‹ Histoire de mon tempsChapitre 99 sur 223 · COMBAT DE SAINT-DIZIER · texte numérisé non relu

COMBAT DE SAINT-DIZIER

et celle de tous les fourgons dont la cour des Tuileries fut remplie» dès la matinée du 29, produisirent la pénible impression à laquelle on avait dû s'attendre; il y eut beaucoup de murmures» surtout dans la garde nationale. Elle voyait clairement le peu de foi qui devait être ajouté aux paroles de TEmpereur, lorsqu'il avait paru, la veille de son départ, se confier si parfaitement à elle du soin de protéger et de garantir la sûreté de sa femme et de son fils. Ce fut apparemment pour atténuer cette impression et pour parer aux inconvénients qui pouvaient en résulter, que le prince Joseph jugea à propos de faire paraître une proclamation dans laquelle il disait aux Parisiens : « Je ne vous quitterai pas. » Cette assurance était une faible consolation; je crois -que personne n'a été tenté de s'y fier.

Le départ de l'Impératrice eut donc lieu le 29, à neuf heures du matin, et le Moniteur publia en même temps, qu'à la date du 26 l'Empereur avait battu à Saint-Dizier le général Winzingerode, avait fait deux mille prisonniers, avait pris des canons et beaucoup de voitures de bagages. Cette nouvelle annonçait un mouvement rétrograde, et en effet. Napoléon croyant avoir trouvé une belle occasion de tomber sur une partie importante de l'armée ennemie, était revenu sur ses pas, et c'est ainsi qu'avait eu lieu le combat du 26. Le résultat de cette affaire fut de lui montrer que ce qu'il avait pris pour un corps d'armée régulièrement composé n'était qu'un fort rideau de cavalerie destiné à lui dérober la connaissance de ce qui se passait entre lui et la capitale. Il ne devait plus ignorer le parti qu'avaient pris les armées coalisées; il voulut avant de prendre une décision attendre le résultat des reconnaissances qu'il avait envoyées dans la direction de Vitry. Quand il n'y eut plus de doute possible, son hésitation fut grande. Les alliés, en marchant sur Paris, l'avaient laissé maître de tous ses mouvements. Rien ne pouvait plus Tempôcher de rallier ses garnisons et de fermer toutes les routes de

retraite h Tennerni. En se résignant à lui abandonner sa capitale pendant quelques jours, il gagnerait aisément le temps nécessaire pour appeler et concentrer autour de lui toutes SCS forces. L'armée de Suchet, dont une partie était en route sur Lyon, pouvait arriver assez vite à son secours; réunie à celle d'Augereau et à celle d'Italie, elle formerait à ses côtés une masse de troupes aguerries. Le pays dans lequel il aurait à se mouvoir lui était dévoué, à toutes les époques il lui avait été favorable, et l'esprit militaire qui y dominait venait d'être ranimé par les pillages et les vexations que le passage des armées ennemies avait fait nécessairement endurer à ses habitants. Dans la Bourgogne, dans la Lorraine, dans l'Alsace, dans la Franche-Comté, dans le Lyonnais, on entendait partout retentir le cri de guerre, et les paysans ne demandaient que des chefs et des armes pour courir à l'ennemi et organiser une guerre de partisans, que favorisait la nature du terrain.

La lutte qu'il venait de soutenir en Champagne était loin de présenter des conditions aussi favorables. Comment se fait-il qu'il ait renoncé à un plan de campagne si naturellement indiqué? Il avait probablement déjà appris la défaite qu'avait fait subir au maréchal Augereau, sur les bords de la Saône, l'armée autrichienne qui avait franchi le Jura. Il était aussi, suivant toutes apparences, informé de la résolution adoptée par ce maréchal d'abandonner la ville de Lyon et de se retirer sur Valence, c'est-à-dire sur le Dauphiné. Cette fausse manœuvre dut déranger les combinaisons de l'Empereur. La prise, ou plutôt la défection de la ville de Bordeaux, l'avait de plus décidé à diriger sur cette ville le détachement de l'armée de Suchet qui avait d'abord été destiné pour Lyon. A-t-il été effrayé des conséquences de la prise de sa capitale? Toutes les grandes résolutions, toutes les révolutions étaient parties de Paris; jamais les provinces n'avaient su résister à l'entraînement de son exemple. Quel parti prendrait cette ville, une fois occupée

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