‹ Histoire de mon tempsChapitre 117 sur 223 · L£ CONSEIL DU 31 MARS · texte numérisé non relu

L£ CONSEIL DU 31 MARS

cacha pas son inclination pour ce dernier parti, mais il y joignit l'exposé scrupuleux des objections possibles. Avant tout, il ne devait être adopté qu'autant qu'on pourrait se flatter d'un assentiment général dans le pays. Pouvait-on se dissimuler que jusqu'alors cette condition non-seulement n'était pas accomplie, mais que les apparences ne lui étaient pas favorables? Il s'était très bien rendu compte que les acclamations royalistes qui s'étaient fait entendre le matin sur son passage, avaient commencé fort tard, et qu'elles ne partaient pas de la masse populaire; c'étaient cependant les premières qui eussent frappé son oreille depuis son entrée en France; dans toutes les contrées qu'il avait traversées il avait vu fort généralement une population très prononcée en sens tout contraire; mais ce qui l'intéressait par-dessus tout, c'était l'armée. Parviendrait-on à la détacher d'un chef sous lequel elle venait encore de combattre avec tant d'héroïsme, et à qui elle n'avait cessé de donner les marques du dévouement le plus absolu? Lui ferait-on surtout accepter des princes contre lesquels, depuis vingt ans, elle avait constamment été entretenue dans des sentiments de hdne?

La préoccupation d'Alexandre n'avait rien dont on dût s'étonner. Depuis longtemps la France, aux yeux de l'empereur, était représentée par l'armée; vaincue, mutilée, elle était grande encore, les imaginations restaient frappées par quinze ans d'une gloire sans pareille, accrue par l'héroïque résistance que, depuis deux mois, elle opposait aux efforts combinés de l'Europe tout entière. La pensée de donner à la France un souverain que l'armée n'accepterait pas, ou seulement qui lui répugnerîiit, s'offrait dès lors avec des difficultés dont il était impossible de n'être pas effrayé.

Était-il donc si difficile de faire comprendre à la France comme à l'armée, qu'ils n'obtiendraient jamais le repos dont ils avaient tant besoin, aussi longtemps qu'il leur fau-

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