LA PROCLAMATION DE SCHWARZENBERG
France. On y trouvait ces mots caractéristiques : « Les a souverains alliés cherchent de bonne foi une autorité « salutaire en France qui puisse cimenter l'union de toutes a les nations et de tous les gouvernements avec elle. C'est (( à la ville de Paris qu'il appartient, dans les circonstances « actuelles, d'accélérer la paix du monde. Son vœu est c( attendu avec l'intérêt que doit inspirer un si immense « résultat. Qu'elle se prononce et, dès ce moment, l'armée « qui est devant ses murs devient le soutien de ses déci- « sions. Parisiens, vous connaissez la situation de votre (( patrie, la conduite de Bordeaux, l'occupation amicale « de Lyon, les maux attirés sur la France, et les disposi- « tions véritables de vos concitoyens... » Puis venait l'assurance qu'on aurait pour la population tous les égards, tous les ménagements possibles; le tout était terminé par les paroles suivantes : « C'est dans ces sentiments « que l'Europe en armes devant vos murs s'adresse ff à vous. Hàtez-vous de répondre à la confiance qu'elle « met dans votre amour pour la patrie et dans votre f sagesse. »
On ne pouvait dire plus clairement : « Rejetez Napoléon, et tout ce que vous mettrez à sa place nous conviendra. » Mais comment une déclaration si formelle avait-elle pu ^ sortir de la plume du généralissime autrichien, lorsque, si récemment encore, le chef du cabinet, le confident le plus intime des pensées de l'empereur François, écrivait au duc de Vicence : « Vous devez connaître nos vœux, nos prin- « cîpes et nos vues... ceux-ci sont en faveur d'une dynas- « tic si intimement liée à la nôtre. »
La proclamation n'était point l'ouvrage du prince de Scliwarzenberg, elle lui avait été en quelque sorte surprise par le général de Pozzo di Borgo, qui en avait eu la première idée dans un petit village oîi le quartier général des souverains s'était arrêté avant d'arriver à Coulommiers ; il en avait fait adopter le soir la rédaction à son empereur,
et le lendemain matin celui-ci l'avait proposée (1) au roî de Prusse, qui y avait donné son assentiment, et au prince de Schwarzenberg, qui n'avait osé refuser le sien. Fort de toutes ces approbations, le général de Pozzo, en entrant à Coulommiers, n'avait eu rien de plus pressé que d'y chercher une imprimerie ; il s'était hâté d'y faire composer la pièce, et d'en ordonner le tirage à un assez grand nombre d'exemplaires. Mais le prince de Schwarzenberg avait déjà pris les devants avec l'empereur de Russie, et quand il fallut faire figurer sa signature à côté des autres, l'imprimeur déclara qu'un officier autrichien lui avait enjoint de ne pas le faire sans de nouveaux ordres. Pozzo ne s'était pas laissé déconcerter par cet obstacle, et, prenant aussitôt le galop, il avait rejoint son empereur à la sortie de Meaux, sur la grande route. Le généralissime marchait à ses côtés; Alexandre n'eut pas de peine à comprendre la gravité de l'obstacle dont on venait lui rendre compte, et il n'hésita pas, pour le lever, à prodiguer au prince de Schwarzenberg des cajoleries auxquelles celui-ci ne sut pas résister. Son consentement fut donné de nouveau, et aussitôt reporté à Coulommiers. C'est ainsi que la proclamation avait été mise en état de paraître et d'être distribuée avec cette indispensable signature.
Le prince de Schwarzenberg était un galant homme, de fort bon caractère, mais d'un esprit médiocre et de talents militaires plus médiocres encore. On l'avait nommé généralissime des armées coalisées par égard pour l'Autriche et
(1) J'ai tenu dans mes mains et lu la minute de cette pièce d'une si grande importance historique. Elle était chargée de plusieurs corrections, au crayon et faites delà main de l'empereur Alexandre; celle-ci entre autres, à la suite de la phrase ainsi conçue : « Parisiens, vous connaissez la situation de votre patrie, la conduite de Bordeaux, l'occupation amicale de Lyon, etc. » M. de Pozzo, toujours pressé d'atteindre son but, avait mis : « Cherchez dans l'autorité légitime. » L'empereur, plus circonspect, avait effacé ces mots, et les avait remplacés par ceux-ci qui sont demeurés : t Vous trouverez dans ces exemples, i