M. PASQUIER RETOURNE A PARIS
Ea descendant l'escalier, M. de Nesselrode me prévint qu'un aide de camp de l'empereur allait monter dans ma voiture et entrerait avec moi dans Paris pour préparer les logements de Sa Majesté. Je dus donc prier M. de Lamoignon de chercher place dans une autre voiture, et M. de Wolkonski entra dans la mienne, qui prit les devants et se trouva aussitôt environnée par une escorte de Cosaques réguliers de la garde. Nous étions à peine à deux cents pas du village de Bondy, lorsque j'aperçus sur la route M. le duc de Vicence; il était à pied, et m'ayant reconnu, il se précipita à la portière do ma voiture, espérant sans doute apprendre de moi ce qui venait de se passer et surtout ce qui venait de se dire, car les moindres paroles d'Alexandre étaient dans ce moment d'un poids immense. Je sus bientôt après qu'il était là déjà depuis quelque temps et n'avait pu pénétrer dans le village, malgré tout ce qu'il avait tenté pour faire parvenir à l'empereur Alexandre la nouvelle de son arrivée. J'aurais bien désiré échanger quelques paroles avec lui, mais les Cosaques de l'escorte, avertis probablement par un signe de M. de Wolkonski, ne permirent pas à mon cocher de s'arrêter et le forcèrent à marcher beaucoup plus vite. Le trajet du retour fut donc très rapide. La conversation, comme on peut le penser, ne fut pas très animée entre mon compagnon de voyage et moi ; il était cependant d'une extrême civilité et avait les meilleures imanières.
La route était débarrassée des obstacles qui plus d'une fois avaient, en venant, arrêté notre marche. Il avait fallu la rendre libre pour le passage des nombreuses colonnes qui se formaient déjà au bruit d'une musique guerrière, et au milieu desquelles nous marchâmes depuis Pantin jusqu'à Paris. Les troupes dont se composaient ces colonnes avaient toutes à leur bonnet une branche verte et au bras une écharpe blanche. Cette particularité m'ayant frappé, mon compagnon de voyage m'apprit que la branche verte
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avait été adoptée pour se conformer à l'usage des troupes autrichiennes, qui la prenaient toujours lorsqu'elles entraient en campagne. Quant à Técharpe blanche, elle avait été prise avant la bataille de la Rothière, pour que tant de corps de nations différentes pussent se reconnaître dans la mêlée. Il était près do huit heures lorsque nous franchîmes la barrière, que déjà les troupes étrangères occupaient, mais qu'elles n'avaient pas dépassée. Je trouvai, à peu de distance, le peloton de gendarmerie que nous avions laissé à notre passage; il se rangea d'un côté de ma voiture, les Cosaques prirent l'autre côté. Je traversai ainsi une grande partie de la ville pour arriver à la préfectiu'e de police.
Cette première apparition dans rintcrieur de la capitale d'une troupe étrangère fit un grand effet, et je lisais dans les yeux de presque tous ceux qui nous voyaient passer une douloureuse stupéfaction. Beaucoup croyaient que je revenais prisonnier, et en tiraient les plus funestes augures. En quittant Bondy, j'étais convenu avec M. AUent qu'à son retour il donnerait à la garde nationale les ordres nécessaires pour qu'elle eût à continuer son service et à assurer, par de nombreuses patrouilles, la tranquillité de la ville. J'appelai le commandant et les principaux officiers de la gendarmerie, et leur fis connaître que leur corps était conservé jusqu'à nouvel ordre dans ses fonctions, et que j'espérais obtenir bientôt à cet égard une résolution définitive. Ils étaient en général bien disposés pour moi et très désireux de se rendre utiles; mais cependant leur esprit militaire (ils avaient tous servi et bien servi) leur faisait envisager avec déplaisir l'obligation de rester ainsi séparés de l'armée ; il y en avait plusieurs dont le dévouement à Napoléon était très profond. Je leur parlai de mon mieux et m'efforçai de leur faire comprendre qu'il y avait, dans les circonstances où nous nous trouvions, peu de services plus grands à rendre à leur pays et même à l'Empereur, que de veiller à la conservation de la capitale et do