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M. DE CAULAINCOURT ET M. DE PRADT

brasure d'une fenôlre cl nie dit avec beaucoup de chaleur qu'iJ m'en voulait mortellement pour avoir usé la veille avec lui d'une dissimulation qu'il ne mérilait pas. a Un 9 mot d'explication, lui dis-je, vous délivrera de cette mau « vaise pensée; mais ce n'est pas ici le lieu, nous nous tf retrouverons. » Cela dit, comme il traversait l'appartement, l'abbé de Pradt Taborda, la tôte haute, en lui jetant ces mots : « Monsieur le duc, allez dire à votre maître que a les rentes qui étaient le 29 à 45 francs, sont aujoura d'hui à 63. — Oui, répliqua M. de Vicence, et j'ajoua tered que celui que j'ai toujours vu le plus empressé « parmi ses flatteurs est aujourd'hui le premier à l'insulter. « Il n'y arien là qui ne soit dans l'ordre. » Vingt personnes au moins étaient présentes.

J'eus fort peu de temps après, avec le duc de Vicence, l'explication promise, a Je conçois à merveille, me dit- « il au premier mot, le parti que vous avez pris; je ta ne le condamne en aucune façon; mais vous deviez a me connaître assez pour vous en ouvrir librement avec « moi, quand je vous ai vu le 31, à dix heures du matin; a vous avez mis, au contraire, un grand soin à ce que je « n'en pusse concevoir aucun soupçon. — A tout cela, a lui répliquai-je, un seul mot suffît : Les premières ouverd tures m'ont été faites à six heures du soir par M. de Nes- « selrode. — Ah ! que vous me faites de bien, me dit-il en « me serrant la main; il m'était si pénible de penser qu'un «t galant homme, dans une telle occasion, s'était méfié de a moi! » Tout fut ainsi terminé entre nous, ou plutôt il est resté de cette circonstance, de quelques autres encore, de tout ce que nous avons su l'un de l'autre dans ces temps si difficiles, une estime réciproque qui a constamment subsisté, quoique nos positions nous aient mis rarement dans le cas de nous voir. Il m'en a donné une preuve à laquelle j'étais loin de m'attendre, lorsque, treize ans après, il m'a nommé tuteur subrogé de ses enfants. Il y avait alors

deux OU trois ans que nous ne nous étions rencontrés.

Le i*' avril, le Sénat fut assemblé, à trois heures, sous la présidence de M. de Talleyrand. Il ouvrit la séance, se borna à faire remarquer que la nature seule de cette délibération disait assez que la plus grande liberté devait y régner, que « chacun pouvait laisser prendre un généreux « essor aux sentiments dont son âme était remplie, à sa « volonté de sauver son pays, à sa résolution d'accourir au « secours d'un peuple délaissé ».

Le Sénat répondit immédiatement à cette invitation et arrêta la formation d'un gouvernement provisoire dont il nomma les membres, sur-le-champ, dans l'ordre suivant : M. de Talleyrand, le comte de Beiu-nonville, le comte de Jaucourt, le duc de Dalberg et l'abbé de Montesquiou, désigné comme ancien membre de l'Assemblée constituante, mais très généralement connu pour avoir été longtemps l'homme de confiance du Roi banni. Cela fait, M. de Talleyrand ne manqua pas d'annoncer que le premier soin dont le gouvernement provisoire aurait à s'occuper serait de rédiger un projet de constitution. On arrêta que la nomination du gouvernement provisoire serait notifiée au peuple français par une adresse. Il fallait que cette adresse exprimât les motifs de la résolution qu'on avait prise. Le Sénat, en la décidant, accordait nécessairement l'autorisation de faire le procès du gouvernement de Napoléon. Il adopta ensuite, sous forme d'énonciation de principes, une série d'articles où se trouvait la garantie des principaux intérêts nés de la Révolution. Cela fait, on s'ajourna à neuf heures du soir, pour entendre la lecture du proccs-verbal qui fut signé par tous les membres présents, au nombre de soixante-trois (1). Beaucoup de séna-

(1) On remarqua parmi ceux qui se présentèrent pour signer le procès-Terbal, M. de Pastoret, qui n'avait pas jugé à propos de paraître & la séance du matin ; il était cependant secrétaire du Sénat, et M. de Tallejrrand avait mis un grand soin à le faire avertir. Mais les événe-

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