrement inutiles.

L'action s'engageale 30, à six heures du matin. L'ennemi savait qu'il avait tout à gagner à la précipiter; il voulait que la question fût décidée avant l'arrivée de Napoléon, dont il avait appris la marche rétrograde et rapide ; les dispositions prises à la hâte furent donc assez défectueuses. Je m'étais couché la veille fort tard, et je fus réveillé en sursaut par le bruit du canon, auquel se joignait celui de la fusillade. Cette circonstance me fit croire le champ de bataille beaucoup plus rapproché qu'il ne l'était en effet, et je ne fis, dans le premier moment, aucun doute qu'on ne se battît aux barrières mêmes. On en était cependant encore fort loin. Les devoirs de ma place ne me permettaient pas de quitter l'hôtel de la préfecture de police ; je devais toujours me tenir prêt à envoyer les ordres que pourrait réclamer la sûreté intérieure de la capitale. Cette obligation me fut infiniment pénible.

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