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LES PASSEPORTS

Assailli par une foule de demandes auxquelles il fallait donner solution, ou répondre par des ordres, je n'avais le temps de m'arrèter sur rien; à peine me fut-il permis de reposer une ou deux heures.

Le lendemain je me trouvai encore plus obsédé; les inquiétudes commençaient à être vives sur les approvisionnements. Depuis trois jours rien n'arrivait au marché, on supposait généralement, au dehors, que les barrières devaient être fermées. Les gens de campagne n'osaient donc approcher de la ville; ceux qui en couraient le hasard n'y étaient déterminés que par le besoin de chercher un asile contre les violences du soldat étranger qui, cantonné dans les villages, se trouvant plus loin des regards de ses chefs, se livrait déjà à beaucoup d'excès. D'autre part, il ne manquait pas de gens à l'intérieur de la ville qui pensaient à profiter d'un moment de calme dont la durée ne serait peut-être pas longue pour se mettre en sûreté avec ce qu'ils avaient de plus précieux. La position des militaires était délicate, un grand nombre d'officiers de tous grades, blessés, malades, avaient été forcés de quitter l'armée et de s'établir dans la capitale. N'ayant pu profiter du peu de temps que la capitulation avait accordé aux troupes pour évacuer la ville, ils craignaient que les étrangers ne les déclarassent prisonniers; et comme le ministre de la guerre était parti avec tous les autres ministres, emmenant les principaux chefs de son administration, il ne restait que moi à qui ils pussent s'adresser pour savoir comment ila pourraient, ou se cacher, ou se faire transporter avec sécurité au dehors.

Rien n'était encore réglé; j'ignorais l'étendue des pouvoirs qui me seraient donnés pour assurer la libre circulation. J'allai chez M. de Talleyrand en conférer avec M. de Nesselrode; sur ma demande on convint que je délivrerais, comme à l'ordinaire, tous les passeports que je jugerais nécessaires; mais afin de les faire respecter par toutes les

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autorités militaires étrangères, on décida qu'ils seraient visés par le gouverneur commandant la place, le général de Sacken, et qu'un officier de son état-major serait établi à la préfecture de police et donnerait eu son uom tous les visa. On décida encore que j'étais autorisé à annoncer, au nom du prince de Schvs^arzenberg, par un avis imprimé que je ferais répandre le plus loin possible, que toutes les barrières étaient ouvertes comme de coutume. Grâce à ces mesures, rendues publiques avec grande célérité, les courriers et voitures publiques purent partir le soir mêm^. ; cela était d'une grande importance pour rassurer la Franco sur ce qui se passait dans la capitale.

Restait la question des militaires blessés ou malades. Je représentai à M. de Nesselrode que rien ne serait plus propre à décider la confiance que le Czar tenait à conquérir, qu'un acte de générosité qui les rassurerait complètement. Il monta prendre les ordres de son souverain; en redescendant il me pria d'écrire moi-même la déclararation que je demandais et que l'empereur signerait à l'instant. C'est celle qu'on trouve au Moniteur du 2 avril, dans laquelle Alexandre, en son nom et en celui de ses alliés, déclare que : « Les militaires de tous grades qui « sont en ce moment à Paris, soit par suite des événements, « soit par le besoin de soigner leur santé altérée par de « grandes fatigues ou d'honorables blessures, n'ont aucun « besoin de se cacher, qu'ils sont libres , parfaitement « libres, comme tous les autres citoyens français; ils sont « appelés à concourir aux mesures qui doivent décider la « grande question qui va se juger, pour le bonheur de la « France et du monde entier, w Cette déclaration produisit un excellent effet; elle ramena le calme dans les esprits. Pour moi, la satisfaction que î'en ressentis fut douce, au milieu de mes soucis.

En sortant du cabinet de M. de Taîleyrand, j'avais rencontré le duc de Vicence; il vint à moi, me lira dans l'em-

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