ENTRÉE DES ALLIES A PARIS
verts; cette foule était silencieuse, morne, et attendait les événements avec beaucoup d'anxiété.
L'air noble d'Alexandre, ses manières affables et obligeantes, le soin qu'il prenait de recommander sans cesse à tout ce qui l'entourait de ne froisser personne, causèrent une favorable impression; à mesure qu'il avança sur le boulevard, il fut salué de quelques acclamations. Au mémo moment, un rassemblement s'était formé sur la place Louis XV : il était composé d'un petit nombre de jeunes royalistes, portant les noms les plus estimés de la noblesse française; ils n'hésitèrent pas à prendre la cocarde blanche. Quelques dames qui se trouvaient aux fenêtres de la place et de la rue Royale encouragèrent ce mouvement par leurs acclamations, et se hâtèrent d'offrir des rubans blancs à qui en voulait mettre à son chapeau. Ils se portèrent sur le boulevard de la Madeleine, et marchèrent au-devaat des souverains. Leur groupe ne laissa pas que de grossir en avançant. Ils rencontrèrent l'empereur Alexandre et le roi de Prusse vers le boulevard des Italiens; là commencèrent h se faire entendre avec assez d'intensité les cris de : Vivent les Bourbons! Vivent les souverains! Vive V empereur Alexandre! Parmi les femmes aux fenêtres, beaucoup agitaient des mouchoirs blancs, et répondaient à ces cris qui accompagnèrent les souverains jusqu'aux Champs-Elysées, où ils restèrent longtemps à voir défiler leurs troupes.
Au milieu de ces manifestations, la grande majorité restait silencieuse; si elle ne pensa pas à couvrir de ses protestations des clameurs qui lui semblaient au moins indiscrètes, cela doit être principalement attribué à la vue do l'écharpe blanche que portaient au bras les militaires étrangers; on n'en connaissait pas le véritable motif, on supposait que les alliés se prononçaient ouvertement pour le parti dont cette couleur était remblème.
M. de Nesselrode, à peine arrivé, était allé chez M. de Talleyrand; c'était le résultat le plus certain de la mission
de M. de VitroUes; elle avait aplani les voies , et une courte conversation a dû suffire pour établir entre M. de NesselrodeetM. de Talleyrandla plus parfaite intelligence. Ce dernier, une fois assuré des intentions de Tempereur Alexandre en faveur de la maison de Bourbon, n'hésita pas à promettre son concours, celui de tous ses amis, et se fit fort de déterminer un mouvement qui enlèverait la question ; mais comme il fallait tout concerter entre l'empereur et lui, il fut arrêté que ce souverain habiterait son hôtel ; cette décision, à elle seule, a eu les conséquences les plus grandes.
Le défilé des troupes étant achevé, Alexandre se rendit chez M. de Talleyrand vers cinq heures du soir. Le roi de Prusse suivit peu d'instants après. D'après le compte rendu de M. de Nesschrode, il fut convenu entre eux qu'un conseil se tiendrait aussitôt pour aviser à la marche qu'il convenait de suivre, et pour arrêter les premières dispositions qu'il était à propos de prendre. Ce conseil eut lieu en effet immédiatement; il se composait, outre les deux souverains, du prince de Schwarzenberg, du prince de Lichtenstein, qui en plusieurs circonstances avait été chargé par l'empereur d'Autriche de missions de la plus haute confiance, de M. de Nesselrode et du général de Pozzo di Borgo; M. de Talleyrand et le duc de Dalberg y furent aussi admis de prime abord. M. l'abbé de Pradt, archevêque de Malines, et le baron Louis, qui se trouvaient chez M. de Talleyrand, y furent appelés au bout de quelque temps.
M. de Pradt, dans son écrit intitulé : Récit historique sur la restauration de la royauté en France le 31 mars 1814^ a raconté assez exactement ce qui s'était passé dans ce conseil; quelques détails sont seuls contestables. L'empereur Alexandre indiqua lui-même l'objet de la délibération. Il y avait trois partis à prendre : faire la paix avec Napoléon, en prenant contre lui toutes les sûretés possibles, établir une régence, ou enfin rappeler la maison de Bourbon. Une